Il est obsédé par Otto von Bismarck, les mathématiques et Anna Karénine. Il est aussi actuellement le conseiller le plus important de Boris Johnson. Le Premier ministre conservateur David Cameron dit du cerveau derrière la campagne en faveur du Brexit que c'est un "psychopathe carriériste". Certains n'hésitent pas à le comparer à Steve Bannon, l'ex-conseiller controversé du président américain Donald Trump. Il est surtout un stratège politique qui aura donné des sueurs froides à de nombreux pontes de la politique anglaise. Il se sera fait, au passage, de très nombreux ennemis.
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Il est obsédé par Otto von Bismarck, les mathématiques et Anna Karénine. Il est aussi actuellement le conseiller le plus important de Boris Johnson. Le Premier ministre conservateur David Cameron dit du cerveau derrière la campagne en faveur du Brexit que c'est un "psychopathe carriériste". Certains n'hésitent pas à le comparer à Steve Bannon, l'ex-conseiller controversé du président américain Donald Trump. Il est surtout un stratège politique qui aura donné des sueurs froides à de nombreux pontes de la politique anglaise. Il se sera fait, au passage, de très nombreux ennemis."Dominic Cummings est le perturbateur en chef - il est stratégiquement résolu et idéologiquement iconoclaste", estime Tim Bale, professeur de politique à l'Université Queen Mary de Londres, dans son livre "Le Parti conservateur: de Thatcher à Cameron". "Les fonctionnaires et les apparatchiks du parti pourraient bien être agacés par ce conseiller, mais pour Johnson, c'est un prix qui vaut la peine d'être payé", si Dominic Cummings lui permet de réussir le Brexit. Lorsqu'on apprend, fin juillet, qu'il a été nommé conseiller spécial par Johnson, ils sont nombreux à craindre le pire. Cet adepte du tout ou rien, ne fait que rarement dans la dentelle et tranche souvent de façon radicale. Il peut aussi se montrer très persuasif, pour ne pas dire omnipotent. Ce savant cocktail a par ailleurs déjà fait ses premières victimes. Comme Hammond et Ken Clarke, qui ont plus de 20 ans d'expérience ministérielle, il aurait été à l'origine d'une série de licenciements d'assistants ministériels accusés de ne pas défendre avec assez de vigueur la cause du Brexit, dont la conseillère du ministre des Finances Sajid Javid, Sonia Khan. Celle-ci a été licenciée car elle avait téléphoné à un " opposant ". Elle sera escortée jusqu'à la porte par un policier. Et tout cela sera fait sans consulter son chef direct, le ministre Sajid Javid. Il serait aussi derrière l'annonce de Boris Johnson la semaine dernière de suspendre le Parlement jusqu'à mi-octobre, deux semaines avant l'échéance du Brexit, fixée au 31 octobre, décriée par ses opposants comme une tentative de les bâillonner.Beaucoup craignent que Johnson ait fait rentrer le loup dans la bergerie, puisqu'une telle attitude pourrait même mettre en danger le Premier ministre en personne. Sa stratégie du "do or die" a en effet pris quelques sérieux coups dans l'aile la semaine dernière. De quoi faire grogner même en interne, ou on note que l'homme n'est même pas affilié au parti. Il reste extrêmement sulfureux pour l'aile modérée du parti: mardi encore, l'ancien ministre conservateur des Finances Philip Hammond, opposé à une sortie de l'UE sans accord, a lancé sur la BBC à son encontre une critique à peine voilée, dénonçant "les nouveaux venus", ceux qui font de l"'entrisme" et "essaient de transformer" le Parti conservateur pour le rendre moins ouvert à différents courants politiques.Malgré les bourrasques, il est pourtant certain que Cummings ne changera pas de cap. Depuis toujours, ce non-conformiste suit sa propre voie. Né à Durham (nord de l'Angleterre), d'un père gestionnaire d'un projet de plateforme pétrolière et d'une mère institutrice, il a fréquenté une école privée puis la prestigieuse université d'Oxford, sans pour autant faire partie de l'élite comme David Cameron ou Johnson. L'homme n'est pas du tout impressionné par le pouvoir, lui qui a un jour décrit l'ancien premier ministre David Cameron comme "un sphinx sans énigme ou David Davis, ancien ministre de Brexit, de "vain comme Narcisse".Il n'est pas plus impressionné par le décorum, lui qui n'a jamais porté de cravate de sa vie, aime se promener en Converse et préfère tenir ses réunions autour d'un café à emporter.L'homme a aussi des passions pour le moins incongrues comme son obsession pour Otto von Bismarck, ou les stratèges militaires comme Carl von Clausewitz et Sun Tzu. Il adore aussi les mathématiques, la nanotechnologie et Anna Karenine.Russophile, passionné par l'écrivain Dostoïevski, Dominic Cummings a vécu en Russie après ses études, où il a contribué, dans les années 90, au lancement d'une compagnie aérienne, qui n'a finalement pas décollé.De retour au Royaume-Uni, il a fait ses armes en politique en menant plusieurs campagnes, notamment contre l'adoption de l'euro.En 2002, il a été nommé directeur de la stratégie du Parti conservateur mais il a quitté ses fonctions huit mois plus tard, jugeant "incompétent" le chef des Tories de l'époque, Iain Duncan Smith. Il est ensuite devenu conseiller spécial du ministre de l'Education, Michael Gove, devenu entre-temps le bras droit de Boris Johnson. Directeur de la campagne pro-Brexit "Vote Leave", il a joué un rôle décisif en menant une campagne active basée sur les réseaux sociaux et la collecte de données personnelles. Les méthodes de "Vote Leave" ont été mises en cause depuis, en particulier l'utilisation de slogans trompeurs et de publicités politiques ciblées. Mais le succès du référendum pour le Brexit, où le "Leave" l'a emporté à près de 52%, a fait de lui un stratège sachant faire mentir les pronostics.Il affiche surtout un profond dédain pour le système politique. Pour s'en convaincre, il suffit de lire son blog qu'il a tenu ces dernières années. Dominic Cummings y affirme que le Royaume-Uni traversait "une crise unique sur cinquante ou cent ans" dont il fallait profiter "pour changer des choses normalement immuables". Cummings n'est certainement pas un opportuniste selon De Standaard. "Il poursuit un idéal. Il croit fermement que " le système " ne peut pas faire face à un monde qui change toujours plus vite. Il est fasciné par les scientifiques qui pensent causalité, complexité, incertitude et changement. Cummings aspire à une technocratie méritocratique. Il rêve d'une " société résiliente " avec des leaders brillants qui sont à l'aise dans tous les domaines." Et pourquoi du coup le Brexit ? Pour lui "Bruxelles" est un obstacle bureaucratique qui s'oppose à une telle société. Et le Brexit est un moyen de " pirater " le système, selon ses propres termes. Il ne s'agit donc pas le moins du monde de nostalgie d'une époque révolue.Le plan de Cummings pour les semaines à venir semble étrangement clair. Il veut aller aux élections le plus tôt possible. Elles doivent devenir une bataille entre "le peuple" et la "politique". Johnson étant l'homme du "peuple". Il aurait même déjà le slogan : "Faites confiance au peuple."Néanmoins rien n'indique que l'histoire prenne ce chemin, ni qu'il sera encore à bord d'ici le 31 octobre tant l'opposition montre de plus en plus les dents. Pour l'instant, l'homme ne semble pas douter. C'est, à n'en pas douter, qu'il lui reste sans doute encore quelques coups tordus dans sa manche.Avec De Standaard et AFP