L'autonomie alimentaire, c'est l'idée que les habitants d'une ville puissent se nourrir en partie au moins de fruits, légumes, oeufs, viande... produits dans cette ville. Elle répond à plusieurs besoins exprimés par les collectivités et les habitants dans un contexte d'expansion démographique des villes : rapprocher les producteurs des "mangeurs", consommer sain et de saison, lutter contre le gaspillage, diminuer la mobilité urbaine associée à l'approvisionnement en nourriture, revégétaliser les villes, créer de nouveaux emplois, etc.

Le cabinet de conseil Utopies a évalué dernièrement le degré d'autonomie alimentaire des aires urbaines en France. On apprend ainsi que l'aire urbaine d'Avignon est la plus autosuffisante de France avec une autonomie alimentaire de 8,2 %. Mais globalement, les villes françaises tournent plutôt autour de 2%. 2%, c'est donc le pourcentage de nourriture consommée par les habitants qui est produite dans ou à proximité de la ville. Le reste vient de plus loin, voire de très loin.

Et à Bruxelles ? La Région dispose d'une série d'atouts pour accroître son indépendance alimentaire : près de 500 hectares de terres disponibles déjà valorisés en partie par des maraîchers inventifs, des entrepreneurs innovants cultivant champignons ou micropousses ou élevant des grillons par exemple ; mais aussi 600 hectares de toitures plates mobilisables, des potagers collectifs, des habitants potagistes, des restaurateurs, etc.

A l'issue des rencontres Good Food de ce week-end des 18, 19 et 21 octobre où la question de l'autonomie alimentaire a été mise en question et illustrée, nous lançons une proposition afin de penser un peu plus loin la ville du futur telle que la conçoit "l'archibiotecte" belge Vincent Callebaut. Sachant que les bâtiments bruxellois doivent déjà répondre à des critères de performance énergétique, pourquoi ne pas leur demander de répondre également à des critères de performance alimentaire ? Chaque nouvelle construction à Bruxelles, chaque réaménagement de l'espace public devrait respecter un indice d'autonomie alimentaire défini par les pouvoirs publics. Aux architectes déposant leurs plans à répondre à cette question : "Comment votre projet permet aux habitants du futur immeuble d'atteindre le degré d'autonomie alimentaire défini par la Région?". Cette exigence aux concepteurs s'imposerait également dans le cadre de réaménagement de voiries, et à l'occasion de réaménagement de grands espaces (Plateau du Heyzel, Josaphat, Gare de l'Ouest).

Outre l'introduction bienvenue du concept d'autonomie alimentaire dans la règlementation bruxelloise, la définition d'un degré d'autonomie alimentaire des bâtiments et espaces publics bruxellois permettrait aussi un arbitrage par le haut des conflits entre bétonneurs et cultivateurs sur des lieux emblématiques colonisés par les habitants pour la culture. Elle permettrait également de sortir du green washing actuel. Aujourd'hui, trop de projets immobiliers sont vendus en y rajoutant une serre ou un potager, en fin de parcours, dans une vision surtout marketing. L'enjeu n'est-il pas plutôt d'intégrer l'autonomie alimentaire au coeur des projets immobiliers ou de rénovation urbaine, en pensant d'emblée et de manière créative l'accès à l'eau, la gestion des intrants et la réutilisation des déchets, l'écoulement de la production, la participation des habitants et l'innovation sociale liée à la production alimentaire en ville ?

Signataires

Patrick Balcaen, Mieke Deceuninck, Géraldine Thomas, Carine Paques (Le Kiosque à graines)

Stéphanie Bertel (Parkfarm T&T)

Malika Hamza (Consultante en alimentation durable)

Christel Hendricx et Raphaël Watelet (maraîchers bruxellois )

Nicodème Lonfils (maître-maraîcher bruxellois)

Isabelle Nizet (Horia Eatery)

Augustin Nourissier (SkyFarms)

Mohammed Bel Haj Touzani (potager Habiquart L28)