Le parquet national financier (PNF) a confirmé jeudi l'ouverture de cette enquête révélée par Mediapart, sans plus de commentaires. Au même moment, Matignon a annoncé à l'AFP la démission de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), prise dans la tourmente de cette affaire qui n'en finit plus de rebondir. Dans la foulée, le ministère des Armées a annoncé à l'AFP la suspension du compagnon de cette dernière, un militaire, soupçonné d'être également mouillé dans le dossier.

Selon Mediapart, les investigations du PNF ont été ouvertes, à une date non précisée, pour "corruption" et concernent un contrat signé entre Mars, la société de Vincent Crase - ex-employé de LREM et gendarme réserviste - et l'oligarque russe Iskander Makhmoudov, qui aurait été "négocié" par l'ancien conseiller d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, "du temps où il était à l'Elysée".

Le journal en ligne avait révélé l'existence de ce contrat le 17 décembre, affirmant que M. Makhmoudov avait rémunéré M. Crase 294.000 euros le 28 juin 2018. Le contrat, qui "prévoyait la protection des biens immobiliers en France de l'homme d'affaires, et de sa famille à Monaco" selon Mediapart, avait été sous-traité à la société Velours, ancien employeur de M. Benalla.

A la tête de la "Société minière et métallurgique de l'Oural" (UGMK), M. Makhmoudov est présenté par la justice espagnole, avec laquelle il a eu maille à partir, comme faisant partie de l'organisation criminelle russe Izmailovskaïa.

Le 21 janvier, M. Crase avait affirmé devant le Sénat avoir travaillé pour cet oligarque russe une fois parti de l'Elysée, et sans l'aide d'Alexandre Benalla, mis en examen comme lui pour des violences sur des manifestants le 1er mai 2018.

Mais selon Mediapart, les discussions autour du contrat ont commencé "dès l'hiver 2017" et "se sont accélérées en juin" 2018.

Alexandre Benalla "a rencontré à plusieurs reprises le représentant de l'oligarque en France, l'homme d'affaires Jean-Louis Haguenauer", écrit le site.

"On peut imaginer des éventuelles surfacturactions de contrat qui peuvent cacher plus que des prestations de sécurité", a commenté auprès de l'AFP le journaliste Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes de Mediapart. "La dissimulation par Benalla de son implication laisse aussi planer le soupçon".

Les avocats de M. Benalla et de M. Makhmoudov étaient injoignables jeudi soir pour commenter ces informations.

- Démission -

Ce contrat a été évoqué dans une conversation entre M. Benalla et M. Crase enregistrée le 26 juillet et dont des extraits ont été publiés le 31 janvier par Mediapart.

Les deux hommes envisageaient alors de mettre en place un nouveau montage financier pour le contrat.

"Une discrète société, +France Close Protection +, voit le jour le 16 octobre", affirme Mediapart, précisant qu'elle est dirigée par "un ancien militaire qui travaillait sur le contrat pour Velours". Elle aurait employé M. Benalla à partir de novembre.

La révélation de cet enregistrement a suscité un nouveau rebondissement dans l'affaire, aboutissant à la démission jeudi de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), Marie-Elodie Poitout, afin d'"écarter toute polémique".

Après la publication des extraits sonores par Mediapart, des journalistes ont en effet tenté de vérifier auprès de Matignon des rumeurs selon lesquelles cette conversation avait été enregistrée au domicile de cette dernière.

Dans une lettre datée du 1er février et obtenue par l'AFP, les services du Premier ministre expliquaient au Parquet de Paris avoir questionné la cheffe du GSPM sur cette rencontre.

Celle-ci a alors expliqué avoir rencontré M. Benalla fin juillet, avec son compagnon Chokri Wakrim, à leur domicile, mais assuré ne pas connaître M. Crase.

Selon une source proche du dossier, c'est sur la base de ce courrier que le parquet a ouvert une enquête et tenté lundi de perquisitionner les locaux de Mediapart, pour se faire remettre les enregistrements, une initiative vivement dénoncée par le site d'information, plusieurs médias et l'opposition comme une atteinte au secret des sources des journalistes.

Matignon n'a donné "aucune instruction" au parquet de Paris au sujet de cet enregistrement révélé par Mediapart, a assuré le Premier ministre Edouard Philippe dans une interview à Paris-Normandie à paraître vendredi.

Suspendu "à titre conservatoire" mercredi, le sergent-chef Chokri Wakrim, compagnon de Mme Poitout, aurait aurait été "sollicité par Alexandre Benalla pour travailler sur le fameux contrat russe" selon Libération. Il a déjà été entendu par la Direction du renseignement et de la Sécurité de la Défense (DRSD), a précisé une source bien informée à l'AFP, confirmant des informations du magazine Valeurs actuelles.

Alexandre Benalla, d'une affaire à l'autre

L'affaire Alexandre Benalla a éclaté au coeur de l'été 2018 avec des images de violences à Paris le 1er mai, et rebondi depuis Noël notamment avec des révélations sur ses passeports diplomatiques.

- Violences -

Le 18 juillet 2018, Le Monde révèle qu'un homme portant un casque de CRS, filmé en train de frapper un jeune homme et de malmener une jeune femme à Paris, en marge des manifestations du 1er mai, est "un proche conseiller du président de la République".

Selon le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, il s'agit d'Alexandre Benalla, "chargé de mission" pour la sécurité à l'Élysée, et officiellement parmi les policiers ce jour-là en simple "observateur". Il dit l'avoir suspendu 15 jours après avoir vu les images en mai.

La justice ouvre une enquête, l'opposition dénonce un "scandale d'État". Deux motions de censure sont rejetées fin juillet.

Alexandre Benalla est licencié par l'Élysée et mis en examen le 22 juillet, notamment pour "violences en réunion".

Le gouvernement suspend l'examen au Parlement de la réforme constitutionnelle.

Deux commissions d'enquête se mettent en place, une à l'Assemblée (elle explosera le 26 juillet avec le retrait des députés d'opposition), l'autre au Sénat.

Le parquet de Paris ouvre une nouvelle enquête pour d'autres violences le 1er mai à Paris. Elle aboutira à une deuxième mise en examen le 29 novembre, pour "violences volontaires en réunion".

- Passeports diplomatiques -

L'affaire rebondit en décembre lorsque La lettre du Continent, puis Le Monde, révèlent un voyage d'affaires de M. Benalla au début du mois au Tchad. Il y a notamment rencontré le président Idriss Déby, trois semaines avant une visite d'Emmanuel Macron à N'Djamena. L'Élysée dit avoir été informé de ce voyage a posteriori.

Selon Mediapart et Le Monde, M. Benalla a utilisé l'un de ses deux passeports diplomatiques pour entrer dans plusieurs pays africains. Auditionné au Sénat en septembre, M. Benalla avait pourtant affirmé avoir laissé ces passeports dans son bureau de l'Élysée.

Le Quai d'Orsay dit avoir réclamé leur restitution à deux reprises depuis juillet. M. Benalla assure au Journal du Dimanche qu'ils lui ont été rendus par un "membre de la présidence" (un "personnel salarié de l'Élysée", précisera-t-il au Sénat le 21 janvier) avec ses effets personnels, début octobre.

Le 29 décembre, le parquet de Paris ouvre une enquête concernant l'utilisation des passeports, notamment pour "abus de confiance".

Dans un entretien à Mediapart le 31 décembre, Alexandre Benalla affirme avoir continué à échanger régulièrement avec Emmanuel Macron depuis son licenciement, via la messagerie Telegram. Selon l'Elysée le chef de l'État ne lui a répondu que "deux fois, de manière laconique".

Devant la commission d'enquête du Sénat, Patrick Strzoda révèle le 16 janvier que M. Benalla a utilisé "presque une vingtaine de fois" ses passeports diplomatiques après son licenciement. Il le soupçonne par ailleurs d'avoir obtenu un passeport de service en juin grâce à un faux.

L'enquête est étendue aux infractions de faux et usage de faux.

Le 18 janvier, Alexandre Benalla est mis en examen pour l'usage abusif de ses passeports diplomatiques.

- Conversation privée -

Le 31 janvier, Mediapart diffuse des extraits d'un enregistrement audio dans lequel M. Benalla se targuait du soutien du "patron" (Emmanuel Macron, ndlr), dans une conversation en juillet avec Vincent Crase, ex-employé de LREM également mis en examen pour les violences du 1er mai.

Le 4 février, le parquet de Paris ouvre une enquête pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et sur les conditions d'enregistrement de cette conversation. Mediapart indique avoir refusé le matin-même une perquisition dans ses locaux.

Le 6, Matignon confirme avoir transmis des informations à la justice au sujet de cet enregistrement.

Le 7, la cheffe de la sécurité du Premier ministre, Marie-Élodie Poitout, présente sa démission pour "ne pas exposer" Édouard Philippe après l'hypothèse soulevée par des journalistes que cette conversation ait eu lieu chez elle. Elle affirme n'avoir "aucun lien avec les enregistrements".

- Contrat russe -

Le même jour, le parquet national financier indique avoir ouvert une enquête sur un contrat de sécurité signé entre la société de Vincent Crase et un oligarque russe. Selon Mediapart, ce contrat a été "négocié" par Alexandre Benalla, du temps où il était encore à l'Elysée.

Le parquet national financier (PNF) a confirmé jeudi l'ouverture de cette enquête révélée par Mediapart, sans plus de commentaires. Au même moment, Matignon a annoncé à l'AFP la démission de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), prise dans la tourmente de cette affaire qui n'en finit plus de rebondir. Dans la foulée, le ministère des Armées a annoncé à l'AFP la suspension du compagnon de cette dernière, un militaire, soupçonné d'être également mouillé dans le dossier.Selon Mediapart, les investigations du PNF ont été ouvertes, à une date non précisée, pour "corruption" et concernent un contrat signé entre Mars, la société de Vincent Crase - ex-employé de LREM et gendarme réserviste - et l'oligarque russe Iskander Makhmoudov, qui aurait été "négocié" par l'ancien conseiller d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, "du temps où il était à l'Elysée". Le journal en ligne avait révélé l'existence de ce contrat le 17 décembre, affirmant que M. Makhmoudov avait rémunéré M. Crase 294.000 euros le 28 juin 2018. Le contrat, qui "prévoyait la protection des biens immobiliers en France de l'homme d'affaires, et de sa famille à Monaco" selon Mediapart, avait été sous-traité à la société Velours, ancien employeur de M. Benalla.A la tête de la "Société minière et métallurgique de l'Oural" (UGMK), M. Makhmoudov est présenté par la justice espagnole, avec laquelle il a eu maille à partir, comme faisant partie de l'organisation criminelle russe Izmailovskaïa.Le 21 janvier, M. Crase avait affirmé devant le Sénat avoir travaillé pour cet oligarque russe une fois parti de l'Elysée, et sans l'aide d'Alexandre Benalla, mis en examen comme lui pour des violences sur des manifestants le 1er mai 2018.Mais selon Mediapart, les discussions autour du contrat ont commencé "dès l'hiver 2017" et "se sont accélérées en juin" 2018.Alexandre Benalla "a rencontré à plusieurs reprises le représentant de l'oligarque en France, l'homme d'affaires Jean-Louis Haguenauer", écrit le site."On peut imaginer des éventuelles surfacturactions de contrat qui peuvent cacher plus que des prestations de sécurité", a commenté auprès de l'AFP le journaliste Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes de Mediapart. "La dissimulation par Benalla de son implication laisse aussi planer le soupçon".Les avocats de M. Benalla et de M. Makhmoudov étaient injoignables jeudi soir pour commenter ces informations.Ce contrat a été évoqué dans une conversation entre M. Benalla et M. Crase enregistrée le 26 juillet et dont des extraits ont été publiés le 31 janvier par Mediapart. Les deux hommes envisageaient alors de mettre en place un nouveau montage financier pour le contrat. "Une discrète société, +France Close Protection +, voit le jour le 16 octobre", affirme Mediapart, précisant qu'elle est dirigée par "un ancien militaire qui travaillait sur le contrat pour Velours". Elle aurait employé M. Benalla à partir de novembre.La révélation de cet enregistrement a suscité un nouveau rebondissement dans l'affaire, aboutissant à la démission jeudi de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), Marie-Elodie Poitout, afin d'"écarter toute polémique".Après la publication des extraits sonores par Mediapart, des journalistes ont en effet tenté de vérifier auprès de Matignon des rumeurs selon lesquelles cette conversation avait été enregistrée au domicile de cette dernière.Dans une lettre datée du 1er février et obtenue par l'AFP, les services du Premier ministre expliquaient au Parquet de Paris avoir questionné la cheffe du GSPM sur cette rencontre.Celle-ci a alors expliqué avoir rencontré M. Benalla fin juillet, avec son compagnon Chokri Wakrim, à leur domicile, mais assuré ne pas connaître M. Crase. Selon une source proche du dossier, c'est sur la base de ce courrier que le parquet a ouvert une enquête et tenté lundi de perquisitionner les locaux de Mediapart, pour se faire remettre les enregistrements, une initiative vivement dénoncée par le site d'information, plusieurs médias et l'opposition comme une atteinte au secret des sources des journalistes.Matignon n'a donné "aucune instruction" au parquet de Paris au sujet de cet enregistrement révélé par Mediapart, a assuré le Premier ministre Edouard Philippe dans une interview à Paris-Normandie à paraître vendredi. Suspendu "à titre conservatoire" mercredi, le sergent-chef Chokri Wakrim, compagnon de Mme Poitout, aurait aurait été "sollicité par Alexandre Benalla pour travailler sur le fameux contrat russe" selon Libération. Il a déjà été entendu par la Direction du renseignement et de la Sécurité de la Défense (DRSD), a précisé une source bien informée à l'AFP, confirmant des informations du magazine Valeurs actuelles.