Qu'il parle, qu'il prêche ou qu'il se taise, Salah Abdeslam n'est pas près de le décontenancer. La face sombre de l'humanité, Jean-Louis Périès ne la connaît que trop bien. Ces quarante années à ouvrir et à fermer les dossiers les plus sordides ont fait de lui l'un des magistrats les plus expérimentés de Paris. Bien sûr, cette fois, c'est différent. C'est le procès des attentats du 13 novembre 2015. Le procès du siècle. Et sa dernière affaire avant de décrocher, à 65 ans.
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Qu'il parle, qu'il prêche ou qu'il se taise, Salah Abdeslam n'est pas près de le décontenancer. La face sombre de l'humanité, Jean-Louis Périès ne la connaît que trop bien. Ces quarante années à ouvrir et à fermer les dossiers les plus sordides ont fait de lui l'un des magistrats les plus expérimentés de Paris. Bien sûr, cette fois, c'est différent. C'est le procès des attentats du 13 novembre 2015. Le procès du siècle. Et sa dernière affaire avant de décrocher, à 65 ans. Pourtant, après une carrière exemplaire, rien ne le contraignait à se plonger dans un dossier d'un million de pages, à s'engager dans un procès marathon de près de neuf mois (le plus long jusqu'ici, celui de Maurice Papon, n'avait duré "que" six mois) et à s'exposer à une pression populaire et médiatique aussi écrasante qu'inédite. Devant lui, aujourd'hui: quatorze individus accusés d'avoir pris part à un projet terroriste qui a causé la mort de 130 personnes et en a blessé 413 autres. Pas vraiment du menu fretin. Sera-t-il à la hauteur? Fils et petit-fils d'hommes de droit - son père fut juge d'instruction, en charge notamment de l'affaire Dominici, qui fit grand bruit dans les années 1950, et son grand-père greffier -, Jean-Louis Périès fait ses armes à Aubagne, dans le sud-est de la France, avant de s'installer à Marseille où il débute sa carrière de juge d'instruction. Au milieu des années 1980, il quitte le Sud, dont il a gardé un léger accent, et intègre le parquet de Versailles puis, dans les années 2000, celui de Paris. Un tournant. Il se spécialise alors dans les dossiers "chauds": criminalité organisée, drogues, bandes urbaines, immigration clandestine et escroquerie.En 2006, alors qu'il est question de limiter les pouvoirs des juges d'instruction, notamment en matière de détention préventive, Jean-Louis Périès déclare dans une interview à la revue Projets: "L'opinion nous remet en question. Mais pourquoi ne pas supprimer aussi les journalistes ou les médecins parce qu'il y a eu des ratés? Si l'obligation est faite de n'envoyer que des coupables devant un tribunal, à quoi sert celui-ci? Peut-on exiger un risque zéro? Ce n'est pas parce que l'on s'est trompé que l'on doit passer à la moulinette. On veut une société aseptisée dans laquelle les individus sont extrêmement protégés et conformistes à tous niveaux. Ce n'est pas cela, l'humain." Le sens de l'humain, c'est l'une des qualités que lui attribuent ceux qui gravitent autour de ce personnage discret. "Un caractère fort" mais "un juge attentif aux parties", "qui laisse vivre les débats", peut-on encore lire à son sujet dans la presse française. Les débats mais pas les digressions d'un terroriste endurci par six années de mise à l'isolement qui tente de s'offrir une tribune pour déclamer sa propagande djihadiste. Dès la première audience, Salah Abdeslam, le seul membre du commando du 13 novembre 2015 encore en vie, a tenté d'emmener la salle d'audience sur d'autres terrains que la vérité judiciaire, récitant la chahada ("il n'y a pas d'autre dieu qu' Allah, et Mohamed est son prophète"), l'un des cinq piliers de l'islam qui renvoie à l'unicité de Dieu. Sans doute s'attendait-il à ce que son allocution fasse son petit effet et impressionne d'emblée ceux qui sont amenés à le juger. Mais un petit "on verra ça plus tard" de Jean-Louis Périès aura suffi à couper court à son envolée confessionnelle. Les présentations sont faites.