Tandis que les sondages donnent le Parti du Brexit, récemment créé, gagnant du scrutin qui sera organisé le 23 mai, le chef du Labour, principal parti d'opposition britannique, a invité les partisans d'une sortie sans accord de l'Union européenne à bien "réfléchir"

Pour Jeremy Corbyn, la sortie brutale de l'UE défendue par le Parti du Brexit, fondé par l'europhobe Nigel Farage, provoquerait "un choc économique menaçant des industries entières". "Ce serait un Brexit à la Donald Trump, qui nous laisserait à la merci d'une administration américaine irresponsable et belliqueuse", a déclaré M. Corbyn aux militants réunis à Gillingham, dans le Kent (est de l'Angleterre). "Ce serait un Brexit de l'élite qui ne fonctionnerait que pour les plus riches. Ceux qui veulent déréglementer, faire des coupes dans les services publics, nier encore plus les droits au travail", a-t-il ajouté.

Jeremy Corbyn présente son parti comme le seul à s'adresser à la fois aux électeurs pro- et anti-Brexit. Le Royaume-Uni devait à l'origine quitter l'Union européenne le 29 mars mais a dû repousser deux fois la date du départ, faute de soutien des députés britanniques à l'accord de Brexit conclu en novembre entre Londres et Bruxelles. La nouvelle date limite a été fixée au 31 octobre et le gouvernement conservateur discute depuis plusieurs semaines avec l'opposition travailliste pour trouver un consensus. Le Labour est en faveur d'une union douanière permanente avec l'UE et, sous la pression de ses membres principalement europhiles, défend un référendum sur tout accord de sortie.

Les résultats des élections locales de la semaine dernière et les sondages montrent que les partisans du Brexit, dans des bastions travaillistes comme le nord de l'Angleterre, se méfient de la position du parti, et pourraient être tentés de voter pour le Parti du Brexit. Jeremy Corbyn a exhorté jeudi ces électeurs à ne pas "laisser les voix des sirènes de l'extrême droite ou de la droite prendre le dessus". Les militants qui écoutaient son discours ont dit affronter la colère des électeurs lors d'opérations de porte-à-porte ces dernières semaines. "Des deux côtés, on est à fleur de peau", a déclaré Simon Burton, 42 ans.