Les Grecs ont infligé dimanche une sévère défaite au Premier ministre sortant de gauche Alexis Tsipras, dont le successeur de droite Kyriakos Mitsotakis a promis de "relever" le pays meurtri par une décennie de crise.Arrivé en tête avec 39,8% des suffrages, son parti de droite Nouvelle Démocratie détiendra 158 des 300 sièges que compte la Vouli, le parlement grec, selon les résultats officiels portant sur 94% des bureaux de vote. Pour ces premières élections législatives depuis que la Grèce a échappé à la faillite, Syriza, le parti de gauche d'Alexis Tsipras, qui a obtenu 31,5% des voix, ne conservera que 86 des 144 sièges qu'il avait dans dans l'assemblée sortante. Pour les Grecs, le gouvernement sortant est coupable d'avoir "trahi" ses promesses et d'avoir imposé l'austérité.

Tsipras, l'outsider de la vie politique grecque

Pour éviter à la Grèce le défaut de paiement, cet "outsider" de la vie politique grecque, dominée par de grandes familles, a été contraint de faire volte-face et de se plier aux créanciers, UE et FMI, dont il a accepté les réformes rigoureuses impopulaires, malgré le "non" des Grecs à l'austérité lors du référendum de juillet 2015. Rompant avec les durs de son parti de gauche radicale, Syriza, et s'ouvrant au centre gauche, cet ancien communiste avait à nouveau remporté le soutien du peuple, six mois après sa première élection en janvier 2015, lors d'un pari risqué dont il est coutumier.

Faisant preuve de "pragmatisme politique", selon des analystes, le plus jeune Premier ministre en 150 ans a imposé, bon gré mal gré, les mesures d'austérité prônées par l'Europe, non sans avoir agacé ses alliés européens en tentant d'assouplir le carcan de la dette. Mais malgré la reprise économique et le retour du pays sur les marchés d'emprunt, ce fan de Che Guevara, dont il donna le deuxième prénom Ernesto à l'un de ses fils, s'est heurté à la lassitude des Grecs, meurtris par une décennie de privations et de ponctions fiscales. Devenu réformateur crédible sur le plan économique, Alexis Tsipras, 44 ans, a bénéficié du soutien des leaders européens pour résoudre un litige vieux de 27 ans avec Skopje, et parvient à un accord sur le nom de l'Ancienne république yougoslave de Macédoine, rebaptisée en "Macédoine du Nord". Un autre pari risqué, dont il reconnaît le coût politique, tant l'opposition est vive au sein de la droite et dans l'opinion publique. Car pour beaucoup en Grèce, l'appellation de Macédoine doit être réservé à la province grecque qui porte ce nom.

- Parcours fulgurant -

Son charisme politique s'est révélé au plus jeune âge: l'ex-leader étudiant devient à 25 ans secrétaire général des jeunes de son parti Syriza, avant d'être candidat à la mairie d'Athènes à 32 ans, chef du parti à 33 et député à 35. Ingénieur de formation, Alexis Tsipras est né dans une famille de gauche de la banlieue d'Athènes en 1974, à la fin de la dictature des colonels qui a persécuté la gauche pendant sept ans. En dépit des fortes traditions conservatrices du pays, il vit en union libre avec sa compagne ingénieure rencontrée sur les bancs du lycée, et est ouvertement athée. Malgré les moeurs conservateurs du pays et la dominance de l'Eglise orthodoxe, son gouvernement a instauré le pacte civil pour les couples de même sexe et permis aux personnes transgenre de déterminer leur sexe. Suivant une politique pro-migratoire, il a géré en 2015 le transit en Europe de 800.000 migrants et réfugiés arrivés sur le sol grec. Fidèle à son idéologie de gauche, il a permis aux enfants d'immigrés nés en Grèce d'obtenir la nationalité grecque. Mais le plus long gouvernement depuis la crise de 2010 finit par décevoir après une décennie d'austérité. Et malgré des mesures sociales pour les plus défavorisés, les Grecs se sentent "trahis" par les ponctions fiscales draconiennes et un taux de chômage qui, malgré sa baisse à 19%, reste le plus élevé de la zone euro. Sonné par un échec cinglant aux élections européennes et locales, fin mai et début juin, le Premier ministre sortant, dont le mandat s'achevait théoriquement en octobre, a tenté un nouveau coup de poker risqué en convoquant lui-même ces élections anticipées au début de l'été. Mais cette fois, face aux partis traditionnels, Tsipras a perdu son pari.

Kyriakos Mitsotakis, "l'héritier" de droite qui a fait tomber Tsipras

Héritier d'une dynastie politique, Kyriakos Mitsotakis, que les Grecs ont choisi dimanche pour être leur prochain Premier ministre, s'est hissé au pouvoir à la faveur d'un climat anti-Tsipras et sur la promesse d'en finir avec une décennie de crise.

© Kyriakos Mitsotakis

En Grèce, son patronyme est loin d'être inconnu : son père Konstantinos Mitsotakis a été Premier ministre conservateur de 1990 et 1993, sa soeur Dora Bakoyannis, née Mitsotakis, a été ministre des Affaires étrangères et maire d'Athènes. Et le nouveau maire de la capitale élu début juin, Costas Bakoyannis, n'est autre que son neveu. "Certes, je descends d'une famille politique et je suis très fier de mon héritage", a souligné le leader du parti conservateur ND dans un entretien à l'AFP. "Mais en même temps, j'ai beaucoup changé (le parti) Nouvelle Démocratie, ce n'est pas le même qu'il y a quatre ans", a estimé M. Mitsotakis, qui a pris en 2016 les rênes du parti précédemment dirigé par son père. L'héritier du patriarche, qui se définit pourtant comme un "outsider, un franc-tireur", a promis du sang neuf en présentant de nombreux candidats de moins de 40 ans aux élections de dimanche, et dans son futur gouvernement, avec des personnalités "de sa génération ou plus jeunes". Dans un pays où le népotisme est une tradition, celui qu'Alexis Tspiras a baptisé "le prince" a aussi juré de ne pas nommer de membres de sa famille dans son cabinet, et se défend d'être élitiste. "Jugez moi sur mon CV, et non par mon nom", a répété à l'envi ce diplômé d'Harvard et de Stanford, qui ne rechigne pas à être comparé à Emmanuel Macron, dont il se dit proche politiquement.

Perçu comme un réformateur, proche des milieux des affaires, cet ancien consultant chez McKinsey à Londres a notamment été ministre de la réforme administrative sous le dernier gouvernement conservateur d'Antonis Samaras (2012-2014). "D'ailleurs, où que j'aille, tout le monde m'appelle par mon prénom, Kyriakos. Cela montre qu'ils me reconnaissent pour ce que je suis, et non parce que je suis le descendant d'une dynastiee", dit-il.

- "Main forte" -

Ce père de famille de 51 ans, fan de basket, qui a adopté la chemise sans cravate à l'instar M. Tsipras, entend mener son pays d'une "main forte" pour relancer l'économie et créer de meilleurs emplois. Mais en tant que ministre de la réforme administrative en 2014, en plein coeur de la crise, il avait été chargé de licencier 15.000 fonctionnaires sous la pression des créanciers du pays. La réduction des effectifs a été interrompue par les élections anticipées de janvier 2015, mais l'étiquette de Mitsotakis en tant qu'homme de poigne a perduré.

Le Premier ministre sortant Alexis Tsipras l'a accusé de vouloir lâcher un "Armageddon" sur les travailleurs. "Quant (Mitsotakis) parle de réformes, il faut comprendre qu'il y aura un coût humain. (...) Il a personnellement licencié des milliers de personnes", a-t-il fustigé sur CNN, promettant "le retour des heures sombres de l'austérité" si son adversaire était élu. A gauche, Kyriakos Mitsotakis est vu comme celui qui a changé son parti en un mélange nationaliste et néolibéral. Dès son élection en 2016 à la tête de ND, il a nommé comme vice-président du parti Adonis Georgiadis, ancien membre d'un parti d'extrême droite, LAOS.

Georgiadis avait dû faire des excuses publiques en 2017 pour avoir fait la publicité d'un ouvrage antisémite dont il affirmait que c'était son "livre préféré". Un autre ancien membre de LAOS, Makis Voridis, qui a dirigé un groupe de jeunesse nostalgique de la dictature militaire en Grèce, a été également membre du cabinet de Mitsotakis. Père de trois enfants, Kyriakos Mitstotakis est marié à Mareva Grabowski, cocréatrice d'une marque de vêtements de luxe.