Vingt-et-un pays étaient appelés aux urnes dimanche et de premières estimations ont commencé à tomber comme en Allemagne qui envoie le plus gros contingent d'élus au Parlement européen. Le camp d'Angela Merkel malgré un plus bas historique, y est en tête mais devant les Verts qui réalisent une percée sans précédent, selon des sondages.

En Autriche, le parti conservateur du chancelier Sebastian Kurz arrivait largement en tête du scrutin européen, devançant les sociaux-démocrates et le parti d'extrême droite FPÖ, selon des estimations publiées à la fermeture des bureaux.

Même si les taux de participation restaient faibles par rapport à des scrutins nationaux, la mobilisation des électeurs était en progression dans de nombreux pays, semblant marquer un coup d'arrêt à l'érosion continue qui caractérise les européennes depuis 1979.

En France notamment, la participation pourrait se monter entre 52% à 54%, soit 8 à 10 points de plus qu'en 2014, selon les estimations des instituts de sondage.

Quelque 427 millions d'Européens sont en âge de participer au scrutin, afin d'élire pour 5 ans les 751 membres du Parlement européen. L'assemblée n'a eu de cesse d'accroître ses pouvoirs, mais peine à susciter l'intérêt des Européens: en 2014, la participation avait atteint 42,6% en moyenne.

Les estimations "montrent que la participation dans la majorité des pays, y compris les gros, est en hausse", a constaté en fin d'après-midi Jaume Duch, porte-parole du Parlement.

Les derniers bureaux à tirer le rideau seront les Italiens, à 21H00 GMT.

En Allemagne, à 14H00 (12H00 GMT), la participation était de 29,4%, près de 4 points supérieure à 2014. En Espagne, stimulée par la concomitance avec les élections municipales et régionales, 49,39% des électeurs s'étaient rendus aux urnes à 18H00, contre 34,07% en 2014, année où les européennes avaient eu lieu seules.

A l'est également, où l'abstention est généralement élevée, la tendance était à la hausse. La Hongrie, dirigée par le Premier ministre eurosceptique Viktor Orban, allait vers une participation "record" depuis l'entrée du pays dans l'UE. Elle était de 37,6% à 15H00 GMT, alors qu'en 2014 la participation finale avait pointé à moins de 29%.

En Pologne, où le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), rallié dans l'hémicycle au groupe des souverainistes (CRE, conservateurs), s'est brouillé avec Bruxelles autour de ses réformes controversées de la justice, la participation a bondi à 32,51% à 17H00 (15H00 GMT), soit presque le double du taux comparable lors des élections précédentes.

A la mi-journée, la participation était stable en Italie, en Roumanie ou encore au Portugal.

- Premiers résultats en fin de soirée -

Le scrutin a déjà eu lieu dans sept pays depuis jeudi, dont le Royaume-Uni, qui s'est résigné à l'organiser en catastrophe après le nouveau report du Brexit, avec une date butoir désormais fixée au 31 octobre. Le mandat des élus britanniques doit cesser à la sortie de leur pays de l'Union, et leurs sièges seront en partie redistribués à d'autres pays.

Les résultats officiels ne sont attendus qu'à partir de 21H00 GMT, après la clôture des bureaux en Italie. Le Parlement européen prévoit de publier des premières projections en sièges vers 18H00 GMT, toutefois basées uniquement sur des estimations et des sondages réalisés avant le vote.

Les scores du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen en France et de la Ligue de Matteo Salvini en Italie, ennemis déclarés des projets européens du président français Emmanuel Macron, font partie des résultats les plus attendus.

Le vent en poupe dans les sondages, les deux alliés d'extrême droite espèrent fédérer une large alliance de partis nationalistes, eurosceptiques et populistes. Ces forces avaient déjà progressé en 2014, mais elles restent éclatées en plusieurs groupes au Parlement.

Si les sondages laissent présager une nette progression, cet ensemble hétéroclite n'est toutefois pas en mesure d'envisager une majorité au sein du Parlement, où les analystes tablent sur un maximum d'un peu plus d'un tiers des sièges.

- Fragmentation -

L'ENL, le groupe au sein duquel collaborent la Ligue et le RN dans l'actuel Parlement, compte 37 élus, un nombre qui pourrait plus que doubler à l'issue du scrutin. Et auquel Matteo Salvini veut ajouter des membres de partis siègeant actuellement dans d'autres formations eurosceptiques, comme par exemple le Fidesz, parti du Hongrois Viktor Orban, actuellement suspendu du groupe démocrate-chrétien du PPE.

"C'est très difficile de savoir comment les choses vont se passer dans les 28 pays. Mais j'imagine que certains partis à la marge seront un peu moins à la marge ce soir. Je ne l'espère pas, mais j'imagine que ça sera le cas", a commenté le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker après avoir voté au Luxembourg, selon des images de la chaîne EBS.

Tous ces rapprochements sont toutefois rendus difficiles par de profondes divergences entre ces partis, sur la question de l'attitude face à la Russie par exemple.

Le PPE et les sociaux-démocrates (S&D) devraient rester les deux principales formations de l'hémicycle européen, mais vraisemblablement perdre leur capacité à réunir à eux seuls une majorité pour faire passer des textes législatifs.

Les libéraux (ALDE) espèrent quant à eux être incontournables en devenant la troisième force du Parlement, à la faveur d'une alliance envisagée avec les futurs élus macronistes. Le Parlement européen a indiqué dimanche qu'ALDE avait demandé à ce que les voix du parti du président français soient comptabilisées sous son étiquette européenne.

Les Verts aussi espèrent devenir un interlocuteur indispensable dans ce paysage politique qui s'annonce plus fragmenté que jamais.

Cette recomposition politique sera déterminante pour la course aux postes clés des institutions européennes. En particulier celui du successeur de Jean-Claude Juncker, membre du PPE, qui devra obtenir le soutien d'au moins 376 sur 751 députés européens.

Les chefs d'Etat et de gouvernement se retrouveront dès mardi pour un sommet afin d'échanger sur les prochaines nominations.