Cet hommage est organisé à l'Hôtel des Invalides à Paris, à la veille d'une journée de deuil national et d'une cérémonie officielle en présence de nombreuses personnalités étrangères.

La disparition à 86 ans de "Chichi", "l'humaniste" bon vivant et séducteur, figure de la droite française qui était malade depuis de longues années, a suscité une vive émotion dans le pays qu'il a présidé durant douze ans (1995-2007) après avoir été maire de Paris entre 1977 et 1995.

Entre jeudi et samedi, environ 5.000 personnes, parfois bien jeunes, se sont pressées pour signer des registres de condoléances installés au palais présidentiel de l'Élysée, exprimer leur "tendresse" et leur admiration pour l'homme qui avait lancé "Notre maison brûle" dès 2002 face à l'urgence climatique, dit non à la deuxième guerre d'Irak ou reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des juifs.

Jacques Chirac, qui n'a jamais été plus populaire qu'après son retrait de la vie politique, est désormais considéré par les Français comme le meilleur président de la Ve République (depuis 1958), à égalité avec Charles de Gaulle, selon un sondage Ifop publié dans le Journal du dimanche.

Beaucoup préfèrent passer sous silence la relative maigreur de ses douze ans à la tête de l'État et les affaires accolées au nom de celui qui fut en 2011 le premier ancien chef de l'État français condamné au pénal pour une affaire d'emplois fictifs à la mairie de Paris...

"Il avait un côté humain que tous n'ont pas en politique aujourd'hui (...) Ce n'était pas quelqu'un de parfait mais c'est pour ça que je l'aime autant", affirmait samedi à l'AFP Thibaud, 23 ans, étudiant dans l'humanitaire, venu signer le registre.

"L'homme plus que le président... Au moment où il s'efface, c'est ainsi qu'on veut se rappeler Jacques Chirac," écrivait Libération, journal de gauche, au lendemain de son décès.

Pour le quotidien de droite Le Figaro, Chirac, "dans ses vertus comme dans ses faiblesses, était profondément français".

Pour permettre à tous de se recueillir, la cour de l'hôtel militaire des Invalides à Paris, monument qui héberge entre autres le tombeau de Napoléon, sera ouverte au public ce dimanche à partir de 14H00 (12H00 GMT). Le cercueil de l'ancien président sera installé à l'entrée de la cathédrale Saint-Louis des Invalides et des milliers de personnes sont attendues.

Une trentaine de dirigeants étrangers

Lundi, une cérémonie réservée à la famille y sera organisée à 09H30, avant des honneurs militaires dans la cour d'honneur, en présence du président Emmanuel Macron.

Lundi sera une journée de deuil national et un service solennel présidé par M. Macron sera rendu à 12H00 en l'église Saint-Sulpice à Paris.

Une trentaine de chefs d'État et de gouvernement étrangers ont annoncé leur venue, parmi lesquels le président russe Vladimir Poutine, ses homologues italien Sergio Mattarella et congolais Denis Sassou Nguesso, le président allemand Frank-Walter Steinmeier, celui de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le Premier ministre belge Charles Michel ou encore les chefs des gouvernements libanais Saad Hariri et hongrois Viktor Orban.

Doivent aussi être présents des dirigeants en place du temps de Jacques Chirac, comme l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, l'ancien Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero et l'ancien président sénégalais Abdou Diouf.

Une minute de silence sera observée à 15H00 dans les administrations et les écoles.

Deux fois président de la République, trois fois maire de Paris, Jacques Chirac fut aussi deux fois Premier ministre (1974-1976 et 1986-1988), fondateur de deux partis de droite - le RPR et l'UMP -, ministre à répétition à partir de 34 ans, mais aussi député de la rurale Corrèze - et considéré comme l'un des siens par le monde paysan.

Au fil d'évolutions parfois sinueuses, il a conservé pour constantes un rejet intransigeant de l'extrême droite, le souci de la cohésion nationale, et l'approche gaulliste du rôle international de la France, vue comme une puissance d'équilibre devant parler à tous.