"Si elle avait fermé la frontière allemande, l'Autriche et la Hongrie se seraient effondrées sous le poids des réfugiés. C'est la vérité", affirme le Luxembourgeois dans une interview passant en revue les faits marquants de son mandat à la tête de la Commission européenne.

Interrogé sur la capacité de la chancelière allemande de mener ou diviser l'Union européenne, M. Juncker reconnait que "vous pouvez effectuer beaucoup de choses depuis Berlin, c'est vrai. Mais une seule personne ne peut pas mener ou diviser l'UE. En Europe, il faut toujours avoir des alliés solides et fiables et de nombreux amis si vous voulez réussir quelque chose". Il affirme même que dans la flotte européenne, l'Allemagne n'était pas tant un "speedboat" (vedette, NDLR) qu'un "slow tanker" (pétrolier, NDLR).

Il salue toutefois le rôle rassembleur d'Angela Merkel - dont le quatrième mandat prendra fin en 2021 - à des moments cruciaux. "Pas seule, mais en collaboration avec d'autres esprits brillants", souligne-t-il encore. "C'est une femme intelligente, avec qui on peut bien rire. Mais nous avons aussi eu beaucoup de désaccords", consent-il.

Interrogé sur la crise grecque, M. Juncker déplore que "la dignité du peuple grec a été piétinée par certaines franges de la politique allemande et les médias allemands à l'époque. Comme si les Grecs étaient tous paresseux et corrompus. Cela a lourdement pesé dans les échanges avec les différents leaders grecs", met en perspective celui qui était président de l'Eurogroupe (ministre des Finances de la zone euro, NDLR) lorsque les difficultés financières du pays ont été mises au jour. Il rejette l'idée qu'une sortie de la Grèce de l'union monétaire ait pu être une meilleure solution pour faire face à la crise qui a déstabilisé la zone euro.

"Une fois qu'un pays quitte l'Euro, tout l'Euro risque de s'effondrer. Et jusqu'à présent, le soutien pour la Grèce n'a en fait pas coûté un seul euro à qui que ce soit". La monnaie commune est "irrévocable" et une union monétaire doit être "plus stable qu'un mariage sinon personne n'y croit", poursuit le président de la Commission qui assure par ailleurs que l'Europe "est capable d'apprendre de ses erreurs".

Au cours de cet "entretien-vérité", Jean-Claude Juncker commente des photos marquantes de sa carrière politique qui l'ont mené au sommet des institutions européennes. "Quand l'Histoire s'écrit, ce n'est jamais sans faute. Mais si l'on ne permet pas à l'Histoire de se dérouler, on se trompe grandement", glisse le président sortant au fil de sa rétrospective. Il détaille ses relations avec l'Américain Donald Trump, l'Hongrois Viktor Orban, la Britannique Theresa May ou l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl et l'ancien président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz.

Sur une note plus légère, questionné sur ses embrassades familières avec les leaders du monde, Jean-Claude Juncker affirme ne jamais avoir demandé s'il pouvait déposer un baiser, mais que personne ne lui avait jamais dit non plus qu'il ne voulait pas.

Belga