"C'était inévitable", lâche ce conseiller en études de marché de 55 ans, en pleine pause déjeuner dans le centre de Londres. Non loin de là, à Westminster, les députés s'écharpent sur l'organisation de législatives en décembre pour sortir le Royaume-Uni de l'impasse politique créée par le Brexit.

Face à cette impasse, "c'est bien qu'il revienne au peuple" de décider qui les gouverne, abonde Helen McIntire, fonctionnaire d'une vingtaine d'années, entre deux bouchées dans le quartier de la capitale où se font face ministères et Parlement.

En 2017, une retraitée nommée Brenda avait créé le buzz lorsqu'elle s'était fait la porte-voix de l'indignation des Britanniques, qui s'apprêtaient alors à voter pour la troisième année consécutive.

"Vous plaisantez. Pas une autre!", s'était-elle écriée, accédant à la postérité d'internet comme "Brenda de Bristol".

Deux ans plus tard, l'épuisement des urnes et du Brexit semble avoir laissé place à davantage d'espérance dans la capitale britannique, alimentée par la perspective de nouvelles élections en décembre.

Ville cosmopolite ouverte sur le monde, Londres a largement voté en faveur d'un maintien dans l'Union européenne lors du référendum, au contraire du reste du pays qui a décidé à 52% d'en sortir.

Les fonctionnaires qui travaillent dans le quartier des ministères se distinguent par des opinions généralement europhiles, qu'ils se doivent de bien garder pour eux lorsqu'ils s'acquittent de leur devoir de mettre en oeuvre le Brexit.

Mais la paralysie politique met à l'épreuve leur patience, même parmi les plus expérimentés comme Mark Durgin, fonctionnaire de 60 ans: "La plupart des gens dans la rue en ont juste marre et veulent une solution d'une manière ou d'une autre".

Les plus jeunes comme Diana Blake, la vingtaine, semblent sincèrement curieux de prendre le pouls de la nation, après avoir passé les trois dernières années à débattre du sujet dans les couloirs du Parlement ou dans les pubs du coin.

"Cela sera intéressant de voir ce que les gens pensent, car pour le moment, beaucoup sont un peu déboussolées", estime-t-elle.

"Ne résoudront rien"

Mais à quoi bon ces élections, quand le sujet brûlant reste le divorce avec l'UE? "C'est intéressant, ces élections législatives, mais nous ne sommes pas autorisés à voter sur le Brexit", confie John Puleston.

Il se dit "perplexe": "Nous avons le droit de changer d'avis sur qui nous gouverne, mais nous n'avons pas le droit de changer d'avis" sur le Brexit.

Le gouvernement, comme le Parlement, ont refusé la tenue d'un second référendum sur le Brexit, arguant qu'il serait antidémocratique de remettre en cause les résultats du premier.

En tentant de convoquer des élections en décembre, le Premier ministre Boris Johnson espère regagner une majorité perdue au fil des défections et évictions de députés conservateurs opposés à sa stratégie. Et mettre enfin en oeuvre sa promesse de mettre en oeuvre le Brexit.

Si certains le voient en position de force, d'autres en doutent, comme une Londonienne élégamment vêtue, qui se présente avec malice comme "Brenda". Son mari étant député, elle "aurait des ennuis" si elle s'exprimait sous son identité.

Pour elle, ces élections "ne résoudront rien" et le Parlement pourrait bien en sortir dépourvu "de majorité claire". "Il y a tant d'opinions différentes sur le Brexit", relève-t-elle en secouant la tête.