La petite ville de Tübingen, dans le sud-ouest de l'Allemagne, a presque retrouvé son visage d'avant la pandémie. Le samedi 27 mars, des files se sont formées dès 9 heures devant les neuf stations de dépistage installées aux abords du centre-ville, prises d'assaut par une foule attirée non pas tant par les curiosités architecturales et le cachet de cette petite cité médiévale que par le vent de liberté qui semble souffler sur la commune du très peu conventionnel élu Vert Boris Palmer. Le maire de cette ville de 90 000 habitants a lancé mi-mars un projet-pilote, "Ouvrir en toute sécurité", un projet sanitaire révolutionnaire en Allemagne, encadré par l'université locale, et suivi avec la plus grande attention à travers le pays. Jusqu'à la chancellerie.
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La petite ville de Tübingen, dans le sud-ouest de l'Allemagne, a presque retrouvé son visage d'avant la pandémie. Le samedi 27 mars, des files se sont formées dès 9 heures devant les neuf stations de dépistage installées aux abords du centre-ville, prises d'assaut par une foule attirée non pas tant par les curiosités architecturales et le cachet de cette petite cité médiévale que par le vent de liberté qui semble souffler sur la commune du très peu conventionnel élu Vert Boris Palmer. Le maire de cette ville de 90 000 habitants a lancé mi-mars un projet-pilote, "Ouvrir en toute sécurité", un projet sanitaire révolutionnaire en Allemagne, encadré par l'université locale, et suivi avec la plus grande attention à travers le pays. Jusqu'à la chancellerie. Dans sa dernière allocution devant le Bundestag, Angela Merkel appelait les maires d'Allemagne à "suivre l'exemple de Tübingen" et à faire preuve de créativité dans la lutte contre la Covid. "Nous sommes un Etat fédéral, rappelait la chancelière. Il n'est interdit à aucun maire de faire ce que fait Tübingen: autoriser les citoyens munis d'un test négatif à se rendre dans les magasins, au cinéma ou dans les stades de football..." "Nous avons besoin de Tübingen partout en Allemagne!", ajoutait Armin Laschet, le président du Parti chrétien-démocrate, qui aspire à devenir le prochain chancelier à l'issue des législatives du 26 septembre prochain. L'intérêt est tel que le projet - qui devait initialement durer jusqu'au 4 avril - a été prolongé de deux semaines. Depuis mi-mars, les habitants de Tübingen sont donc les "cobayes" d'une expérience visant à vérifier dans quelle mesure le recours massif aux tests antigéniques peut permettre un quasi retour à la normale, sans relancer la pandémie. Concrètement, qui veut se rendre dans les commerces du centre-ville de Tübingen passe d'abord par l'un des neuf centres de dépistages installés aux accès du quartier médiéval. Chaque personne testée par prélèvement nasal reçoit un bracelet muni d'un code QR valable pour la journée, baptisé "pass journalier de Tübingen". Couplé à un smartphone, celui-ci permet, vingt minutes plus tard, de montrer patte blanche à l'entrée des commerces, du théâtre municipal ou des cinémas, aux terrasses des cafés et des restaurants. Contrairement au reste de l'Allemagne, les habitants de Tübingen sont presque sortis du confinement en vigueur dans la pays depuis la fin novembre. Sur les 30 000 tests effectués la première semaine, seuls 75 se sont avérés positifs. "Les tests préventifs permettent de repérer et d'écarter au moins les "supercontaminateurs", ces personnes hautement contagieuses qui souvent ne présentent aucun symptôme, précise Lisa Federle, médecin urgentiste responsable du programme anti-Covid de la municipalité. Les tests préventifs permettent de briser les chaînes de contamination et de freiner la propagation du virus." En Allemagne, le "modèle de Tübingen" ne cesse de faire des envieux. Au point qu'il a fallu limiter à 3 000 par jour le nombre des touristes admis dans la cité et même interdire l'accès au centre-ville à tous les touristes pour le week-end de Pâques. "Je prie tous ceux qui voudraient visiter notre ville de repousser leur projet à l'été", insiste Boris Palmer. Munich et Ingolstadt en Bavière, la capitale financière Francfort, des villes de Saxe comme Augustusburg ou Oberwiesenthal envisagent désormais de copier le modèle, tout comme le petit Land de Sarre, à la frontière avec la France et le Luxembourg, après Pâques. "Plus de cent communes se sont manifestées au cours des trois derniers jours pour me demander comment appliquer le modèle de Tübingen", relate le président de la communauté des communes du Bade-Wurtemberg, Steffen Jäger. A Tübingen en effet, le concept semble fonctionner malgré quelques ratés. Les résultats des tests réalisés en plein air sont parfois aléatoires, à cause du froid. Quarante personnes, testées par erreur positives, se sont retrouvées en quarantaine sans raison et deux stations de dépistage ont dû fermer, par manque de personnel. Mais si le taux d'incidence du district approche le seuil critique de cent nouvelles contaminations pour 100 000 habitants en une semaine, celui de la cité stricto sensu s'est maintenu entre les vingt à trente contaminations avant de grimper à 66,7, selon le maire. "C'est quasi un doublement en une semaine, concède Boris Palmer. Mais la hausse est liée au regain des fêtes nocturnes à travers la ville, pas à la réouverture des commerces." "Le bilan du projet pilote est jusqu'à présent très positif", se réjouit Carsten Köhler, spécialiste des maladies tropicales à l'université de Tübingen et membre de l'équipe médicale qui encadre l'expérience. Les gens se font vraiment tester avant d'aller dans les magasins ; les commerces contrôlent les entrées et seuls ceux qui jouent le jeu peuvent entrer". Le modèle, assure le praticien, ne serait toutefois pas aisément transposable à une grande ville. Le projet de la Sarre de rouvrir commerces, cafés et restaurants en terrasse dans toute la région après Pâques en intensifiant les tests se heurte en Allemagne à l'incompréhension de la classe politique et au scepticisme du corps médical. Le modèle de Tübingen fonctionne "si on arrive vraiment à contrôler tout le monde. Si quelques personnes arrivent à passer à travers les mailles du filet et se promènent dans la ville en étant positives, alors tout peut déraper", insiste Carsten Köhler.La question du coût financier pose aussi problème. "Il faut compter 15 euros par personne et par test, payés par le contribuable", souligne Lisa Federle, qui souhaite "responsabiliser les habitants" en les incitant à terme à se tester eux-mêmes, à la maison, à l'aide des kits en vente libre dans le pays depuis début mars. L'expérience de Tübingen fait figure pour bien des Allemands de lueur d'espoir au bout du tunnel, alors que l'Allemagne pourrait prochainement annoncer un durcissement des mesures sanitaires pour lutter contre la troisième vague qui menace de submerger les hôpitaux.