Vendredi soir, comme Marguerite et Sophia, elles sont plus d'une trentaine à arpenter la capitale française pour aller "coller". Des cibles "symboliques" ont été choisies, notamment les quartiers de l'Assemblée nationale, du Sénat, des bureaux du Premier ministre ou du quartier d'affaires de La Défense.

Le seau de colle dans une main, les paquets de feuilles dans une autre, Sophia Hocini, 26 ans et militante féministe depuis plusieurs années, emmène un groupe de six filles dans le chic VIe arrondissement. Quasiment toutes sont novices dans les actions de rues. Alors avant le départ, les jeunes femmes sont "briefées".

Entre conseils techniques et juridiques, en cas de contrôles policiers ou d'interpellations, la trentaine de filles venues pour la soirée écoutent attentivement les consignes, assises en cercle. Autour d'elles, les collages jonchent le sol et les murs pour sécher.

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Depuis une semaine, la méthode est la même chaque soir: en moins de trois minutes, certaines collent une phrase "choc" - "Féminicides à qui la faute ?", "Plus écoutées mortes que vivantes"- quand d'autres guettent la venue de policiers.

En 2018, le ministère de l'Intérieur a recensé 121 féminicides en France. En 2019, 100 victimes sont pour l'instant recensées, selon un décompte des associations.

"Il faut interpeller les passants car c'est en faisant bouger la société que l'on fera avancer les choses et que le gouvernement accordera plus d'argent à cette cause", assure Sophia Hocini, candidate aux élections européennes sur la liste du Parti communiste français.

Dans leur immense local sous les toits, situé dans un squat d'artistes du XIVe arrondissement de Paris, les militantes s'attèlent la journée, dans une ambiance "studieuse mais pas forcément lourde", à peindre les affiches et préparer le matériel. La nuit tombée, elles partent en petits groupes coller dans Paris.

"C'est fou, je suis contactée par plein de filles, même super jeunes, tout me dépasse un peu... Je ne réalise pas vraiment mais je suis heureuse que cette cause intéresse enfin", explique Marguerite Stern, cheveux blonds et bleus, des taches de peinture noire partout sur les jambes.

Cette ex-militante des Femen, âgée de 28 ans, a lancé seule cette initiative "la semaine dernière", aujourd'hui elle essaye tant bien que mal de "garder le côté informel" de ses actions "type Femen".

- Une participante venue de Belgique -

"C'est hyper fort et symbolique: on se retrouve entre filles pour faire un truc illégal et investir un espace, la rue, où on n'est pas forcément bien traitée", raconte Camille Lextray, 23 ans, "militante féministe du quotidien mais jamais engagée".

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Margot Bremond, elle, est venue de Belgique: "j'ai entendu parler des collages sur les réseaux sociaux, je suis venue pour faire un petit stage pour ensuite importer ces actions à Bruxelles", détaille-elle, déterminée.

Ailleurs en France, des collages ont aussi commencé à fleurir, comme dans les villes de Bordeaux ou Lyon.

Vers 21h00 GMT, la soirée se termine autour d'une fontaine pour se laver les mains pleines de colle. La mine réjouie, les jeunes femmes ont le sentiment du devoir accompli: "vous pouvez être fières de vous, les filles", leur lance alors Sophia. Elles reviendront le lendemain.

Mardi, à l'ouverture d'une grande consultation sur le sujet des violences conjugales, le gouvernement français a annoncé de premières mesures pour endiguer ce fléau, suscitant des réactions mitigées chez les associations, comme la possibilité de déposer plainte à l'hôpital ou des "procureurs référents spécialisés".