Le Premier ministre sortant qui, en raison de la défiance exprimée envers son prédécesseur conservateur Mariano Rajoy, a gouverné pendant onze mois une équipe minoritaire soutenue par les forces de gauche, a mis fin à onze ans d'insuccès électoraux. En augmentant son nombre d'élus de 38 unités à 123 députés sur les 350 que compte la chambre basse des Cortes, il est en position de force pour former le prochain gouvernement. Et en situation de faiblesse pour l'installer dans la durée parce que, s'il ambitionne une coalition de gauche, il devra fédérer autour d'un même programme les radicaux de Podemos mais aussi des nationalistes basques et catalans.
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Le Premier ministre sortant qui, en raison de la défiance exprimée envers son prédécesseur conservateur Mariano Rajoy, a gouverné pendant onze mois une équipe minoritaire soutenue par les forces de gauche, a mis fin à onze ans d'insuccès électoraux. En augmentant son nombre d'élus de 38 unités à 123 députés sur les 350 que compte la chambre basse des Cortes, il est en position de force pour former le prochain gouvernement. Et en situation de faiblesse pour l'installer dans la durée parce que, s'il ambitionne une coalition de gauche, il devra fédérer autour d'un même programme les radicaux de Podemos mais aussi des nationalistes basques et catalans. Il n'empêche, en regard des convalescences du Parti social-démocrate allemand et du Parti démocrate italien, de la fragmentation des travaillistes britanniques sur le Brexit, du délitement du PS français incapable de trouver en son sein une tête de liste pour les européennes et à l'aune de la disparition de la gauche de l'échiquier politique polonais, le renforcement du PSOE tient du miracle. La gestion de la crise de la dette publique de 2010 avait quasiment mis au ban de l'Union européenne les Pigs, acronyme animalier inélégant pour désigner les pays par trop dépensiers de la zone euro : Portugal, Italie ou Irlande, Grèce, Espagne (Spain). Dix ans plus tard, il est piquant de constater que trois d'entre eux ont privilégié des gouvernements de gauche, quoique fortement cornaqués par l'Union européenne, pour sortir du marasme et qu'ils y sont plutôt bien parvenus, même si le coût social aura été important. La gauche radicale de Syriza alliée à un petit parti de droite souverainiste à Athènes, le Parti socialiste soutenu par la gauche radicale et la gauche communiste et écologiste à Lisbonne, et depuis près d'un an et sans doute pour - une partie de - la prochaine législature, le PSOE et Podemos à Madrid ont donc réussi, aidés par la manne touristique, à concilier rigueur budgétaire et, tant que faire se peut, protection du citoyen. Pour preuve, même si elles sont encore globalement plus grandes au sud qu'au nord de l'Europe, les inégalités entre revenus ont diminué en Grèce et surtout au Portugal entre 2006 et 2016. Et, accessoirement, on peut penser que si elles sont restées stables en Belgique pendant la même période, c'est à la faveur du système historique de sécurité sociale et de la résistance du monde politique du... sud du pays, notamment sous le gouvernement Di Rupo, aux intentions d'austérité accrue formulées par celui du nord. L'heure est-elle venue de voir le sud de l'Europe faire la leçon aux tenants de l'austérité à tous crins ? A observer le lâcher-prise d'Angela Merkel et la manière dont Emmanuel Macron, sous la pression des gilets jaunes, se délie de ses engagements de réduction du déficit public, on peut raisonnablement l'imaginer. Cruauté de l'histoire pour les Grecs, les Portugais ou les Espagnols, le temps du respect martial des critères du pacte de stabilité budgétaire est révolu, crainte des populismes oblige, y compris désormais de Madrid à Séville via le parti Vox... Pour autant, les enseignements de ces années douloureuses mériteront d'être retenus lors des élections du 26 mai dans lesquelles certains voient la promesse d'une renaissance, en Europe et en Belgique.