"La République, parce qu'elle est indivisible, n'admet aucune aventure séparatiste." L'interdit du séparatisme asséné par Emmanuel Macron, le vendredi 4 septembre au Panthéon à l'occasion de la célébration des 150 ans de la proclamation de la République française, ne répondait pas à la crainte d'une quelconque sécession, bretonne ou corse (Paris organise d'ailleurs, le 4 octobre, un référendum sur la volonté ou non d'indépendance des habitants de sa " collectivité " de Nouvelle-Calédonie). Il mettait en garde contre un retrait de la société prôné dans tel quartier, dans tel hameau par des prédicateurs islamistes radicaux, un phénomène plus prégnant depuis une vingtaine d'années. "Il n'y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d'un dieu, parfois avec l'aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi du groupe", évoqua de manière ciblée le président français.
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"La République, parce qu'elle est indivisible, n'admet aucune aventure séparatiste." L'interdit du séparatisme asséné par Emmanuel Macron, le vendredi 4 septembre au Panthéon à l'occasion de la célébration des 150 ans de la proclamation de la République française, ne répondait pas à la crainte d'une quelconque sécession, bretonne ou corse (Paris organise d'ailleurs, le 4 octobre, un référendum sur la volonté ou non d'indépendance des habitants de sa " collectivité " de Nouvelle-Calédonie). Il mettait en garde contre un retrait de la société prôné dans tel quartier, dans tel hameau par des prédicateurs islamistes radicaux, un phénomène plus prégnant depuis une vingtaine d'années. "Il n'y aura jamais de place en France pour ceux qui, souvent au nom d'un dieu, parfois avec l'aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi du groupe", évoqua de manière ciblée le président français. Plus offensif, en paroles en tout cas, sur le front de la lutte contre les violences, le pouvoir français annonce parallèlement une batterie de mesures pour renforcer la cohésion républicaine. En ligne de mire, "les territoires conquis de l'islamisme", un phénomène documenté avec le plus grand sérieux et sans sensationnalisme par les travaux de l'équipe de Bernard Rougier, professeur des universités à l'université Paris 3/Sorbonne-Nouvelle, et qui a donné son nom au livre qui les vulgarisent (1). "Au cours de ces deux dernières décennies, à l'image de ce qui s'est produit plus tôt dans les sociétés du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, des entrepreneurs religieux ont exploité en France et en Europe les effets de la crise socio-économique pour imposer leur conception de l'islam sur les segments les plus vulnérables du tissu social et prétendre parler en leur nom", analyse Bernard Rougier. "Ces réseaux religieux ont pour commune particularité de produire un islam en rupture avec la société française, qu'il s'agisse des valeurs constitutives de son pacte social - la République -, des principes de légitimation de son organisation politique et morale - la démocratie libérale - et de la définition historique de son modèle de citoyenneté, avec relégation du religieux dans les frontières du privé", la laïcité, complète le spécialiste des mouvements islamistes radicaux. On est bien là dans ce danger qu'Emmanuel Macron entend prévenir en faisant adopter de nouvelles législations à l'automne. Celles-ci commencent à être esquissées. Il s'agirait, par exemple, de conditionner les subventions publiques aux associations à la signature et au respect d'une sorte de charte des valeurs républicaines : laïcité, respect de la dignité de chacun et de la liberté de conscience, égalité hommes-femmes... Des sanctions seraient prévues contre toute atteinte à ces principes. Autre domaine de réglementation envisagé par le gouvernement, la formation des imams. Elle serait strictement endossée par le Conseil français du culte musulman afin de faire pièce aux dérives du recours aux prédicateurs venus de l'étranger. Le livre Les Territoires conquis de l'islamisme fourmille d'exemples, à Aubervilliers, Mantes-la-Jolie, Argenteuil, Toulouse..., d'imams étrangers dispensant des cours ou des prêches imprégnés des doctrines les plus rigoristes de l'islam pour les inculquer aux jeunes des banlieues. Certains de ces derniers poursuivent leur enseignement dans les universités saoudiennes, égyptiennes ou, à l'époque, syriennes qui professent les mêmes théories. Les chercheurs de l'équipe de Bernard Rougier détaillent quatre familles doctrinales actives dans les quartiers défavorisés des villes françaises, les Frères musulmans, le Tabligh, les salafistes et les djihadistes. Leurs relations sont faites de coopérations pragmatiques intéressées et de rivalités idéologiques. "Il s'agit pour les djihadistes de renforcer la contre-société islamique locale pour ramener le plus grand nombre de musulmans dans la pureté de la doctrine salafo-djihadiste, explique ainsi Hugo Micheron, docteur en sciences politiques, qui a enquêté à Toulouse. Tant que les autres groupes islamistes contribuent à faciliter l'instauration de marqueurs ou d'institutions islamiques à l'échelle de ce territoire, la coopération est de mise. Mais l'objectif final des militants les plus violents est de transformer le quartier en une enclave jihadiste dont ils auraient le contrôle." L'ouvrage réalisé sous la direction de Bernard Rougier ne fournit pas d'exemple de territoire, en France, qui aurait déjà atteint ce stade de sécession de la nation. Il évoque plutôt des cas d'écosystèmes et de sociétés parallèles avec ses règles spécifiques. La pression exercée sur les populations, musulmanes ou non, des quartiers contribue à l'édification de ces sociétés parallèles. "Se voulant parfois l'incarnation ici-bas d'une contre-société de "purs" et de "parfaits", ses représentants autoproclamés font également fonction de "contre-Eglise" dans leur critique récurrente des représentants officiels de l'islam de France, analyse Bernard Rougier. Les forces cognitives à l'oeuvre dans les quartiers rencontrent peu de contradictions à l'échelle locale, et encore moins d'oppositions franches. Elles occupent le terrain et ferment, par les moyens de la conviction, de la pression ou de l'intimidation, la possibilité d'une offre religieuse alternative, pluraliste et non figée, des Ecritures saintes de l'islam, et, a fortiori, la capacité pour l'individu de s'affirmer en dehors de tout référent religieux. Parmi la population, la fidélité au groupe et la crainte de trahir les appartenances d'origine bloquent l'expression assumée d'un refus, au moins dans l'espace public. " Circonscrit à certains lieux qui accumulent les problèmes - chômage, paupérisation, délabrement des infrastructures de logement, désertion des services publics, trafics de drogue... - le phénomène n'en est pas moins profond et inquiétant. Les dispositions prises presque à la fin de son mandat par Emmanuel Macron parviendront-elles à le combattre durablement ?