Un "accord politique a été trouvé avec le PD" pour former une nouvelle majorité de gouvernement, a annoncé le chef du Mouvement 5 Etoiles (M5S), Luigi Di Maio, après avoir rencontré le président Sergio Mattarella.

L'accord de majorité encore "virtuel" entre Cinq Etoiles et le PD met fin à trois semaines d'incertitude, depuis le dynamitage de la coalition le 8 août par le chef de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini, homme fort de l'exécutif sortant, puis la démission le 20 août de Guseppe Conte.

Le nouvel exécutif sera de nouveau dirigé par M. Conte, et ce "sera une garantie" pour le M5S, a précisé M. Di Maio, en critiquant son ex-allié Salvini pour avoir début août "coupé le courant" de la coalition qu'ils formaient depuis 14 mois et laissé "60 millions d'Italiens sans gouvernement".

Avant M. Di Maio, le chef du PD, Nicola Zingaretti, était déjà apparu optimiste après avoir vu le président, jugeant possible de former "un gouvernement de changement" qui donnera "la parole à la belle Italie, celle où l'espoir gagne sur la peur et la concorde sur la haine".

Il avait annoncé la mise au point par les deux formations d'une "première contribution politique à présenter au président", à savoir une ébauche de programme commun.

Le président n'a pas confié immédiatement le mandat à M. Conte, un porte-parole se contentant d'annoncer vers 20H00 sa "convocation pour 9H30 jeudi". Il est probable que M. Conte sera alors officiellement chargé de constituer un gouvernement.

Selon le système parlementaire italien, il devra soumettre au président une liste de ministres et obtenir la confiance des deux chambres du parlement.

"Plusieurs noeuds restent à dénouer: le choix des ministres et le vote de la plateforme Rousseau", site internet de "démocratie directe" du M5S, a mis en garde Lorenzo Castellani, professeur de Sciences politiques à l'université Luiss à Rome, interrogé par l'AFP.

"En Italie, tant que le gouvernement n'a pas obtenu la majorité (absolue) au parlement, tout peut arriver".

Rousseau est très contestée pour son manque de transparence et de représentativité (100.000 inscrits seulement, pour plus de 10 millions d'électeurs aux législatives de 2018). Le vote pourrait intervenir pendant le week-end.

M. Conte se retrouve dans la situation "sans précédent pour la République italienne de former un gouvernement avec une formation qui était juste avant le principal parti l'opposition", le PD, a souligné le politologue.

"Nous ne sommes pas pressés"

M. Conte, populaire en Italie, a obtenu ces derniers jours le soutien, d'abord des Européens (France, Grande-Bretagne et Allemagne) au G7 de Biarritz (France), puis lundi du président américain Donald Trump, qui l'a qualifié "d'homme très doué".

Autre point d'interrogation: le sort de M. Di Maio, vice-Premier ministre sortant, laminé médiatiquement par M. Salvini en 14 mois d'alliance et très affaibli par la crise actuelle.

M. Salvini s'est moqué d'un gouvernement qui sera "otage des chasseurs de portefeuilles ministériels".

Mais la formation de cette majorité est un cinglant revers pour l'ex-ministre de l'Intérieur qui s'est dit certain de la chute prochaine de ce gouvernement: "nous ne gagnerons pas dans deux mois, nous devons attendre six mois ou un an pour l'emporter ? Nous ne sommes pas pressés".

Il a dénoncé un gouvernement "formé sur les indications de Paris, Berlin et Bruxelles", estimant que "l'unique ciment qui unit le PD et les 5 Etoiles, c'est la haine pour la Ligue, le premier parti d'Italie", qui a obtenu 34% aux Européennes de mai dernier.