Environ 124.000 personnes avaient été dénombrées en France par les services du ministère de l'Intérieur samedi dernier à la même heure, au lancement de ce mouvement de contestation contre la hausse des prix du carburant, les taxes et la baisse du pouvoir d'achat. Environ 8.000 gilets jaunes, dont 5.000 sur les seuls Champs-Elysées, étaient dénombrés à Paris, a ajouté Christophe Castaner.

Le ministre a pointé "une mobilisation de l'ultradroite" parmi les manifestants présents sur la célèbre avenue, où les forces de l'ordre ont selon lui dû "repousser les séditieux" qui "ont répondu à l'appel notamment de Marine Le Pen (à défiler sur les Champs, ndlr) et veulent s'en prendre aux institutions comme ils veulent s'en prendre aux parlementaires de la majorité".

La présidente du Rassemblement national (RN, ex FN) a immédiatement réagi, affirmant auprès de plusieurs médias n'avoir "jamais appelé à quelque violence que ce soit", accusant le gouvernement "d'organiser la tension" et de faire d'elle un "bouc émissaire". "J'ai interrogé le gouvernement vendredi pour connaitre les raisons pour lesquelles les gilets jaunes ne pourraient pas manifester sur les Champs-Elysées. Je n'ai évidemment jamais appelé à quelque violence que ce soit", a affirmé sur LCI Marine Le Pen.

"Depuis le début de ce mouvement, on a le sentiment que le gouvernement organise la tension et quand le gouvernement a cette volonté, il y arrive", a ajouté la finaliste de la présidentielle 2017. Sur BFMTV, elle a accusé le ministre Castaner de faire d'elle un "bouc émissaire". "Peut-être pour détourner l'attention du refus d'écoute du gouvernement, (...) de répondre à des préoccupations qui sont essentielles qui sont des préoccupations de souffrance de la part du peuple français qui n'arrive plus à faire face à la politique qui est menée par Emmanuel Macron", a-t-elle déclaré.

"Macron c'est Marie-Antoinette au moment de la Révolution française"

La veille, elle s'était étonnée qu'on n'autorise pas les "gilets jaunes" à défiler sur les Champs, après qu'un rassemblement place de la Concorde a été interdit par les autorités. "Qu'est-ce qui justifie que le peuple français ne puisse pas manifester sur les Champs-Élysées, où beaucoup d'autres rassemblements (Coupe du Monde, Nouvel An...) ont lieu?", avait-elle lancé sur Twitter. A l'extrême gauche, le chef de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également critiqué le ministre de l'Intérieur. "#Castaner voudrait que la manifestation des #GiletsJaunes soit d'extrême droite et peu nombreuse. La vérité est que c'est la manifestation massive du peuple. Et ça, c'est la fin pour Castaner", a-t-il jugé.

"Castaner est un irresponsable! Il invente et en rajoute contre un 'péril jaune fluo' d'extrême droite pour seulement insulter le peuple en colère. Les vrais séditieux sont au gouvernement", a renchéri le député LFI de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière. "Il faut que Macron enlève les bouchons qu'il a dans les oreilles et qu'il entende le peuple", a pour sa part déclaré le député de La France Insoumise, François Ruffin, venu défiler aux côtés des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées avant que des violences n'éclatent.

"Moi je ne viens pas pour jeter des pavés sur les CRS mais Macron a dit qu'il fallait qu'on vienne le chercher. Les gens viennent en tous cas pour lui passer clairement un message: c'est qu'il faut qu'il change de politique." "Macron c'est Marie-Antoinette au moment de la Révolution française. C'est 'vous n'avez pas de pain, eh bien achetez de la brioche'. Il dit 'vous n'avez pas de quoi faire le plein de carburant pour une voiture, eh bien achetez-en une neuve'", a raillé l'élu, qui ne portait pas lui-même de "gilet jaune". En fin de matinée à Paris, les forces de l'ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogène et d'un engin lanceur d'eau pour repousser des manifestants qui tentaient de pénétrer dans un périmètre sécurisé, incluant la place de la Concorde et le palais de l'Elysée. Huit personnes ont été interpellées "essentiellement pour jets de projectiles", a indiqué la préfecture de police.

Voir aussi: Violences lors du rassemblement des "gilets jaunes" à Paris (en images)