Déclenché dans la nuit de mercredi à jeudi, le feu était éteint vendredi mais 120 pompiers restaient sur place pour surveiller les points chauds.

Pas moins de trois ministres étaient attendus vendredi dans cette agglomération de quelque 500.000 habitants, où les écoles sont restées fermées.

Une odeur d'hydrocarbure "déplaisante" selon le préfet persistait à Rouen et une fumée blanche émanait encore de l'usine, située à environ 3 km du centre-ville et de la célèbre cathédrale de Rouen, et nombre d'habitants se plaignaient d'irritation à la gorge.

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"Ca prend la tête et ça donne envie de vomir. J'ai croisé plusieurs personnes qui portait des masques dans la rue", explique Lou Benoist photographe en reportage vendredi pour l'AFP.

Le bâtiment de la chaîne France 3 à Rouen a été évacué en fin de matinée car des salariés ont été "victimes de nausées et de vomissements", a expliqué le journaliste Laurent Marvyle à l'antenne.

L'odeur "très entêtante peut effectivement donner des maux de tête voire aller jusqu'à des vomissements mais elle n'est pas synonyme de situation toxique", a assuré Benoît Jardel médecin du SAMU lors d'une conférence de presse à la préfecture.

"Le mercaptan, puisqu'il s'en est dégagé, est un gaz qui provoque dès de très très faibles concentrations des réactions de l'organisme mais il faudrait des concentrations très importantes pour avoir des choses à long terme", a ajouté le médecin.

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En janvier 2013, une fuite de ce gaz sur le site de Lubrizol avait provoqué un nuage nauséabond qui s'était répandu jusqu'en région parisienne et en Angleterre incommodant des millions de personnes.

Trois personnes déjà atteintes de pathologies respiratoires avant l'incendie ont été hospitalisées pour des complications vendredi matin, selon le médecin.

Par ailleurs, des galettes d'hydrocarbures ont fait leur apparition sur la Seine, un des principaux fleuves français, qui traverse Paris avant Rouen puis se jette dans la Manche, selon la préfecture. Un bateau équipé d'un chalut anti-pollution devait les ramasser dans l'après-midi.

"La suie, un problème majeur"

"Il y a une présence de suie qui peut être assez marquée dans certaines zones du territoire", a indiqué le préfet Pierre-André Durand lors d'une conférence de presse.

"C'est de la suie qui s'est agglomérée du fait de la pluie, une combinaison d'additifs d'huile de moteur et d'hydrocarbures", a précisé le préfet, c'est-à-dire des matières qui ont brûlé sur le site.

Le parti Europe écologie les Verts (EELV) a dénoncé dans un communiqué "des retombées de suie à plus de 30km (de l'usine), dans les jardins chargés d'hydrocarbure!"

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L'association écologiste Robin des bois voit dans les suies un "problème diffus mais majeur". Elle redoute "des eaux polluées qui vont aboutir ou bien dans la Seine ou bien dans la station d'épuration", selon son porte-parole Jacky Bonnemains interrogé par l'AFP.

L'usine, où travaillent environ 400 employés, fabrique et commercialise des additifs qui servent à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industriels. Elle a été classée "Seveso seuil haut" ce qui signale sa dangerosité et implique qu'elle bénéficie d'une surveillance particulière.

Ce deuxième accident grave en moins de sept ans dans cette usine suscitait indignation et questions.

"Il est scandaleux pour l'Etat de dire que le groupe Lubrizol respecte la réglementation dans son usine de Rouen alors qu'on vient d'avoir un tel incendie", a estimé Gérald Le Corre, responsable local du syndicat CGT, interrogé par l'AFP.

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L'usine qui appartient au groupe de chimie américain Lubrizol Corporation, lui-même propriété de Berkshire Hathaway, holding du milliardaire et célèbre investisseur américain Warren Buffett ,"est aux normes telle que nous l'avons vue en 2019", a déclaré le préfet jeudi, même si "elle ne l'a pas toujours été".

Concernant l'incendie de jeudi le parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête pour destructions involontaires.

"La ville est clairement polluée"

"La ville est clairement polluée" par les suies, a déclaré la ministre française de la Santé Agnès Buzyn vendredi à Rouen (nord-ouest), au lendemain de l'incendie de l'usine Lubrizol classée Seveso.

Vendredi de nombreux habitants de Rouen ont été incommodés par des odeurs très fortes, provoquant nausées et même vomissements, après l'incendie qui s'est déclaré dans l'usine jeudi matin. Certains portaient masques en papier et gants pour circuler dans les rues.

"Je comprends la population (...) les produits peuvent être irritants sur le moment", a expliqué la ministre. "Ce sont des suies, comme une pollution, comme des galettes par exemple de goudron sur les plages", a déclaré Mme Buzyn lors d'un point presse à Rouen.

"Si on voit des galettes de goudron sur les plages, on demandera aux enfants de pas les toucher (...) Et bien c'est la même chose que nous demandons aux riverains aujourd'hui, c'est-à-dire de nettoyer ces suies, ces saletés, visuellement très repérables, à prendre des précautions notamment en mettant des gants", a ajouté la ministre qui s'exprimait aux côté de la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne.

"C'est une usine qui produit des hydrocarbures, même si elles ne sont pas en grandes quantités, ce n'est jamais bon pour la population de toucher ce genre de produits", a souligné Agnès Buzyn. "Je ne peux pas dire qu'il n'y pas de danger. Il y a forcément des traces d'hydrocarbures. Nous rendrons transparents la totalité des prélèvement réalisés hier et aujourd'hui", a-t-elle affirmé.

Élisabeth Borne a pour sa part précisé qu'il n'y avait "pas de polluants anormaux dans les prélèvements effectués".