Sommet européen inédit le 10 mars, le premier organisé en visioconférence : Charles Michel, à la tête du Conseil européen, le préside d'une modeste salle de réunion aux murs blancs avec pour seul décor la bannière de l'institution.

Face à lui deux écrans. L'un a de multiples fenêtres ouvertes, 20 pour être exact - alors qu'il y a 27 Etats membres.

Avec la crise sanitaire liée à la pandémie provoquée par le nouveau coronavirus, les dirigeants européens sont mis au défi de se coordonner dans l'urgence, et sans contact physique.

Finies les grand-messes bruxelloises. Après deux réunions extraordinaires en une semaine, la pratique est entérinée pour le sommet prévu cette fois de longue date pour fin mars. Il devait durer initialement deux jours, jeudi et vendredi prochains. La date modifiée doit encore être précisée.

Mais l'UE peut-elle avancer par vidéo ? Nombre de diplomates européens interrogés par l'AFP en doutent.

- Indispensable et impraticable -

"C'est un dispositif de crise, qui marche sur les sujets sur lesquels le consensus s'est formé préalablement par nécessité et où l'essentiel est de rendre visible l'action menée au niveau européen. C'est donc indispensable maintenant, mais impraticable en temps normal", résume un diplomate européen de haut rang, sous couvert d'anonymat.

Charles Michel l'a assuré mardi : le format a permis de prendre des orientations très fortes et très claires, qui ont donné l'occasion dans les jours qui ont suivi de travailler sur des mesures très précises et concrètes".

C'est ainsi que les 27 ont pu donner leur accord à la fermeture provisoire des frontières extérieures de l'UE ou aux mesures de soutien économique proposées par la Commission européenne.

Outre celles au plus haut niveau, de nombreuses réunions se font actuellement par vidéo, notamment entre ministres (Intérieur et Santé, Economie et Finances).

Les ambassadeurs des Etats membres auprès de l'UE, dont les réunions sont essentielles pour préparer les rencontres des dirigeants et des ministres, se retrouvent encore physiquement, sous réserve d'observer les distances de sécurité sanitaire.

"Les réunions virtuelles, en particulier sous forme audio, sont de pratique déjà ancienne en diplomatie", rappelle Pierre Sellal, un ancien représentant de la France auprès de l'UE. Mais le recours à la vidéo est plus récent, permis par l'évolution de la technologie.

Toutefois, son utilisation n'est pas sans susciter des interrogations dans les délégations. "Est-ce 100% sécurisé ?", s'interroge un diplomate européen.

Comment s'assurer de la confidentialité des échanges et garantir que les conversations ne sont pas enregistrées ?

"C'est une situation qui peut conduire les participants à des comportements et des langages très prudents", note Pierre Sellal.

- Pas de débat par vidéo -

Surtout, chacun s'accorde à dire que rien ne peut remplacer une franche discussion entre quatre yeux, des "apartés" indispensables.

"Je ne peux pas imaginer le sommet sur le cadre financier (le budget à long terme de l'UE, en cours de négociation, ndlr) par vidéo, qui requiert beaucoup de réunions bilatérales", observe un autre diplomate européen. Inimaginable aussi pour un de ses collègues "sur les sujets importants", comme la réforme du droit d'asile.

"Une réunion virtuelle suppose avant tout une conduite de réunion très dirigiste, qui exige autorité et détermination de la part de la présidence", estime Pierre Sellal. La réunion doit être très bien préparée. "Il est extrêmement difficile, voire exclu, d'engager un véritable débat à 27 par vidéo interposée", note M. Sellal.

De source diplomatique, la réunion à 27 était très formelle, avec une parole distribuée dans l'ordre protocolaire. "Personne n'osait interrompre pour réagir", raconte cette source, qui a trouvé la visioconférence du G7 "plus fluide, car moins de participants".

La situation ne facilite pas non plus le travail des journalistes, en l'absence de conférences de presse nationales à l'issue des sommets.

Les points de presse organisés avec les responsables européens se font dans des salles clairsemées. Les journalistes étant pour la plupart en télétravail, ils sont réduits à poser leurs questions par courriel ou par des groupes Whatsapp.

Sommet européen inédit le 10 mars, le premier organisé en visioconférence : Charles Michel, à la tête du Conseil européen, le préside d'une modeste salle de réunion aux murs blancs avec pour seul décor la bannière de l'institution.Face à lui deux écrans. L'un a de multiples fenêtres ouvertes, 20 pour être exact - alors qu'il y a 27 Etats membres.Avec la crise sanitaire liée à la pandémie provoquée par le nouveau coronavirus, les dirigeants européens sont mis au défi de se coordonner dans l'urgence, et sans contact physique. Finies les grand-messes bruxelloises. Après deux réunions extraordinaires en une semaine, la pratique est entérinée pour le sommet prévu cette fois de longue date pour fin mars. Il devait durer initialement deux jours, jeudi et vendredi prochains. La date modifiée doit encore être précisée.Mais l'UE peut-elle avancer par vidéo ? Nombre de diplomates européens interrogés par l'AFP en doutent.- Indispensable et impraticable -"C'est un dispositif de crise, qui marche sur les sujets sur lesquels le consensus s'est formé préalablement par nécessité et où l'essentiel est de rendre visible l'action menée au niveau européen. C'est donc indispensable maintenant, mais impraticable en temps normal", résume un diplomate européen de haut rang, sous couvert d'anonymat.Charles Michel l'a assuré mardi : le format a permis de prendre des orientations très fortes et très claires, qui ont donné l'occasion dans les jours qui ont suivi de travailler sur des mesures très précises et concrètes".C'est ainsi que les 27 ont pu donner leur accord à la fermeture provisoire des frontières extérieures de l'UE ou aux mesures de soutien économique proposées par la Commission européenne.Outre celles au plus haut niveau, de nombreuses réunions se font actuellement par vidéo, notamment entre ministres (Intérieur et Santé, Economie et Finances). Les ambassadeurs des Etats membres auprès de l'UE, dont les réunions sont essentielles pour préparer les rencontres des dirigeants et des ministres, se retrouvent encore physiquement, sous réserve d'observer les distances de sécurité sanitaire."Les réunions virtuelles, en particulier sous forme audio, sont de pratique déjà ancienne en diplomatie", rappelle Pierre Sellal, un ancien représentant de la France auprès de l'UE. Mais le recours à la vidéo est plus récent, permis par l'évolution de la technologie.Toutefois, son utilisation n'est pas sans susciter des interrogations dans les délégations. "Est-ce 100% sécurisé ?", s'interroge un diplomate européen.Comment s'assurer de la confidentialité des échanges et garantir que les conversations ne sont pas enregistrées ?"C'est une situation qui peut conduire les participants à des comportements et des langages très prudents", note Pierre Sellal.- Pas de débat par vidéo -Surtout, chacun s'accorde à dire que rien ne peut remplacer une franche discussion entre quatre yeux, des "apartés" indispensables."Je ne peux pas imaginer le sommet sur le cadre financier (le budget à long terme de l'UE, en cours de négociation, ndlr) par vidéo, qui requiert beaucoup de réunions bilatérales", observe un autre diplomate européen. Inimaginable aussi pour un de ses collègues "sur les sujets importants", comme la réforme du droit d'asile."Une réunion virtuelle suppose avant tout une conduite de réunion très dirigiste, qui exige autorité et détermination de la part de la présidence", estime Pierre Sellal. La réunion doit être très bien préparée. "Il est extrêmement difficile, voire exclu, d'engager un véritable débat à 27 par vidéo interposée", note M. Sellal.De source diplomatique, la réunion à 27 était très formelle, avec une parole distribuée dans l'ordre protocolaire. "Personne n'osait interrompre pour réagir", raconte cette source, qui a trouvé la visioconférence du G7 "plus fluide, car moins de participants".La situation ne facilite pas non plus le travail des journalistes, en l'absence de conférences de presse nationales à l'issue des sommets. Les points de presse organisés avec les responsables européens se font dans des salles clairsemées. Les journalistes étant pour la plupart en télétravail, ils sont réduits à poser leurs questions par courriel ou par des groupes Whatsapp.