Deux ans après avoir quitté l'Elysée, son ombre plane toujours au- dessus des socialistes. Nombre d'entre eux scrutent avec attention ses moindres faits et gestes. François Hollande, lui, prend soin de ne pas trop en dire. Avec une délectation certaine. Pour vivre heureux, vivons muet... Il sait qu'il ne pourra pas se maintenir dans cette posture éternellement. Déjà, certains tentent de l'enterrer, le dépeignent en homme du passé. " François Hollande, c'est fini ! Mais il reste quelqu'un d'intéressant et dresse des analyses pertinentes... sauf pour lui-même ", confiait récemment François Rebsamen, son ancien ministre du Travail.
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Deux ans après avoir quitté l'Elysée, son ombre plane toujours au- dessus des socialistes. Nombre d'entre eux scrutent avec attention ses moindres faits et gestes. François Hollande, lui, prend soin de ne pas trop en dire. Avec une délectation certaine. Pour vivre heureux, vivons muet... Il sait qu'il ne pourra pas se maintenir dans cette posture éternellement. Déjà, certains tentent de l'enterrer, le dépeignent en homme du passé. " François Hollande, c'est fini ! Mais il reste quelqu'un d'intéressant et dresse des analyses pertinentes... sauf pour lui-même ", confiait récemment François Rebsamen, son ancien ministre du Travail.De ses bureaux de la rue de Rivoli, à Paris, l'ancien chef de l'Etat se tient toujours informé de l'actualité politique. Il a conscience que le temps de la réhabilitation de son quinquennat est passé. " La période qui s'ouvre est très particulière pour lui, concède son ami l'ex-ministre de l'Economie Michel Sapin. Ce n'est pas forcément facile. Macron est sorti de la posture du "je fais l'inverse de Hollande". Il n'a plus à répondre à ses critiques. " Le début de la fin ? Hollande s'y refuse. Il dit vouloir " penser au fond ". Nie toute ambition à Tulle, son fief du centre de la France, tout retour au PS façon Sarkozy avec l'UMP en 2014. " J'ai déjà été premier secrétaire ", répond-il. On pense forcément à 2022. Il sait qu'afficher de telles aspirations nuirait à ses prises de parole. Le temps serait donc aux propositions. Il entend réfléchir aux institutions, à l'écologie et à l'Europe. En ce moment, il rencontre un certain nombre de géographes pour aborder la question des territoires. Il veut croire en un avenir meilleur pour la gauche de " gouvernement " et estime qu'un espace existe, malgré les résultats des européennes. Désormais, la politique se structure autour de trois grands pôles : l'extrême droite, le centre-droit et la droite, et ce fameux pôle de gauche, chacun aux alentours de 30 %. " Le pôle d'extrême droite est le seul qui n'est pas divisé, remarque-t-il. La gauche est éclatée avec des écologistes qui revendiquent leur autonomie et des Insoumis qui ne veulent plus être de gauche. Il est vain de chercher à les rassembler, il faut unir les électorats. " Une tâche délicate qui n'est pas son genre, mais plutôt celui de Bernard Cazeneuve, son ancien Premier ministre. François Hollande semble prêt à soutenir toute initiative de sa part. L'ex-ministre dit crouler sous les demandes de candidats désireux de jouir de son appui. Hollande souligne : " Ça n'aurait pas grand sens que je me mêle des campagnes locales ou que je vienne participer à des meetings. Je ne l'ai même pas fait pour les européennes ! En revanche, il me paraît utile et même nécessaire de nationaliser cette campagne (municipale) pour faire valoir les réponses de la gauche aux défis du développement des territoires et de la démocratie. Je sais que Bernard Cazeneuve sera, par son expérience et son parcours, largement sollicité. " Michel Sapin, qui partage les bureaux de l'ancien chef de l'Etat, n'hésite pas non plus à défendre l'hypothèse Cazeneuve. " Je redis que François n'est pas en situation de se représenter, mais ça ne l'empêche pas de contribuer à la reconstruction. Nous sommes dans une telle situation d'inertie qu'il faut relancer une dynamique. Le seul en mesure de le faire aujourd'hui, c'est Bernard Cazeneuve. " Le principal intéressé n'aime pas qu'on parle pour lui. " Je n'ai aucune ambition personnelle, je n'ai aucun plan ", jure- t-il. Comme Hollande, il plaide pour le travail de fond et revendique un besoin de liberté. " Je n'ai pas besoin d'être poussé pour agir. Je ne suis pas un ramenard qui se croit indispensable. " Cazeneuve a beau répéter ce mantra, plusieurs voix au sein du PS français plaident pour son retour dans l'arène. Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, fait partie de ces enthousiastes. Il attend avec impatience le pot de fin de session parlementaire, le 17 juillet. François Hollande, Bernard Cazeneuve et Lionel Jospin ont été conviés. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, trinquera également. " Tout le monde a besoin de se retrouver pour dire : "Nous ne sommes pas morts à 6 %" ", se félicite l'organisateur. Hollande et Cazeneuve pourraient aussi se montrer à l'université d'été du parti, à La Rochelle, fin août. La campagne des élections municipales démarrera ensuite rapidement.François Hollande semble prêt à appuyer la remise en selle politique de son ancien ministre. Les deux hommes disent se voir régulièrement, tout en assumant quelques divergences. " Je connais François Hollande depuis vingt ans. J'éprouve un devoir d'élégance et de loyauté, même si je ne suis pas d'accord avec lui sur tous les sujets ", confie Cazeneuve. L'affichage d'un tel respect stimule les mauvais esprits : comment se départageront-ils si jamais ils devaient s'affronter ? " François Hollande refuse de se fermer des portes et Bernard Cazeneuve refuse de se les ouvrir ", ironise un éléphant socialiste. " Vous ne verrez jamais un homme politique dire : "Plus jamais je ne reviendrai", ça n'existe pas ", abonde Michel Sapin. Le costume d'ancien chef de l'Etat contraint François Hollande à une position attentiste. Bernard Cazeneuve dispose, lui, de plus de liberté pour mener le travail de reconstruction. Pour le moment, il se désole que les journalistes lui prêtent des ambitions masquées. " Je préférerais que vous n'écriviez pas d'article me concernant ", nous confiait-il à la fin de notre entretien. Un souci extrême de discrétion qui relève surtout de la prudence : " Bernard a encore du chemin à faire pour être en mesure de rassembler la gauche sur sa personne ", diagnostique un membre de la direction socialiste. Et pour montrer qu'il incarne une alternative à l'ancien président ? A l'inverse d'anciens collègues du gouvernement et de la direction du PS, lui refuse de tourner définitivement la page Hollande. " Je ne dirai jamais que son temps est passé. En politique, le temps n'est passé que lorsque vous n'êtes plus en mesure de sortir de votre cercueil. " Par Ludwig Gallet.