Pour la même raison, l'opposition travailliste fait aussi pâle figure mais dans une moindre mesure, les centristes du Parti libéral-démocrate profitant visiblement de la situation. "Ces élections ont été très difficiles pour notre parti", a reconnu la Première ministre Theresa May, en déplacement au Pays de Galles. "Elles sont un message simple à nous autres (conservateurs) et travaillistes: allez de l'avant et concrétisez le Brexit".

Cela fait plusieurs mois que Theresa May tente de faire adopter son accord de sortie de l'Union européenne, conclu en novembre avec Bruxelles. Mais les députés britanniques l'ont recalé trois fois, la contraignant à demander à l'UE de repousser le Brexit, initialement prévu le 29 mars, au 31 octobre, pour éviter un divorce brutal. Elle a aussi dû engager des pourparlers avec le Labour début avril. Le revers de vendredi a relancé les appels à sa démission par les députés de son parti. "Cela fait depuis décembre que j'essaie ouvertement de la faire partir", a déclaré le pro-Brexit Crispin Blunt. Elle a "perdu le nord" et le "contrôle des événements", a estimé Bernard Jenkins, un autre europhobe.

Les travaillistes ont une nouvelle fois été critiqués pour leur absence de ligne claire sur le Brexit. Mais "nous sommes l'unique parti essayant d'attirer des gens indépendamment de leur vote en 2016" lors du référendum sur l'appartenance à l'UE, a rétorqué Jeremy Corbyn au micro de la BBC, reconnaissant toutefois que son parti aurait "voulu mieux faire". Le Labour n'a pas réussi à capitaliser sur la fragilité du parti de Theresa May lors du scrutin de jeudi, qui visait à renouveler près de 9.000 sièges dans près de 250 assemblées locales en Angleterre, principalement dans des zones rurales, et en Irlande du Nord. Le parti perdait environ 70 sièges et le contrôle de trois autorités locales, avec plus de la moitié des bulletins dépouillés en Angleterre en début d'après-midi. Les conservateurs perdaient, eux, 540 sièges et le contrôle d'une vingtaine d'autorités locales. Une claque d'autant plus douloureuse que ces partis "ont perdu le plus de voix dans les zones où ils étaient les plus forts", soit le sud pour les conservateurs et le nord pour le Labour, a noté John Curtice, spécialiste des sondages interviewé par la BBC.

Le Lib Dem gagne du terrain

A Sunderland, à 450 km au nord de Londres, où 61% des habitants avait voté pour la sortie de l'UE, le Labour a reculé même s'il continue à tenir la ville. "J'ai perdu dix sièges", a déploré au micro de la BBC le travailliste Graeme Miller, fustigeant un Brexit qui "s'introduit et prend le contrôle" sur la politique locale. Alors que des députés travaillistes ont soutenu l'organisation d'un second référendum sur le Brexit, dans l'espoir d'inverser le résultat du référendum de juin 2016, les habitants de Sunderland ont voulu montrer qu'ils "n'acceptaient pas" cette perspective, selon M. Miller.

Le district de Bath et North East Somerset, dans le sud-ouest de l'Angleterre, jusque-là conservateur, est tombé aux mains des libéraux-démocrates. "Les électeurs nous disent sur le terrain qu'ils ne peuvent plus faire confiance aux conservateurs à cause du Brexit", a déploré le chef conservateur de l'autorité locale Tim Warren. Ces résultats réjouissent en revanche les Libéraux-démocrates, après plusieurs années difficiles dans les urnes, les électeurs les ayant punis de leur participation au gouvernement du conservateur David Cameron comme partenaire minoritaire de 2010 à 2015. Avec 350 sièges de gagnés et la prise de contrôle de neuf assemblées locales, "la montée du Lib Dem aujourd'hui est un tremplin vers les élections européennes", s'est félicité leur chef de file Vince Cable, rappelant la position anti-Brexit de son parti.

Ces résultats ne présagent en effet rien de bon pour les conservateurs et les travaillistes pour les européennes, prévues le 23 mai au Royaume-Uni si un accord sur le Brexit n'est pas adopté d'ici là: ils seront alors en compétition avec de nouveaux partis qui ont le vent en poupe et n'ont pas participé aux élections locales. Le Parti du Brexit, mené par l'europhobe Nigel Farage, est ainsi donné favori par un sondage YouGov mi-avril, avec 23% des intentions de vote. Le parti Change UK, composé d'anciens travaillistes et conservateurs, suscite un certain engouement avec quelque 3.700 personnes ayant proposé de figurer sur ses listes aux élections européennes.