Scandant des slogans anticapitalistes et anti-policiers, des groupes s'attaquaient à des magasins de luxe (Hugo Boss, Lacoste, Nespresso...) et à des restaurants des Champs-Elysées, au coeur de la capitale française, où ont convergé des milliers de manifestants, rappelant les scènes de violences qui avaient fait le tour du monde en décembre et janvier.

"Y a du monde et de l'action, ça rappelle décembre. Ils croyaient nous dompter mais on est indomptables. Les gilets jaunes ne lâcheront rien, il faut qu'ils le comprennent", a dit à l'AFP un manifestant masqué.

Malgré les protections érigées, le très chic restaurant Fouquet's, prisé des célébrités, a été vandalisé, vitrines brisées, tables renversées. "Il y a un certain nombre de gens qui ne sont venus que pour casser", a déploré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, selon lequel quelque 1.500 militants "ultra-violents" se sont infiltrés parmi les quelque "7.000 à 8.000" manifestants à Paris.

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Non loin des vitrines en miettes, des manifestants, pour beaucoup vêtus de noir, capuche ou casque sur la tête, lançaient des pavés sur les forces de l'ordre qui répliquaient par des tirs de gaz lacrymogènes.

Quarante-quatre personnes ont été interpellées, selon un bilan communiqué à 11H30 GMT par la préfecture de police de Paris.

- Le grand débat, une "mascarade" -

Désireux de montrer une détermination intacte, quatre mois presque jour pour jour après le début le 17 novembre de leur mouvement - qui se veut apolitique et s'organise sur les réseaux sociaux - plusieurs figures de la fronde avaient promis un "regain de mobilisation" samedi.

Annonçant un "ultimatum" au gouvernement, ils avaient invité leurs sympathisants à converger vers Paris.

"On attend les Toulousains avec impatience, les Bordelais, les Marseillais, les Rouennais...", a lancé Eric Drouet, un chauffeur routier de la région parisienne, évoquant même le renfort de sympathisants venus d'Italie, Belgique, Pays-Bas, Pologne.

Maxime Nicolle, autre tête connue des "Gilets jaunes", a promis une journée "mémorable", "un week-end parmi les plus importants depuis le début de cette mobilisation".

Cette nouvelle journée de manifestations intervient à l'issue d'une multitude de débats organisés dans toute la France à l'initiative des autorités. Le gouvernement souhaitait ainsi canaliser la colère et faire émerger des propositions, alors que le nombre de manifestants est en baisse constante ces dernières semaines.

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Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, contestés par les "gilets jaunes", ils étaient 28.600 manifestants en France lors de la 17e journée samedi dernier, soit dix fois moins que les 282.000 du 17 novembre, au début du mouvement.

"On a été trop gentils, c'est pour ça que c'est violent aujourd'hui. Je suis pas pour mais on est gouvernés par des corrompus qui se permettent de nous donner des leçons", a dénoncé Jean-François Bernard, qui travaille dans l'entretien des espaces verts. "Le grand débat, c'est une mascarade", a-t-il estimé.

Pour tenter d'endiguer violences et déprédations, un dispositif policier resserré a été mis en place.

Quelque 5.000 hommes et six véhicules blindés de la gendarmerie étaient mobilisés dans la capitale où sont également prévues plusieurs autres manifestations, notamment une "Marche du siècle" pour le climat.

Des manifestations de "gilets jaunes" sont aussi prévues en province, de Bordeaux (sud-ouest) à Lyon (centre-est) en passant par Montpellier (sud).

Sur les réseaux sociaux, un même objectif affiché: "faire le siège de l'Elysée", la résidence du président de la République.