Faisant la queue pour certains depuis le début de la matinée, ces anonymes ont commencé à défiler peu après 14H00 devant le cercueil de Jacques Chirac, placé à l'entrée de la cathédrale Saint-Louis des Invalides.

Les uns faisaient un au revoir de la main, d'autres un signe de croix, d'autres encore un selfie, devant la dépouille recouverte de bleu, blanc, rouge et entourée de drapeaux français et européen, sous un portrait géant de l'ex-président (1995-2007).

Dans le calme et le recueillement, la file d'attente, impressionnante, s'étendait en milieu d'après-midi sur des centaines et des centaines de mètres. Et l'Hôtel des Invalides restera ouvert toute la nuit, jusqu'à 07H00 maximum, afin de préparer la cérémonie officielle de lundi.

Le cercueil avait quitté dimanche peu avant 13H00 en convoi le domicile parisien de Jacques Chirac, rue de Tournon, où il s'est éteint jeudi, traversant la ville sous les saluts de centaines de Parisiens.

Ouvrant la cérémonie, des représentants des cultes ont chanté une prière, aux côtés de la famille Chirac, dont sa fille Claude et son petit-fils Martin, mais sans son épouse Bernadette, trop affaiblie.

Les Français se sont ensuite succédé devant le cercueil, certains venus en chaise roulante et même allongés sur un brancard. Ont défilé des militants, des politiques comme Philippe Douste-Blazy et Alain Madelin, mais aussi des citoyens de tous âges comme Marin Menzin et Cyprien Lemaire, étudiants de 21 et 22 ans, venus pour "le président de (leur) enfance". "Il aurait vu la queue aujourd'hui, il se serait jeté dans la foule pour serrer des mains", a souligné le premier.

"Tolérance"

Ils ont parfois fait le voyage de loin, comme Elouma Bokilo, 44 ans, arrivée spécialement de Belgique et vantant "la tolérance, l'attention aux autres" du président défunt.

"Nous avons tous quelque chose de Jacques Chirac", a lancé à distance le Premier ministre Edouard Philippe, à l'université du MoDem dans le Morbihan, empruntant là une expression de Johnny Hallyday, ami de l'ancien président et dernière personnalité à avoir été saluée ainsi par la foule lors de ses obsèques en 2017.

Député, maire de Paris, plusieurs fois ministre et Premier ministre puis deux fois élu président de la République, Jacques Chirac a été l'un des principaux acteurs de la droite, depuis la fin des années 60 jusqu'au milieu des années 2000.

Devenu de plus en plus populaire au fil du temps qui passait et l'éloignait du pouvoir, il est désormais considéré par les Français comme le meilleur président de la Ve République, à égalité avec Charles de Gaulle, selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche, qui enregistre un bond de sa cote.

Un livret d'une dizaine de pages intitulé "Jacques Chirac par ses mots", préparé par la famille, a été distribué à l'assistance.

Son discours du Vel' d'Hiv en 1995, celui de sa victoire au second tour de la présidentielle en 2002, celui du Sommet de la Terre la même année, et encore son au revoir aux Français en 2007 ont été diffusés, avec une suite de Bach en intermède.

Une journée de deuil national suivra lundi. Un service solennel présidé par Emmanuel Macron sera rendu à 12H00 en l'église Saint-Sulpice à Paris, en présence des anciens présidents François Hollande, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d'Estaing.

L'assistance sera à la mesure de l'afflux de messages parvenus du monde entier depuis jeudi midi: parmi la trentaine de chefs d'Etat, seront présents le président russe Vladimir Poutine, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, les présidents allemand Frank-Walter Steinmeier, italien Sergio Mattarella et congolais Denis Sassou Nguesso, le Premier ministre belge Charles Michel, ou encore les Premiers ministres libanais Saad Hariri et hongrois Viktor Orban.

Dernier hommage

Parmi les ex-dirigeants du temps de Jacques Chirac viendront l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, l'ancien Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero et l'ancien président sénégalais Abdou Diouf.

La classe politique française devrait également être largement représentée, jusqu'à la présidente du RN Marine Le Pen, elle dont le père avait fait de Jacques Chirac un "ennemi".

Selon une source proche de la famille, le clan Chirac a appris par la presse cette venue qu'il ne souhaite pas, mais qui est de droit protocolairement.

"Il n'y a pas d'invitation officielle. Le respect de l'esprit républicain, c'est que dans la mort on n'est plus dans le conflit politique, dans la contestation politique, on est dans l'hommage", a répété dimanche Marine Le Pen.

Un hommage particulier sera également rendu à l'ex-président le week-end des 5 et 6 octobre en Corrèze, sa terre d'élection.

Samedi soir, l'Elysée a fermé ses portes après trois jours d'accueil du public, qui a signé des registres de condoléances. Ceux-ci sont également ouverts aux Invalides dimanche.

Les Français pourront rendre un dernier hommage lundi à Jacques Chirac sur le trajet du convoi funéraire jusqu'à l'église Saint-Sulpice.

L'ex-chef de l'Etat, malade depuis de longues années, s'est éteint "très paisiblement, sans souffrir". Selon le souhait de son épouse Bernadette, il sera inhumé lundi après-midi au cimetière du Montparnasse dans le caveau où repose déjà leur fille aînée Laurence, décédée en 2016.