Les bureaux de vote ouvriront de 07H00 à 22H00 (locale et GMT) dans un pays embourbé dans le Brexit depuis son vote à 52% lors du référendum de 2016.

C'est justement pour sortir de l'impasse que le Premier ministre conservateur a voulu ces législatives, les troisièmes en quatre ans. Il espère obtenir la majorité absolue qui lui faisait défaut pour tourner la page de cette saga profondément clivante au Royaume-Uni.

Mais si les tories ont toujours dominé leurs rivaux travaillistes dans les sondages, le scrutin s'annonce serré au vu des dernières enquêtes d'opinion.

Les élections britanniques en chiffres

Les électeurs britanniques sont appelés aux urnes jeudi pour les troisièmes élections législatives en quatre ans et demi. Voici quelques chiffres-clés de ce scrutin.

650 sièges

Le nombre de sièges en jeu à la Chambre des communes. Ce chiffre comprend 533 circonscriptions en Angleterre, 59 en Ecosse, 40 au Pays de Galles et 18 en Irlande du Nord.

Les conservateurs au pouvoir présentent des candidats dans 635 d'entre elles, devant le Labour, principal parti d'opposition avec 631 candidats, et le parti libéral-démocrate, opposé au Brexit, avec 611 candidats.

3.321 candidats

Le nombre total de candidats qui se présentent lors du scrutin, selon l'Association des administrateurs électoraux (AEA). Seul un tiers des candidats, soit 1.124, sont des femmes, selon la BBC. 227 se présentent comme indépendants, sans être rattachés à aucun parti politique.

12

Le plus grand nombre de candidats dans une même circonscription: Uxbridge et Ruislip sud, celle du Premier ministre conservateur Boris Johnson. En cas de défaite, il serait le premier chef du gouvernement à perdre lors d'une élection législative.

C'est la seule circonscription disputée par plus de 10 candidats. Six d'entre eux sont des indépendants, dont deux candidats loufoques, Lord "Tête de seau", qui défie les chefs de gouvernement successifs depuis 1987 et le Comte "Face de poubelle", autoproclamé "guerrier de l'espace intergalactique".

Plus de 40.000

Le nombre de bureaux de vote dans tout le pays. Il n'y a pas de chiffre centralisé, mais lors des élections de 2015, plus de 40.100 points de vote ont été dénombrés, selon l'AEA.

326, clef du pouvoir

Le "nombre magique" pour décrocher en théorie une majorité absolue au Parlement. Mais en réalité, le chiffre est légèrement inférieur: au moins quatre députés endossent le rôle de "speaker", le président et ses adjoints, et ne prennent jamais part aux votes, tandis que les députés du parti républicain nord-irlandais Sinn Fein ne siègent pas traditionnellement, car ils ne reconnaissent pas l'autorité du Parlement britannique sur l'Irlande du Nord.

317

Le nombre de sièges remportés par les conservateurs en 2017, ce qui fait d'eux le plus grand parti. Lors de la précédente législature, les Tories ont dû nouer une alliance avec le parti unioniste nord-irlandais DUP et ses 10 élus.

L'europhobe Nigel Farage a décidé de ne présenter de candidats de son parti du Brexit dans aucune des circonscriptions détenues par les conservateurs, afin que le nombre de députés en faveur de la sortie de l'UE soit aussi élevé que possible.

59

Le nombre de sièges ciblés par "l'Union pour le maintien" dans l'UE, une alliance transpartisane dont le but est de maximiser le nombre d'élus en faveur d'un deuxième référendum sur le Brexit.

Selon le pacte noué entre les libéraux-démocrates, les verts et les nationalistes gallois de Plaid Cymru, des candidats de chacune de ces formations politiques se sont retirés pour augmenter autant que possible les chances de victoire d'un candidat favorable au maintien dans l'Union européenne.

Le Labour et le SNP, pour un nouveau référendum, ont choisi de ne pas se joindre à cet accord.

10

Le nombre de candidats de moins de 20 ans qui se présentent. L'âge minimum est de 18 ans.

Et les averses attendues jeudi, voire la neige dans le nord, pourraient décourager plus d'un électeur de se déplacer pour désigner les 650 députés de la Chambres des communes lors de scrutins uninominaux à un tour (est élu le candidat arrivant en tête dans sa circonscription).

Un sondage à la sortie des urnes sera publié à la fermeture des bureaux. Les résultats sont attendus dès 23H00.

Les scénarios possibles après les élections

Brexit ou nouveau référendum ? Avec leur vote aux élections législatives anticipées, les Britanniques vont décider à nouveau de l'avenir de leur relation avec l'Union européenne. Voici les différents scénarios.

- Boris Johnson gagne -

Le Premier ministre europhobe Boris Johnson a convoqué ce scrutin après avoir perdu sa majorité au Parlement, à la suite de désaccords avec son petit allié nord-irlandais du DUP et au sein de son propre Parti conservateur sur la forme que doit prendre le Brexit, voté en juin 2016 par 52% des Britanniques.

Les sondages lui accordent un nombre suffisant de députés pour faire passer au Parlement l'accord de divorce qu'il a négocié avec Bruxelles et mettre en oeuvre le Brexit à la date prévue du 31 janvier.

Mais la saga ne s'arrêtera pas là: rien ne changera dans l'immédiat, en raison de la période de transition prévue par l'accord de divorce pour atténuer le choc de la sortie de l'UE. Et Londres aura jusqu'au 31 décembre 2020 pour négocier la future relation avec le club européen.

Ce délai semble d'ores et déjà quasi impossible à tenir, ce type de négociation prenant généralement des années, et les experts parient déjà sur une prolongation de la transition.

- Gouvernement minoritaire -

Le principal parti d'opposition, les travaillistes du Labour, est à la peine dans les sondages et nul ne lui prédit une victoire écrasante. Mais il pourrait en revanche engranger assez de voix pour empêcher une majorité conservatrice.

Le chef du parti Jeremy Corbyn, très marqué à gauche, entrerait alors en compétition avec Boris Johnson pour former un nouveau gouvernement, qui aurait forcément besoin de l'appui d'un des plus petits partis.

La prédécesseure de Johnson, Theresa May, avait dû faire alliance avec le parti unioniste nord-irlandais DUP en 2017 pour s'assurer une majorité. Mais cette fois, le DUP est vent debout contre l'accord de Brexit conclu par Boris Johnson, qui confère à l'Irlande du Nord un statut différent de celui du reste du pays.

Le Labour a, lui, indiqué qu'il essaierait de gouverner seul mais les indépendantistes écossais du Parti national écossais (SNP) se sont dit prêts à soutenir un gouvernement Corbyn à condition qu'il autorise un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, après celui perdu en 2014.

- Second référendum -

Le Labour a promis de renégocier l'accord de divorce de Boris Johnson et de soumettre le résultat à un référendum dans les six mois suivant son arrivée au pouvoir.

Jeremy Corbyn a assuré qu'il resterait neutre mais d'autres membres de la direction travailliste ont dit qu'ils feraient campagne pour rester dans l'UE.

Le SNP, le petit parti des Libéraux-démocrates et les nationalistes gallois de Plaid Cymru sont anti-Brexit.

Les sondages montrent que les Britanniques restent tout aussi divisés sur le sujet, avec toutefois une inflexion en faveur du "Remain".

A Noël, Brexit et dinde

"Réalisons le Brexit!" Boris Johnson, 55 ans, l'a répété comme un mantra tout au long d'une campagne sans relief.

"Donnez-moi une majorité et je finirai ce que nous avons commencé - ce que vous nous avez ordonné de faire - il y a trois ans et demi", a promis l'ex-maire de Londres qui, malgré ses gaffes à répétition, a réalisé l'ambition d'une vie en prenant la tête de l'exécutif en juillet.

"Imaginez comme il sera merveilleux de s'attabler autour de la dinde de Noël, le Brexit réglé", a-t-il poursuivi dans un clin d'oeil aux électeurs favorables au "leave".

Outre l'unification du pays, il s'agit d'enfin pouvoir s'atteler aux "priorités" des gens, comme la santé et la sécurité, a affirmé le dirigeant, accusé de récupération politique après l'attentat meurtrier de London Bridge fin novembre.

En cas de victoire, Boris Johnson veut soumettre l'accord de divorce qu'il a négocié avec Bruxelles au Parlement avant Noël avec l'objectif de pouvoir mettre le Brexit en oeuvre le 31 janvier, date à laquelle il est désormais prévu après trois reports.

"L'accord est prêt. Mettez-le juste dans le four", a-t-il régulièrement plaisanté, n'hésitant pas à pulvériser au bulldozer un faux mur symbolisant "l'impasse" du Brexit.

Mais au dernier jour de la campagne, l'opposition a une fois de plus dénoncé ses mensonges, son affirmation de pouvoir boucler un accord commercial post-Brexit en moins d'un an avec l'UE étant jugée irréaliste à Bruxelles, selon la presse.

"Vrai changement"

Plus sobre, Jeremy Corbyn, vétéran de l'aile gauche du Parti travailliste, n'en a pas moins promis un "vrai changement" après presque une décennie de pouvoir conservateur, lors d'un dernier meeting mercredi soir à Londres.

Nationalisations et investissements massifs dominent son programme, surtout dans le service public de santé (NHS), affaibli par des années d'austérité.

Belga
© Belga

Misant à bloc sur cet autre grand sujet de préoccupation des électeurs, le chef du Labour n'a eu de cesse d'accuser les conservateurs de vouloir brader aux Américains, après le Brexit, cette institution gratuite et chérie des Britanniques.

"Le choix auquel vous êtes confrontés, vous le peuple de ce pays, est véritablement historique", a-t-il lancé, clôturant une campagne où il a traîné comme un boulet des accusations d'inaction face à l'antisémitisme au sein de sa formation.

Sur le Brexit, le septuagénaire a en revanche choisi d'entretenir l'ambiguïté. Il promet, s'il accède au pouvoir, de négocier un nouvel accord de divorce plus favorable aux droits des travailleurs, qu'il soumettrait à un référendum avec comme alternative le maintien dans l'UE. Lui-même resterait "neutre".

Le dernier sondage publié mardi par YouGov donne les conservateurs en tête des intentions de vote avec une majorité absolue de 339 sièges. Mais la marge d'erreur, l'impact d'un éventuel vote utile et la récente remontée du Labour peuvent encore conduire à un Parlement sans majorité, comme en 2017.

"L'électorat est (...) plus volatil que jamais", constate Chris Curtis, directeur de la recherche politique de YouGov, interrogé par l'AFP.

Ces partis qui peuvent faire la différence

Si le Premier ministre britannique Boris Johnson ne réussit pas son pari de remporter une majorité absolue au Parlement, les partis seront contraints d'engager des jeux d'alliance donnant aux plus petites formations un poids considérable.

- Les "Lib-Dem", la voix du "remain" à la peine

Avec un message clair -- annuler le Brexit -- et une nouvelle dirigeante de 39 ans, Jo Swinson, le Parti libéral-démocrate espère capter les voix des "remainers", partisans d'un maintien dans l'Union européenne face à des conservateurs désormais résolument pro-Brexit et des travaillistes indécis.

Arrivés deuxièmes des européennes de mai avec 20% des voix, les "Lib-Dem" ont aussi été rejoints par des députés conservateurs dissidents pro-UE.

Mais les sondages sont restés décevants. La promesse d'annuler le Brexit sans nouveau référendum, martelée par Jo Swinson, une Ecossaise élue députée à 25 ans, a été jugée antidémocratique même parmi les europhiles.

La participation du parti au gouvernement du conservateur David Cameron au début des années 2010, marquées par une rude austérité, le pénalise auprès de l'électorat travailliste.

- Le DUP nord-irlandais, épine dans le pied des conservateurs

Faute de majorité absolue en 2017, les conservateurs ont été contraints de s'allier avec le Parti unioniste démocrate pour gouverner. L'inflexibilité des dix députés de ce mouvement ultraconservateur protestant nord-irlandais s'est révélée un cauchemar.

Europhobe, le DUP a paradoxalement bloqué la sortie de l'Union européenne en s'opposant aux deux accords de divorce négociés avec Bruxelles par Theresa May puis Boris Johnson. En cause: leurs dispositions censées éviter un retour d'une frontière entre la province britannique et l'Irlande, susceptibles de fragiliser 20 ans de paix.

Premier parti d'Irlande du Nord, le DUP est dirigé par Arlene Foster, 49 ans, dont le père, un policier, avait été blessé par balle par les paramilitaires de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) pendant les Troubles.

- Les indépendantistes écossais encouragés par le Brexit

L'Ecosse a voté à 62% pour rester dans l'UE. Surfant sur ce sentiment pro-européen fort, les indépendantistes du SNP, premier parti localement, ont fait campagne avec pour slogan "Arrêter le Brexit".

Le parti dirigé par l'énergique Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, 49 ans (dont 33 au service du parti) estime que la sortie de l'UE donne de nouveaux arguments en faveur d'une indépendance susceptible d'ouvrir la porte à un retour dans le club européen.

Avec un programme anti-austérité, le SNP pourrait en théorie s'allier aux travaillistes. Mais sa volonté d'organiser dès 2020 un référendum d'indépendance, après celui de 2014 remporté par le non, ainsi que son opposition au programme nucléaire britannique Trident compliquent cette hypothèse.

- Le Parti du Brexit de Farage, apôtre de la sortie de l'UE

Difficile de dissocier le tout nouveau Parti du Brexit de son fondateur: Nigel Farage, 55 ans, un ancien trader gouailleur qui a passé sa carrière à dénigrer les institutions européennes, où il siège depuis 20 ans.

Sa première place aux élections européennes du printemps et l'incapacité des partis traditionnels à mettre en oeuvre la sortie de l'UE auraient pu faire de lui l'homme de la situation.

Mais Nigel Farage a peiné à trouver sa place face à Boris Johnson, champion du Brexit.

Accusé d'affaiblir les Tories face à leurs rivaux favorables à un nouveau référendum, il a fini par retirer ses candidats dans des centaines de circonscriptions. D'autres ont rejoint eux-mêmes les conservateurs, y voyant le meilleur moyen de quitter l'UE.

Nigel Farage rejette l'accord de sortie négocié avec Bruxelles par Boris Johnson, souhaitant une rupture plus nette. Mais selon un sondage de l'institut YouGov, plus des trois quarts des Brexiters les plus durs, favorables à une sortie sans accord, veulent voter Tories contre 11% pour le Parti du Brexit.

Le score des tories dépendra notamment, selon lui, de leur capacité à séduire les électeurs des circonscriptions traditionnellement travaillistes dans le centre et le nord de l'Angleterre, mais très favorables au "leave".

Sur les flancs des conservateurs et des travaillistes, les plus petits partis comme les libéraux-démocrates ou les nationalistes écossais du SNP pourraient grappiller quelques sièges, insuffisant pour faire dérailler les poids lourds.

Les principales étapes du Brexit depuis le référendum de 2016

Rappel des principales étapes du Brexit, enjeu majeur des élections législatives anticipées du 12 décembre au Royaume-Uni.

- "Yes" au Brexit -

Le 23 juin 2016, les Britanniques votent en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Le lendemain, le Premier ministre conservateur David Cameron, initiateur du référendum mais partisan du maintien dans l'UE, démissionne. Il est remplacé par Theresa May, eurosceptique qui a voté contre le Brexit.

- Article 50 -

Le 29 mars 2017, Theresa May active l'article 50 du Traité de Lisbonne, enclenchant le processus de sortie de l'UE, censé alors aboutir deux ans plus tard.

Pour asseoir son autorité avant les négociations avec l'UE, elle convoque des législatives anticipées, mais perd sa majorité le 8 juin et doit s'allier avec le petit parti unioniste nord-irlandais ultra-conservateur DUP.

- Premier accord -

Le 13 novembre 2018, Downing Street annonce que les négociateurs britanniques et européens ont conclu un projet d'accord, approuvé le 25 novembre lors d'un sommet européen extraordinaire.

- Rejet du Parlement -

Le 15 janvier 2019, les députés rejettent l'accord. Le lendemain, le gouvernement survit de justesse à une motion de censure et entame de nouvelles discussions avec Bruxelles, qui refuse de renégocier.

L'accord est encore rejeté deux fois en mars, malgré la promesse de Theresa May de démissionner s'il était adopté. Les députés votent toutefois en faveur d'un report du Brexit au 22 mai, approuvé par les 27 autres membres de l'UE.

- Report -

Le 11 avril, les dirigeants européens accordent un nouveau délai jusqu'au 31 octobre.

Theresa May est contrainte d'organiser les élections européennes le 23 mai. Le lendemain, elle annonce qu'elle va démissionner.

- Boris Johnson aux manettes -

Le 23 juillet, Boris Johnson, partisan d'un Brexit au 31 octobre avec ou sans accord, est désigné par le Parti conservateur pour succéder à Theresa May.

Le 28 août, il annonce suspendre le Parlement à partir de la deuxième semaine de septembre et jusqu'au 14 octobre, soit deux semaines avant le Brexit.

- Johnson perd sa majorité -

Le 3 septembre, Boris Johnson perd la majorité absolue après des défections et des expulsions de députés de son parti. Il est lâché par des membres de son gouvernement.

Une loi est votée l'obligeant à demander un report du Brexit à l'UE s'il n'obtient pas d'accord de sortie d'ici au 19 octobre.

Le 24 septembre, la Cour suprême britannique juge à l'unanimité "illégale, nulle et non avenue" la suspension du Parlement, intervenue le 10. Il recommence à siéger le lendemain.

- Second accord -

Le 17 octobre, avant l'ouverture du sommet, l'UE et le Royaume-Uni annoncent être parvenus à un nouvel accord de divorce. Le texte est approuvé par les dirigeants des 27. Il doit être ratifié par les Parlements britannique et européen.

Le 22, le Parlement britannique entérine le principe du nouvel accord mais vote contre son examen en accéléré comme le voulait Boris Johnson pour que le Brexit puisse avoir lieu le 31 octobre.

Le 24, Boris Johnson appelle à la tenue d'élections législatives anticipées le 12 décembre pour sortir de l'impasse.

- Nouveau report et élections -

Le 28 octobre, les 27 pays de l'UE donnent leur feu vert pour accorder un report flexible du Brexit jusqu'au 31 janvier 2020 avec la possibilité de sortir le 30 novembre ou le 31 décembre en cas de ratification de l'accord de divorce avant ces échéances.

Le lendemain, à l'issue de débats mouvementés, les députés britanniques donnent massivement leur accord à des législatives anticipées le 12 décembre.

Le Parlement est dissous le 6 novembre.

Les bureaux de vote ouvriront de 07H00 à 22H00 (locale et GMT) dans un pays embourbé dans le Brexit depuis son vote à 52% lors du référendum de 2016. C'est justement pour sortir de l'impasse que le Premier ministre conservateur a voulu ces législatives, les troisièmes en quatre ans. Il espère obtenir la majorité absolue qui lui faisait défaut pour tourner la page de cette saga profondément clivante au Royaume-Uni. Mais si les tories ont toujours dominé leurs rivaux travaillistes dans les sondages, le scrutin s'annonce serré au vu des dernières enquêtes d'opinion. Et les averses attendues jeudi, voire la neige dans le nord, pourraient décourager plus d'un électeur de se déplacer pour désigner les 650 députés de la Chambres des communes lors de scrutins uninominaux à un tour (est élu le candidat arrivant en tête dans sa circonscription).Un sondage à la sortie des urnes sera publié à la fermeture des bureaux. Les résultats sont attendus dès 23H00. "Réalisons le Brexit!" Boris Johnson, 55 ans, l'a répété comme un mantra tout au long d'une campagne sans relief. "Donnez-moi une majorité et je finirai ce que nous avons commencé - ce que vous nous avez ordonné de faire - il y a trois ans et demi", a promis l'ex-maire de Londres qui, malgré ses gaffes à répétition, a réalisé l'ambition d'une vie en prenant la tête de l'exécutif en juillet. "Imaginez comme il sera merveilleux de s'attabler autour de la dinde de Noël, le Brexit réglé", a-t-il poursuivi dans un clin d'oeil aux électeurs favorables au "leave".Outre l'unification du pays, il s'agit d'enfin pouvoir s'atteler aux "priorités" des gens, comme la santé et la sécurité, a affirmé le dirigeant, accusé de récupération politique après l'attentat meurtrier de London Bridge fin novembre. En cas de victoire, Boris Johnson veut soumettre l'accord de divorce qu'il a négocié avec Bruxelles au Parlement avant Noël avec l'objectif de pouvoir mettre le Brexit en oeuvre le 31 janvier, date à laquelle il est désormais prévu après trois reports. "L'accord est prêt. Mettez-le juste dans le four", a-t-il régulièrement plaisanté, n'hésitant pas à pulvériser au bulldozer un faux mur symbolisant "l'impasse" du Brexit. Mais au dernier jour de la campagne, l'opposition a une fois de plus dénoncé ses mensonges, son affirmation de pouvoir boucler un accord commercial post-Brexit en moins d'un an avec l'UE étant jugée irréaliste à Bruxelles, selon la presse. Plus sobre, Jeremy Corbyn, vétéran de l'aile gauche du Parti travailliste, n'en a pas moins promis un "vrai changement" après presque une décennie de pouvoir conservateur, lors d'un dernier meeting mercredi soir à Londres. Nationalisations et investissements massifs dominent son programme, surtout dans le service public de santé (NHS), affaibli par des années d'austérité. Misant à bloc sur cet autre grand sujet de préoccupation des électeurs, le chef du Labour n'a eu de cesse d'accuser les conservateurs de vouloir brader aux Américains, après le Brexit, cette institution gratuite et chérie des Britanniques."Le choix auquel vous êtes confrontés, vous le peuple de ce pays, est véritablement historique", a-t-il lancé, clôturant une campagne où il a traîné comme un boulet des accusations d'inaction face à l'antisémitisme au sein de sa formation.Sur le Brexit, le septuagénaire a en revanche choisi d'entretenir l'ambiguïté. Il promet, s'il accède au pouvoir, de négocier un nouvel accord de divorce plus favorable aux droits des travailleurs, qu'il soumettrait à un référendum avec comme alternative le maintien dans l'UE. Lui-même resterait "neutre".Le dernier sondage publié mardi par YouGov donne les conservateurs en tête des intentions de vote avec une majorité absolue de 339 sièges. Mais la marge d'erreur, l'impact d'un éventuel vote utile et la récente remontée du Labour peuvent encore conduire à un Parlement sans majorité, comme en 2017. "L'électorat est (...) plus volatil que jamais", constate Chris Curtis, directeur de la recherche politique de YouGov, interrogé par l'AFP. Le score des tories dépendra notamment, selon lui, de leur capacité à séduire les électeurs des circonscriptions traditionnellement travaillistes dans le centre et le nord de l'Angleterre, mais très favorables au "leave".Sur les flancs des conservateurs et des travaillistes, les plus petits partis comme les libéraux-démocrates ou les nationalistes écossais du SNP pourraient grappiller quelques sièges, insuffisant pour faire dérailler les poids lourds.