La polémique enfle depuis de longs mois, au fil des manifestations de "gilets jaunes", un mouvement de contestation fiscale et sociale qui a souvent attiré les black blocs, puis de celles contre la réforme des retraites. Les réseaux sociaux égrennent les photographies de manifestants ayant perdu un oeil, une main, de visages enflés... sans que, jamais, les autorités ne prennent acte d'une violence excessive ou ne remettent en question l'utilisation, pour le maintien de l'ordre, de certaines armes, comme les décriés lanceurs de balles de défense.

Des événements récents ont changé la donne, comme le décès d'un père de famille de 42 ans, des suites d'une asphyxie avec fracture du larynx, après un plaquage ventral par des policiers --pratique interdite notamment en Suisse et en Belgique -- et une clef d'étranglement. Ou la diffusion d'une vidéo montrant une femme chutant après le croc-en-jambe d'un policier.

"On ne fait pas de croche-pied à l'éthique", a réagi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner après avoir appelé les policiers à l'"exemplarité" et à un "usage juste et proportionné de la force".

Le président Macron a, lui, fustigé "des comportements pas acceptables", pouvant "atteindre la crédibilité et la dignité" des forces de l'ordre, enjoignant M. Castaner de faire des "propositions pour améliorer la déontologie" dans leurs rangs.

À peine quelques jours plus tard, dimanche, une enquête administrative était ouverte en moins de 24 heures, après la diffusion d'une vidéo montrant un policier frapper un manifestant à terre.

Cette affaire est néanmoins l'objet de versions contradictoires, et le jeune homme est convoqué en février au tribunal pour y être jugé pour "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique", "rébellion et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations".

"Fini le déni"

Les déclarations de l'exécutif ont été mal accueillies par des syndicats de police, au lendemain de la mort d'un de leurs collègues en intervention et alors que les forces de l'ordre se disent exténuées par plus d'un an de contestations.

Elles ont en revanche été saluées par des éditorialistes : "Fini le flagrant déni", a titré en Une Libération (gauche) tandis que La Voix du Nord (régional) fustigeait "le silence des autorités (qui) depuis des mois autorise insidieusement les violences".

Ce n'était pourtant pas faute d'avoir été dénoncées par des associations, syndicats, universitaires. La Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU avait réclamé le 6 mars à la France une "enquête approfondie" sur ces incidents, s'attirant une sèche réplique de Paris.

"La parole gouvernementale sort du déni total et littéral pour entrer dans une reconnaissance de +manquements déontologiques+, de +comportements inacceptables+", estime le sociologue Jérémie Gauthier, spécialiste des questions de police.

"Jusqu'à maintenant, la question +des violences policières+ était un sujet tabou (...). C'est tout à fait inédit qu'un ministre de l'Intérieur, qu'un président, dans ses voeux aux policiers, rappelle à la déontologie, à l'éthique en citant explicitement des cas de violence", renchérit la consultante Aline Daillère, spécialiste des questions de Police-justice.

Pourtant, la question "travaille la société française depuis longtemps", "mais elle la travaille à partir de ses marges, à la fois urbaines et sociales", pointe M. Gauthier.

Or, désormais, "ces actes se déroulent sur des populations qui ne sont pas les cibles +habituelles+ de ces violences. On parle aujourd'hui de populations blanches, de centre-ville, de catégories professionnelles variées", avec une médiatisation plus facile grâce aux téléphones intelligents et réseaux sociaux, explique l'universitaire.

Il rappelle que les LBD -- dont le défenseur des Droits en France a demandé la suspension -- ont tout d'abord été mis en service dans les unités anti-criminalité avant d'être utilisés dans le maintien de l'ordre. "En Allemagne, on n'utilise ni grenade de désencerclement ou offensive, ni LBD pour le maintien de l'ordre (...). L'usage d'armes classées comme des armes de guerre en maintien de l'ordre, renvoie à des choix de doctrine opérés par l'institution policière ainsi qu'à des décisions politiques".

"Si les policiers ne faisaient pas usage de ces moyens de défense, peut-être que certains auraient été lynchés" lors des dernières manifestations de "gilets jaunes", a récemment justifié le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nuñez.

La polémique enfle depuis de longs mois, au fil des manifestations de "gilets jaunes", un mouvement de contestation fiscale et sociale qui a souvent attiré les black blocs, puis de celles contre la réforme des retraites. Les réseaux sociaux égrennent les photographies de manifestants ayant perdu un oeil, une main, de visages enflés... sans que, jamais, les autorités ne prennent acte d'une violence excessive ou ne remettent en question l'utilisation, pour le maintien de l'ordre, de certaines armes, comme les décriés lanceurs de balles de défense.Des événements récents ont changé la donne, comme le décès d'un père de famille de 42 ans, des suites d'une asphyxie avec fracture du larynx, après un plaquage ventral par des policiers --pratique interdite notamment en Suisse et en Belgique -- et une clef d'étranglement. Ou la diffusion d'une vidéo montrant une femme chutant après le croc-en-jambe d'un policier."On ne fait pas de croche-pied à l'éthique", a réagi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner après avoir appelé les policiers à l'"exemplarité" et à un "usage juste et proportionné de la force".Le président Macron a, lui, fustigé "des comportements pas acceptables", pouvant "atteindre la crédibilité et la dignité" des forces de l'ordre, enjoignant M. Castaner de faire des "propositions pour améliorer la déontologie" dans leurs rangs.À peine quelques jours plus tard, dimanche, une enquête administrative était ouverte en moins de 24 heures, après la diffusion d'une vidéo montrant un policier frapper un manifestant à terre.Cette affaire est néanmoins l'objet de versions contradictoires, et le jeune homme est convoqué en février au tribunal pour y être jugé pour "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique", "rébellion et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations".Les déclarations de l'exécutif ont été mal accueillies par des syndicats de police, au lendemain de la mort d'un de leurs collègues en intervention et alors que les forces de l'ordre se disent exténuées par plus d'un an de contestations. Elles ont en revanche été saluées par des éditorialistes : "Fini le flagrant déni", a titré en Une Libération (gauche) tandis que La Voix du Nord (régional) fustigeait "le silence des autorités (qui) depuis des mois autorise insidieusement les violences".Ce n'était pourtant pas faute d'avoir été dénoncées par des associations, syndicats, universitaires. La Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU avait réclamé le 6 mars à la France une "enquête approfondie" sur ces incidents, s'attirant une sèche réplique de Paris."La parole gouvernementale sort du déni total et littéral pour entrer dans une reconnaissance de +manquements déontologiques+, de +comportements inacceptables+", estime le sociologue Jérémie Gauthier, spécialiste des questions de police."Jusqu'à maintenant, la question +des violences policières+ était un sujet tabou (...). C'est tout à fait inédit qu'un ministre de l'Intérieur, qu'un président, dans ses voeux aux policiers, rappelle à la déontologie, à l'éthique en citant explicitement des cas de violence", renchérit la consultante Aline Daillère, spécialiste des questions de Police-justice.Pourtant, la question "travaille la société française depuis longtemps", "mais elle la travaille à partir de ses marges, à la fois urbaines et sociales", pointe M. Gauthier. Or, désormais, "ces actes se déroulent sur des populations qui ne sont pas les cibles +habituelles+ de ces violences. On parle aujourd'hui de populations blanches, de centre-ville, de catégories professionnelles variées", avec une médiatisation plus facile grâce aux téléphones intelligents et réseaux sociaux, explique l'universitaire.Il rappelle que les LBD -- dont le défenseur des Droits en France a demandé la suspension -- ont tout d'abord été mis en service dans les unités anti-criminalité avant d'être utilisés dans le maintien de l'ordre. "En Allemagne, on n'utilise ni grenade de désencerclement ou offensive, ni LBD pour le maintien de l'ordre (...). L'usage d'armes classées comme des armes de guerre en maintien de l'ordre, renvoie à des choix de doctrine opérés par l'institution policière ainsi qu'à des décisions politiques"."Si les policiers ne faisaient pas usage de ces moyens de défense, peut-être que certains auraient été lynchés" lors des dernières manifestations de "gilets jaunes", a récemment justifié le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nuñez.