Le temps presse, à quelques jours du sommet européen des 17 et 18 octobre, présenté comme celui de la dernière chance pour éviter une sortie de l'UE sans accord aux conséquences douloureuses le 31 octobre, ou un troisième report prolongeant l'incertitude sur le chemin que prendra le Royaume-Uni après 46 ans dans le giron européen.

Dimanche en fin d'après-midi, le négociateur de l'UE Michel Barnier fera également un point d'étape des négociations au Coreper, l'instance regroupant les 27 ambassadeurs de l'UE, à Bruxelles.

"L'espoir est que les négociateurs britanniques aient montré suffisamment de flexibilité pour poursuivre et conclure les négociations rapidement. L'horloge tourne", a indiqué à l'AFP une source européenne.

Une rencontre jeudi entre Boris Johnson et son homologue irlandais Leo Varadkar a ravivé l'espoir d'un accord.

Concessions

Nul doute que le Brexit sera également au menu d'un dîner de travail dimanche entre le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, en préparation d'un conseil des ministres franco-allemand le 16 octobre à Toulouse (sud-ouest de la France).

Londres et Bruxelles ne parviennent pas à s'accorder sur la manière d'éviter, après le Brexit, un retour à une frontière physique entre l'Irlande du Nord, province britannique, et la République d'Irlande, qui restera membre de l'UE, et de préserver la paix sur l'île, qui a connu plusieurs décennies de violences.

Depuis que son plan de Brexit présenté début octobre a été rejeté par les Européens, Boris Johnson aurait fait des concessions.

Mais peu de détails ont filtré sur la manière concrète dont Londres et Bruxelles comptaient surmonter les points de désaccord persistant, notamment sur la manière d'éviter la mise en place de contrôles douaniers et le droit de regard donné aux autorités locales d'Irlande du Nord dans le mécanisme.

Selon des informations de presse, il pourrait s'agir de maintenir l'Irlande du Nord dans une forme d'union douanière avec l'UE, ce qui a fait tiquer l'allié nord-irlandais de l'exécutif, le parti unioniste DUP.

Parlement divisé

S'il parvient à conclure un accord, Boris Johnson aura encore la lourde tâche de convaincre le Parlement, très divisé sur le Brexit. Les députés avaient rejeté trois fois l'accord négocié par l'ex-Première ministre Theresa May.

Allié des conservateurs, désormais minoritaires à la Chambre des communes face aux partis de l'opposition, le DUP a fait connaître les conditions de son soutien à un éventuel accord. "L'Irlande du Nord doit demeurer entièrement dans une union douanière avec le Royaume-Uni", a prévenu Nigel Dodds, son chef de file à la Chambre, dans le quotidien italien La Repubblica.

Jacob Rees-Mogg, ministre chargé des Relations avec le Parlement et ardent Brexiter, a lui appelé les pro-Brexit à se fier à Boris Johnson, tout en estimant qu'un compromis était inévitable. "Je pense que c'est quelqu'un en qui même les archi-eurosceptiques (...) peuvent avoir confiance", a-t-il dit dimanche sur Sky News.

Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste, principale formation d'opposition, a lui indiqué qu'il attendrait de voir un accord pour se prononcer, appelant les députés à la "prudence", sur la même chaîne de télévision.

Faute d'accord le 19 octobre, une loi adoptée en septembre par le Parlement impose à Boris Johnson de demander un report de trois mois. Un texte qualifié de "loi de capitulation" par le dirigeant britannique, qui veut réaliser le Brexit "coûte que coûte" le 31 octobre.

Cette demande de report devra être approuvée à l'unanimité des autres Etats membres.

Les députés devraient siéger lors d'une séance extraordinaire du Parlement le 19 octobre, qui s'annonce décisive pour le Brexit, pour la première fois un samedi depuis la guerre des Malouines en 1982.

La profondeur de la crise politique engendrée par le Brexit est telle au Royaume-Uni que des élections anticipées semblent inévitables dans les prochains mois.

En mode pré-campagne, le gouvernement présentera lundi son programme de politique nationale lors du discours de la reine Elizabeth II devant le Parlement qui fait sa rentrée, après une brève suspension, comme il est de coutume.