Pendant des décennies, la nomination du président de la Commission européenne ne tenait pas spécialement compte du résultat des élections, mais plutôt de préaccords conclus en coulisses. Pour les élections de 2014, les partis politiques européens ont mis en place une nouvelle procédure : celle des "spitzenkandidaten".

Les "Spitzenkandidaten", une règle contestée

Chaque famille politique désigne son ou ses prétendants. Le soir des résultats, la famille arrivée en tête revendique le poste. Mais son candidat devra obtenir le soutien des dirigeants de l'UE et la majorité absolue au Parlement européen. Il devra ensuite constituer son équipe, dont chacun des membres devra être auditionné par le Parlement européen, avec le risque d'être rejeté. En 2014, l'équipe constituée par Jean-Claude Juncker avait failli être recalée.

Jean-Claude Juncker © Reuters

Cette procédure est contestée par certains, car elle peut donner lieu à une sorte de marchandage entre pays et personnalités politiques influentes. En 2014, Angela Merkel, David Cameron, Mark Rutte et Fredrik Reinfeldt ont tenté de constituer une minorité de blocage contre cette règle. L'hostilité affichée au principe du "spitzenkandidat" par Emmanuel Macron nourrit les spéculations sur la possible nomination d'un candidat extérieur.

Voici les candidats désignés par les différentes familles politiques européennes pour l'élection de 2019 :

La droite pro-européenne : Parti populaire européen

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Actuellement la force la plus importante au Parlement, le Parti Populaire Européen (PPE) devrait perdre du terrain aux prochaines élections. Le groupe s'est choisi comme candidat à la présidence de la Commission l'Allemand Manfred Weber, membre de la CSU, parti frère bavarois de la CDU d'Angela Merkel. Âgé de 46 ans, il est eurodéputé depuis 2004 et président du groupe parlementaire du PPE depuis 2014. Il insiste entre autres sur la "responsabilité économique" de l'exécutif européen pour garantir la stabilité de l'Union.

Les sociaux-démocrates : Parti des socialistes européens

Frans Timmermans © Reuters

Numéro deux au Parlement, le Parti socialiste européen (PSE) risque de voir son influence considérablement réduite après le scrutin du 26 mai. Le groupe a choisi comme candidat le Néerlandais Frans Timmermans, Vice-président de la Commission et bras droit du Jean-Claude Juncker. Il a été ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas entre 2012 et 2014. Pour lui, rien, à part un salaire minimum à l'échelle européenne, ne pourrait créer la croissance économique dans l'Union.

La droite eurosceptique : Conservateurs et réformistes en Europe

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Leur "Spitzenkandidat" est le Tchèque Jan Zahradil, 56 ans, président de la formation. Pour lui, l'Union européenne devrait faire un pas de côté et permettre aux entreprises de créer des emplois. Il fustige également une politique européenne qu'il juge dépassée : "le projet ancien et désuet de Juncker d'une Union sans cesse plus étroite est terminé", proposant comme alternative un bloc "réduit, flexible, décentralisé et qui respecte tous ses membres".

Les libéraux : Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe

Margrethe Vestager © AFP

Les Libéraux espèrent jouer un rôle pivot au Parlement et dans le partage des postes des institutions européennes. L'ALDE n'a pas nommé un candidat en particulier pour la présidence de la Commission, mais une équipe de sept personnalités, dont la Commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, 51 ans. On retrouve également dans cette "short list" notre ancien Premier ministre Guy Verhofstadt. Chef du groupe au Parlement européen, c'est lui qui était "Spitzenkandidat" en 2014. Lors du débat organisé la semaine dernière, c'est Margrethe Vestager qui s'est exprimée, en glissant notamment une attaque contre plusieurs États membres accusés de jouer le dumping fiscal pour attirer les investisseurs étrangers, par exemple en ne leur faisant payer qu'un très faible impôt. Elle appelle également l'UE à être "plus intransigeante" dans ses accords commerciaux afin de montrer son statut de premier bloc économique mondial.

Les Verts : Parti vert européen

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Très attaché à la parité, le parti vert européen est dans la course à la présidence de Commission avec deux candidats, un homme et une femme, comme il l'avait déjà fait lors des dernières élections en 2014. Il s'agit de l'Allemande Ska Keller, 37 ans, déjà candidate en 2014, et du Néerlandais Bas Eickhout, 42 ans. Pour Ska Keller, l'austérité imposée en Europe est "une grosse erreur" et "un coup porté à cette promesse européenne que nous créerions ensemble la prospérité", a-t-elle lancé lors du débat.

La candidate écologiste a également mis en garde ses adversaires qui proposent des délais plus longs pour réduire les émissions de CO2. Il est selon elle "impossible de faire des compromis avec le climat". Les Verts espèrent profiter de la popularité de la thématique du climat, surtout auprès des jeunes électeurs.

La gauche radicale : Gauche Unie Européenne

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La GUE a désigné deux "Spitzenkandidaten" : la Slovène Violeta Tomic, 56 ans, et Nico Cué, Espagnol de 62 ans, ancien syndicaliste arrivé enfant en Belgique. C'est ce dernier qui était présent lors du débat des candidats. Il a abordé le thème de la migration, lui dont le père a fui la dictature franquiste. Face à des adversaires qui réclamaient la fin à toute arrivée illégale sur le sol européen, il a clamé : "je suis moi-même fils d'illégal. (...) La migration est une chance pour ceux qui n'ont pas la possibilité chez eux de se développer".

Il a jugé également que le PPE et ses partenaires, au pouvoir depuis longtemps, et ne sont "vraiment pas à la hauteur" pour corriger le chômage des jeunes. "Nous devons mettre fin au travail précaire, revenir à des contrats de travail convenables (...) et nous avons besoin d'un salaire minimum", propose-t-il.