Quatre dossiers d'importance très variable ont contribué à cet affaiblissement que personne n'aurait pu raisonnablement prévoir. L'affaire Alexandre Benalla, du nom de ce conseiller de l'Elysée surpris en train de faire le coup de poing contre des manifestants le 1er mai, a ruiné l'image managériale de start-up bien huilée que symbolisait jusqu'alors l'entourage du président. Sanction de façade, condamnation tardive une fois l'affaire éventée, failles dans le screening des proches du chef de l'Etat : autant de dysfonctionnements n'étaient pas envisageables.
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Quatre dossiers d'importance très variable ont contribué à cet affaiblissement que personne n'aurait pu raisonnablement prévoir. L'affaire Alexandre Benalla, du nom de ce conseiller de l'Elysée surpris en train de faire le coup de poing contre des manifestants le 1er mai, a ruiné l'image managériale de start-up bien huilée que symbolisait jusqu'alors l'entourage du président. Sanction de façade, condamnation tardive une fois l'affaire éventée, failles dans le screening des proches du chef de l'Etat : autant de dysfonctionnements n'étaient pas envisageables. La démission de l'emblématique et populaire ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a, de son côté, sérieusement questionné la sincérité de l'engagement au service de l'environnement d'un président dépositaire des acquis de la Conférence de Paris sur les changements climatiques de 2015 et qui, à l'entame de son mandat, avait osé défier Donald Trump avec un tonitruant Make Our Planet Great Again. Sa proximité avec un lobbyiste de la fédération des chasseurs révélée au grand jour par ce dossier a, en outre, donné du crédit à la ritournelle, largement instrumentalisée par ses opposants, du " président des riches ". Plus anecdotique, la désignation comme consul de France à Los Angeles de l'écrivain Philippe Besson, groupie du président, a tout de même confirmé qu'Emmanuel Macron développait une vision égotiste et très verticale du pouvoir. Enfin, dernier dossier, sa déclaration dénigrante lors d'un voyage au Danemark opposant les Gaulois réfractaires aux Luthériens réformateurs a fini d'installer le doute sur ses talents de grand communicateur. Le propos est apparu d'autant plus maladroit que la rentrée politique française a été perturbée, outre par un remaniement a minima après le départ de Nicolas Hulot, par une valse-hésitation de l'exécutif sur le report de la réforme fiscale prévoyant une imposition à la source à partir de janvier 2019. Changement indolore mais susceptible de donner l'impression d'une diminution de salaire à un grand nombre de Français. En imaginant d'en différer l'application, Emmanuel Macron a donc paru prêt à céder aux... Gaulois réfractaires tant moqués. Si on pouvait redouter un Macron trop arrogant, ce n'était pourtant pas pour retrouver un Macron trop timoré. N'est pas étrangère à cette inflexion une croissance moins prometteuse que prévue, qui fait de la France le mauvais élève de la classe européenne. Ce chantier érigé comme une des priorités de sa présidence ne pourra donc pas davantage sauver Emmanuel Macron de la grisaille de rentrée. Ses partenaires supportent de moins en moins qu'il leur administre des leçons. Et le combat frontal qu'il a décidé d'engager avec les dirigeants conservateurs au nom d'une Europe progressiste, Viktor Orban et Matteo Salvini en tête, l'écarte du rôle de rassembleur autour d'un nouveau souffle européen qu'il ambitionnait. Sûr que cette désillusion desservira autant la France que l'Union européenne.