"Les urnes et les mots vaincront la peur et la force. (...) Du premier octobre à la république, je m'y engage", s'est exclamé l'actuel président de la Catalogne, le séparatiste Quim Torra, mardi, jour anniversaire du référendum d'autodétermination interdit par Madrid. Le scrutin s'était soldé par 90,18% de "oui" à l'indépendance, bien que la participation ne s'était élevée qu'à 43%. La journée avait été émaillée de violences policières.

Le 27 du même mois, le parlement régional avait déclaré l'indépendance, avant d'en suspendre les effets quelques minutes plus tard. Mariano Rajoy, alors chef de l'État fédéral, avait ensuite destitué le gouvernement sécessionniste de Carles Puigdemont et mis la Catalogne et ses 7,5 millions d'habitants sous tutelle en vertu de l'article 155 de la Constitution. Trois jours plus tard, Carles Puigdemont, grand absent du procès devant la Cour suprême, s'enfuyait en Belgique en compagnie d'autres membres de son gouvernement afin d'échapper aux poursuites judiciaires.

"Il y a deux ans, on nous disait que les deux millions de voix en faveur de l'indépendance ne comptaient pas", s'est exprimé l'ancien président de la région, Carles Puigdemont, mardi sur Twitter. "Aujourd'hui, on nous affirme que les deux millions de votes ne valent pas non plus à l'Europe", a-t-il poursuivi, en référence à son absence et à celles de son colistier Antoni Comin et d'Oriol Junqueras dans l'hémicycle européen.

Sur les 751 eurodéputés élus le 26 mai, les trois indépendantistes catalans manquent en effet à l'appel. L'Espagne bloque leur prise de fonction car les trois hommes ne se sont pas présentés à Madrid pour prêter serment, jurer fidélité à la Constitution et recevoir leur certificat de nomination, comme le prévoit la législation nationale. Carles Puigdemont et son ancien ministre de la Santé, Toni Comin, se sont exilés en Belgique et s'exposent à une arrestation immédiate s'ils venaient à fouler le sol espagnol.

Quant à Oriol Junqueras, il n'avait pas été autorisé à sortir temporairement de prison pour prêter serment devant l'autorité électorale espagnole, condition indispensable à sa prise de fonction comme eurodéputé. Avec 11 autres dirigeants régionaux, l'ancien vice-président du gouvernement catalan a été jugé de février à juin devant la Cour suprême espagnole pour son rôle dans l'organisation du référendum d'autodétermination. La plus haute instance judiciaire nationale craignait qu'une fois à Bruxelles, le président de la gauche républicaine catalane ne soit hors de portée de la justice espagnole. La Cour suprême doit bientôt annoncer sa décision.

Des responsables indépendantistes ont appelé mardi à une "désobéissance civile massive", des blocages sur les routes de la région, de grandes manifestations ou une grève en réponse à une éventuelle condamnation de M. Junqueras et 11 autres dirigeants catalans par la Cour suprême.