La défaite du FPÖ, radicalisé par Jörg Haider à la fin des années 1980, tient cependant plus à des spécificités nationales. La " vidéo d'Ibiza ", où son président Heinz-Christian Strache se montrait disposé à accepter un financement d'une oligarque russe, a atteint la crédibilité d'un parti que des affaires de détournements de fonds et des provocations racistes ont fini de ruiner.
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La défaite du FPÖ, radicalisé par Jörg Haider à la fin des années 1980, tient cependant plus à des spécificités nationales. La " vidéo d'Ibiza ", où son président Heinz-Christian Strache se montrait disposé à accepter un financement d'une oligarque russe, a atteint la crédibilité d'un parti que des affaires de détournements de fonds et des provocations racistes ont fini de ruiner. Le parcours du Parti de la liberté d'Autriche est à la fois inédit en Europe et terriblement commun. Arrivé deuxième des élections législatives de 1999, il accède au pouvoir - une première qui provoque une large indignation -, avec la complicité du chancelier conservateur Wolfgang Schüssel. Il connaît un solide reflux au scrutin de 2002 et est renvoyé dans l'opposition en 2005. Sans plus susciter de véritable émoi, il réintègre en 2017 un gouvernement dirigé par un autre conservateur Sebastian Kurz... Bref, une évolution cyclothymique qui fait dire aux experts les plus optimistes qu'une formation d'extrême droite est un parti politique électoralement comme un autre et qu'il n'est pas voué à suivre une irrésistible ascension. Les plus pessimistes relieront, eux, les déboires du FPÖ aux divisions internes et aux scandales qu'il a périodiquement connus pour légitimement pointer la dangerosité persistante de partis du même courant qui, sans changer sur le fond de leur programme, s'autodisciplinent pour éviter ces écueils et afficher une honorabilité de façade. La parade aux idées antidémocratiques d'extrême droite est une science incertaine. La lutte contre les causes qui les inspirent est un travail en profondeur et de longue haleine. A plus court terme, une droite crédible et respectueuse de l'Etat de droit est souvent le meilleur rempart contre l'extrémisme de cette partie de l'échiquier politique, si toutefois, elle n'endosse pas elle-même les mesures qui conduisent à banaliser et conforter cette extrême droite dans les urnes. Sebastian Kurz n'a pas résisté à cette tentation en Autriche. Semblable reproche fut formulé en Belgique à l'encontre de la N-VA quand elle officiait au sein du gouvernement de Charles Michel. Le raidissement identitaire que traduit le programme du nouveau gouvernement N-VA - CD&V - Open VLD présidé par Jan Jambon semble accréditer que la Flandre politique y a également cédé, sous la pression des électeurs mobilisés en faveur du Vlaams Belang le 26 mai dernier. Ce diagnostic devra être validé par les actes. Mais d'ores et déjà, ce repli ultraconservateur, la rupture de la collaboration avec Unia, le service public indépendant de lutte contre la discrimination et de promotion de l'égalité des chances, la fin du vote obligatoire aux scrutins provinciaux et communaux, et la création d'un ministère flamand de la Justice accentuent un peu plus encore la réalité de la cohabitation en Belgique de deux démocraties.