Mardi, la Chambre des communes a approuvé sur le principe, par 329 voix contre 299, le nouvel accord de divorce conclu par leur Premier ministre Boris Johnson et les dirigeants de l'UE, tout en exigeant plus de temps pour l'examiner. Elle a en effet refusé par 322 voix contre 308 de se prononcer sur ce texte d'ici à jeudi soir, un délai jugé trop court pour débattre d'un pavé de 110 pages. Boris Johnson a alors annoncé qu'il suspendait l'examen de l'accord par le Parlement jusqu'à ce que l'Union européenne prenne une décision sur un report de la date du divorce, fixée en principe au 31 octobre.

"Le Brexit est au purgatoire", titrait mercredi le Daily Telegraph. "Oui, mais non, mais..." ironisait pour sa part le tabloïd The Sun face à ce nouveau vote ambivalent des députés britanniques. "Notre position reste que nous ne devrions pas faire de report, que nous devrions quitter l'UE le 31 octobre", a ajouté Boris Johnson, qui n'a jamais varié dans sa promesse de mettre en oeuvre le Brexit à la fin du mois, comme prévu.

A la suite du vote britannique, M. Tusk a recommandé dirigeants de l'UE d'accepter de retarder une nouvelle fois le Brexit, lequel a déjà été différé à deux reprises, du 29 mars au 12 avril puis au 31 octobre. "Je recommande aux dirigeants des 27 membres de l'Union européenne d'accepter la demande britannique pour un nouveau report de la date de sortie (du Royaume-Uni) et je propose que cela soit décidé par procédure écrite", sans besoin de convoquer un sommet, a tweeté M. Tusk.

Michel Barnier & Donald Tusk © Getty Images

- "Problème de calendrier" -

Une réunion des ambassadeurs des pays membres auprès de l'UE a été planifiée mercredi pour discuter de cette recommandation, a indiqué l'un des représentants à l'AFP. Mais il n'est pas question de décider dès mercredi, a averti ce représentant. Il s'agira, a-t-il expliqué, de vérifier si l'ensemble des pays membres partagent la même analyse de la situation et de voir si un nouveau report est nécessaire. "La bonne nouvelle est que Boris Johnson a trouvé une majorité et elle n'est pas courte. Il a réussi son pari. Mais le Parlement a bloqué le calendrier. Nous ne sommes pas dans une situation de crise, mais face à un problème de calendrier devenu trop serré", a expliqué à l'AFP un responsable européen.

M. Johnson avait demandé samedi une prolongation de trois mois, jusqu'au 31 janvier 2020. Donald Tusk a préconisé de répondre favorablement à cette requête, mais l'UE peut proposer une durée différente. La durée de la prolongation doit être décidée par les Européens en concertation avec Londres, a soutenu le responsable européen. "L'UE est disposée à accepter une prolongation, mais elle décidera ce qui est nécessaire, et sa durée exacte devra faire l'objet d'échanges politiques", a-t-il commenté. "Un report de trois mois n'est pas acceptable. Il doit être limité", a-t-il estimé.

La France s'est elle aussi déclarée prête à accepter un court report "technique" de "quelques jours" du Brexit pour que la procédure parlementaire puisse s'achever à Londres, mais a exclu toute rediscussion de l'accord. "En fin de semaine, nous verrons si une extension purement technique de quelques jours se justifie, pour que le Parlement britannique puisse achever sa procédure parlementaire", a déclaré la secrétaire d'Etat française aux Affaires euopéennes Amélie de Montchalin. "En dehors d'une telle perspective, une extension destinée à gagner du temps ou à rediscuter de l'accord est exclue", a-t-elle ajouté. L'accord règle les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l'UE après 46 ans de vie commune et permet une sortie négociée assortie d'une période de transition courant au moins jusqu'à fin 2020. Une fois approuvé par le Parlement britannique, il devra aussi être adopté par le Parlement européen.

Les scénarios possibles pour le feuilleton

A neuf jours de la date prévue pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'hypothèse d'un Brexit avec accord le 31 octobre semble fortement compromise. Quels sont les scénarios possibles pour la suite?

- Report

Cette option est devenue plus probable mardi. Il s'agit désormais de la meilleure manière de sauver l'accord de Brexit négocié laborieusement à Bruxelles vu le refus des députés britanniques d'un examen accéléré.

En vertu d'une loi adoptée en septembre, le Premier ministre s'est vu contraint samedi de demander à l'Union européenne un report de trois mois, jusqu'au 31 janvier 2020. Si l'Union européenne propose une date différente, Boris Johnson doit l'accepter.

La pression est forte sur les Européens, qui doivent se prononcer à l'unanimité et ont reçu en réalité deux lettres de Londres. Outre l'une (non signée) demandant la prolongation, Boris Johnson leur a envoyé une missive expliquant qu'il y est opposé.

Une prolongation serait la troisième pour le Brexit, prévu initialement le 29 mars dernier.

- Sortie avec accord

Si l'Union européenne accorde un report, même court, les députés auront le temps d'adopter la loi d'application de l'accord. Ils lui ont d'ailleurs apporté mardi leur soutien initial ouvrant la voie à des débats plus détaillés, une première pour un accord de Brexit depuis le début de cette saga il y a plus de trois ans.

Dès lundi, Berlin s'est dit ouvert à un "court report technique au cas où le Royaume-Uni rencontre des problèmes dans le processus de ratification".

En cas de report long, des élections anticipées peuvent permettre de dégager une majorité claire qui serait capable de l'approuver.

- Sortie sans accord

C'est l'hypothèse par défaut si aucune extension n'est accordée par les Européens, exaspérés de l'incapacité du Royaume-Uni à sortir de cette crise. Dans ce cas, le Royaume-Uni sortirait de l'UE le 31 octobre à 23H00 GMT.

Ce scénario est particulièrement redouté par les milieux économiques, qui craignent une dégringolade de la livre (causant par ricochet une hausse des prix), voire une récession, avec le rétablissement de droits de douane et le spectre de pénuries de produits alimentaires, d'essence et de médicaments.

Boris Johnson a annoncé mardi, après le rejet de l'examen accéléré, que le gouvernement allait "accélérer les préparatifs pour un no-deal".

- Elections anticipées

Quelle que soit la suite des événements, la crise politique dans laquelle est plongée le Royaume-Uni est telle que des élections législatives anticipées paraissent inéluctables. Tous les partis politiques s'y préparent activement.

Des élections peuvent être déclenchées si le principal parti d'opposition, le Labour (gauche), soutient une motion de censure mais il a pour l'instant dit vouloir d'abord écarter l'hypothèse d'une sortie sans accord.

Le Premier ministre a aussi tenté à deux reprises, sans succès, de déclencher ces élections. Il a de nouveau brandi cette menace mardi avant les votes mais n'a pas précisé ses intentions après leurs résultats. Pour lui, ce scrutin est la seule chance de regagner la majorité qu'il a progressivement perdue au fil des défections ou des exclusions de députés rebelles.

- Nouveau référendum

C'est l'option défendue par le Parti travailliste, principale formation d'opposition, en cas de victoire aux élections et réclamée encore samedi lors d'une importante manifestation dans les rues de Londres.

Le soutien d'une majorité de députés à un tel scrutin, qui risquerait de raviver un peu plus les divisions, est loin d'être certain. Et le résultat est tout aussi aléatoire.