Professeur d'histoire romaine à l'ULB et chroniqueur au Vif/ L'Express, David Engels a signé en 2013 un essai remarqué, qui comparait l'Union européenne à la République romaine tardive, prélude à sa transformation en Empire ( Le Déclin, éditions du Toucan). Il est aussi le président-fondateur de la société Oswald Spengler, à l'oeuvre depuis un an dans une douzaine de pays européens et aux Etats-Unis.
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Professeur d'histoire romaine à l'ULB et chroniqueur au Vif/ L'Express, David Engels a signé en 2013 un essai remarqué, qui comparait l'Union européenne à la République romaine tardive, prélude à sa transformation en Empire ( Le Déclin, éditions du Toucan). Il est aussi le président-fondateur de la société Oswald Spengler, à l'oeuvre depuis un an dans une douzaine de pays européens et aux Etats-Unis. Qui est Spengler ?Philosophe allemand (1880 - 1936), auteur du Déclin de l'Occident, il a prédit en 1911 l'effondrement de la civilisation européenne. Son livre veut montrer que toutes les grandes civilisations humaines se valent et ont un développement organique plus ou moins parallèle, d'un millénaire environ. Egypte, Inde, Chine, Antiquité classique, Mayas, Occident... Ce dernier, dont Spengler situe le début au xe siècle, s'approcherait de sa fin : après avoir épuisé, depuis la fin du xviiie, l'essentiel de ses forces culturelles créatrices, il s'est mué en civilisation et utilise ce qu'il lui reste d'énergie dans une expansion purement quantitative et impérialiste. Spengler prédit que l'Occident deviendra un Etat autoritaire au plus tard vers 2100, après une phase de populisme, de guerres civiles et de césarisme... Cet auteur ne sent-il pas le soufre ?Il a été considéré comme un penseur de droite et rapidement oublié. Mais les événements lui ont donné raison : le monde ne s'est pas unifié autour du système démocratique libéral occidental, l'espace islamique s'est recentré de plus en plus sur ses traditions, l'Inde plonge dans le nationalisme et la Chine renoue avec Confucius. Ces anciens espaces culturels reprennent lentement le dessus et l'Occident montre des signes de vieillesse alarmants et semble près de s'autodéchirer. Pourquoi vous y intéressez-vous tant ?J'ai lu pour la première fois Le Déclin de l'Occident à 18 ans. Je ne m'en suis jamais détaché. Malgré ses lacunes, il constitue en beaucoup de points ma grille de lecture de l'histoire. L'idée générale que toutes les hautes civilisations humaines ont un développement parallèle inspire une profonde tolérance pour les autres cultures mais peut aussi donner, par analogie, une vague idée de notre avenir. Le comparatisme culturel remonte à l'Antiquité et a aussi été défendu par Arnold Toynbee, grand historien anglo-saxon. Michel Houellebecq (1) est lauréat du premier prix de la société Spengler (10 000 euros). Pourquoi lui ?Nous cherchions un penseur méritant, dans la continuité intellectuelle de Spengler. Pour nous, parmi les auteurs actuels, Michel Houellebecq représentait de la manière la plus évidente cette ambiance mélancolique d'un Occident cynique qui a perdu tous ses espoirs et se prépare à s'abandonner soi-même. Son Soumission, annonçant le naufrage du système universitaire occidental, la fin de la démocratie européenne, la création d'un Etat franco-méditerranéen autoritaire sous un président conservateur et l'islamisation de l'Europe est on ne peut plus spenglérien.