Alors que de nombreux pays, comme l'Italie, la Suisse, la Belgique, ont programmé l'assouplissement prochain des restrictions, la première économie européenne s'inscrit à contre-courant. Dès vendredi, "un frein d'urgence" est activé en Allemagne suite à la réforme de la loi contre les infections. Face à la propagation des variants, les experts allemands soutiennent que la troisième vague n'a pas encore atteint son pic.

Adoption d'une loi contre l'épidémie

Adoptée mercredi au Bundestag, la loi contre l'épidémie renforce les pouvoirs d'Angela Merkel pour durcir les règles sanitaires. Des mesures seront automatiquement déclenchées dès que le taux d'infection d'une région du pays dépasse, pendant trois jours consécutifs, le seuil de 100 nouveaux cas par 100 000 habitants. La durée de ce système est limitée jusqu'au 30 juin.

Les règles anti-Covid au niveau national devraient mettre un terme aux tensions avec les régions, compétentes en matière sanitaire et d'éducation. Certaines avaient jusqu'ici aménagé, voire ignoré des mesures strictes pourtant décidées avec leur aval. D'autres avaient misé sur des assouplissements combinés à l'usage massif de tests. La diversité des règles existantes d'un Land à l'autre a nourri une confusion et une frustration grandissantes au sein de la population.

La démarche d'Angela Merkel n'a rien d'évident dans une Allemagne très attachée à son système fédéraliste, instauré à l'initiative des Alliés après la fin du régime autoritaire nazi, très centralisé. "Le virus ne pardonne pas les demi-mesures, elles ne font que l'aggraver ", a prévenu la chancelière vendredi en le défendant

"Un frein d'urgence"

L'intention de ce durcissement, c'est de "briser la troisième vague du virus" et soulager les personnels soignants confrontés à un afflux des malades de la COVID. Le ministre de la Santé Jens Spahn espère "rouvrir progressivement avec un usage renforcé de tests".

Dans le détail, le dispositif comprend de nouvelles réductions des contacts privés, des fermetures de magasins non essentiels ou de musées, un recours accru au télétravail. Concernant les écoles, les cours devront basculer en distanciel là où le taux d'incidence dépasse 165. Celui-ci est aujourd'hui à un peu plus que 165. Par conséquent, plus de la moitié du pays est soumis à ces restrictions. Et surtout, à la mesure la plus critiquée : la mise en place d'un couvre-feu entre 22 h et 5 h, avec des exceptions en cas d'obligations professionnelles. Il sera par ailleurs encore possible de prendre l'air seul ou de faire son jogging jusqu'à minuit. Le couvre-feu concerne ainsi un peu plus que 80 % du territoire.

"J'en suis persuadée : si nous parvenons à réduire nettement et rapidement les infections, des assouplissements progressifs seront possibles dans un avenir proche", a promis la chancelière.

Des mesures très critiquées

Des manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes allemandes samedi en fin de journée pour protester contre le couvre-feu. Environ 8000 personnes selon la police ont manifesté non loin du Reichstag. La situation a dégénéré quand la police a ordonné la dispersion du rassemblement, car les manifestants ne portaient pas de masque de protection et ne respectaient pas la distanciation sociale. La police a déjà annoncé qu'elle n'aurait pas les ressources nécessaires pour vérifier le couvre-feu nocturne.

La mise en place du couvre-feu au niveau national, dont le contrôle serait assuré par la police, réveille en particulier de mauvais souvenirs dans un pays qui a connu deux dictatures, pendant le nazisme et puis lors de la RDA communiste. Plus d'une vingtaine de recours ont été déposés devant la cour constitutionnelle. La mesure entamée par Angela Merkel est jugée contraire à la Constitution, notamment par les opposants comme les libéraux du FDP.

"Vacciner et tester ne suffit pas"

En ce qui concerne la vaccination, l'Allemagne se classe en première position devant la France parmi les pays de l'Europe qui ont le plus vacciné. À la date du 23 avril, 6,99 % de la population allemande a reçu les deux doses de vaccin. En Belgique, les chiffres sont presque au même niveau, 6,45 % de la population étant complètement vaccinée.

L'Allemagne envisage d'acheter 30 millions de doses de vaccin russe Spoutnik. Ce dernier n'a pas encore reçu le feu vert de l'Agence européenne des médicaments (EMA), a déclaré jeudi le ministre-président de Saxe Michael Kretschmer.

La question de l'achat du Spoutnik V reste controversée en Europe. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a récemment critiqué la Russie pour son utilisation comme "outil de propagande" dans le monde. (avec AFP)

Valentina Jaimes

Alors que de nombreux pays, comme l'Italie, la Suisse, la Belgique, ont programmé l'assouplissement prochain des restrictions, la première économie européenne s'inscrit à contre-courant. Dès vendredi, "un frein d'urgence" est activé en Allemagne suite à la réforme de la loi contre les infections. Face à la propagation des variants, les experts allemands soutiennent que la troisième vague n'a pas encore atteint son pic. Adoption d'une loi contre l'épidémieAdoptée mercredi au Bundestag, la loi contre l'épidémie renforce les pouvoirs d'Angela Merkel pour durcir les règles sanitaires. Des mesures seront automatiquement déclenchées dès que le taux d'infection d'une région du pays dépasse, pendant trois jours consécutifs, le seuil de 100 nouveaux cas par 100 000 habitants. La durée de ce système est limitée jusqu'au 30 juin. Les règles anti-Covid au niveau national devraient mettre un terme aux tensions avec les régions, compétentes en matière sanitaire et d'éducation. Certaines avaient jusqu'ici aménagé, voire ignoré des mesures strictes pourtant décidées avec leur aval. D'autres avaient misé sur des assouplissements combinés à l'usage massif de tests. La diversité des règles existantes d'un Land à l'autre a nourri une confusion et une frustration grandissantes au sein de la population. La démarche d'Angela Merkel n'a rien d'évident dans une Allemagne très attachée à son système fédéraliste, instauré à l'initiative des Alliés après la fin du régime autoritaire nazi, très centralisé. "Le virus ne pardonne pas les demi-mesures, elles ne font que l'aggraver ", a prévenu la chancelière vendredi en le défendant"Un frein d'urgence"L'intention de ce durcissement, c'est de "briser la troisième vague du virus" et soulager les personnels soignants confrontés à un afflux des malades de la COVID. Le ministre de la Santé Jens Spahn espère "rouvrir progressivement avec un usage renforcé de tests".Dans le détail, le dispositif comprend de nouvelles réductions des contacts privés, des fermetures de magasins non essentiels ou de musées, un recours accru au télétravail. Concernant les écoles, les cours devront basculer en distanciel là où le taux d'incidence dépasse 165. Celui-ci est aujourd'hui à un peu plus que 165. Par conséquent, plus de la moitié du pays est soumis à ces restrictions. Et surtout, à la mesure la plus critiquée : la mise en place d'un couvre-feu entre 22 h et 5 h, avec des exceptions en cas d'obligations professionnelles. Il sera par ailleurs encore possible de prendre l'air seul ou de faire son jogging jusqu'à minuit. Le couvre-feu concerne ainsi un peu plus que 80 % du territoire. "J'en suis persuadée : si nous parvenons à réduire nettement et rapidement les infections, des assouplissements progressifs seront possibles dans un avenir proche", a promis la chancelière. Des mesures très critiquéesDes manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes allemandes samedi en fin de journée pour protester contre le couvre-feu. Environ 8000 personnes selon la police ont manifesté non loin du Reichstag. La situation a dégénéré quand la police a ordonné la dispersion du rassemblement, car les manifestants ne portaient pas de masque de protection et ne respectaient pas la distanciation sociale. La police a déjà annoncé qu'elle n'aurait pas les ressources nécessaires pour vérifier le couvre-feu nocturne. La mise en place du couvre-feu au niveau national, dont le contrôle serait assuré par la police, réveille en particulier de mauvais souvenirs dans un pays qui a connu deux dictatures, pendant le nazisme et puis lors de la RDA communiste. Plus d'une vingtaine de recours ont été déposés devant la cour constitutionnelle. La mesure entamée par Angela Merkel est jugée contraire à la Constitution, notamment par les opposants comme les libéraux du FDP."Vacciner et tester ne suffit pas"En ce qui concerne la vaccination, l'Allemagne se classe en première position devant la France parmi les pays de l'Europe qui ont le plus vacciné. À la date du 23 avril, 6,99 % de la population allemande a reçu les deux doses de vaccin. En Belgique, les chiffres sont presque au même niveau, 6,45 % de la population étant complètement vaccinée. L'Allemagne envisage d'acheter 30 millions de doses de vaccin russe Spoutnik. Ce dernier n'a pas encore reçu le feu vert de l'Agence européenne des médicaments (EMA), a déclaré jeudi le ministre-président de Saxe Michael Kretschmer.La question de l'achat du Spoutnik V reste controversée en Europe. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a récemment critiqué la Russie pour son utilisation comme "outil de propagande" dans le monde. (avec AFP)Valentina Jaimes