La direction du quotidien Libération a annoncé lundi la mise à pied "à titre conservatoire" de deux de ses journalistes, dont les noms sont apparus dans cette affaire.

C'est d'ailleurs un article du site de fact-checking de Libération, Checknews, qui a révélé vendredi l'existence d'un groupe Facebook privé baptisé "Ligue du LOL" : soit une trentaine de journalistes et communicants, accusés d'avoir harcelé d'autres journalistes et blogueurs, en particulier des femmes et des militantes féministes, dans le petit milieu du Twitter parisien du début des années 2010.

"Un groupe composé d'hommes blancs journalistes, parisiens et aujourd'hui bien en place dans de grands médias", remarque l'une de leurs victimes, Mélanie Wanga, créatrice du Podcast pop Tchip, harcelée parce que femme et parce que noire.

Comme elle, plusieurs victimes ont témoigné ce week-end sur les réseaux sociaux.

L'ex-blogueuse Capucine Piot a raconté avoir été la cible de montages photo ou vidéo "pendant des années". "Ça a été très dur dans ma construction de jeune femme. A force de lire des saletés sur moi partout sur les réseaux, j'ai été convaincue que je ne valais rien", a-t-elle tweeté.

"A chaque thread politique, à chaque gueulante féministe ou contre la grossophobie, je savais que j'allais payer le prix de ma liberté d'expression, le prix de mes idées jugées nazes par un petit groupe de harceleurs, la ligue du LOL", témoigne encore Daria Marx: "J'étais grosse, j'étais une femme, j'étais féministe, cela suffisait à les faire rire" écrit-elle.

"Cette #LigueDuLOL, c'est l'histoire de losers, des mecs qui se gargarisaient de pouvoir se moquer d'autres personnes. Sauf que ces moqueries ont eu un impact dans le réel", a dénoncé le secrétaire d'Etat au numérique Mounir Mahjoubi, dimanche sur BFMTV.

"J'aimerais que vous fassiez état de vos regrets, de vos excuses, du début d'une prise de conscience et j'aimerais que vous démissionniez et que vous encouragiez la candidature de consoeurs (féministes)", a lancé sur Twitter la journaliste Florence Porcel, victime de la "Ligue" et intimidée "physiquement" sur son "lieu de travail".

Pour Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole du groupe "Osez le féminisme", "Aujourd'hui encore, être un agresseur n'est pas du tout un stigmate social. C'est une manière de construire sa reconnaissance et sa carrière, il serait temps d'inverser les choses."

Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité, a rappelé qu'une loi condamnait désormais le cyberharcèlement et évoqué la possibilité d'étudier l'allongement des délais de prescription - ceux-ci remontant à plus de 6 ans, sont prescrits pour la plupart.

AFP