Rapports alarmants des scientifiques, désobéissance civile de citoyens, défilés de jeunes par millions... Depuis un an, les pays signataires de l'accord de Paris sont la cible d'une pression sans précédent que résume le mot d'ordre de ces deux semaines de réunion: #TimeforAction. "Nous ne pouvons plus remettre à plus tard l'action climatique", a confirmé la ministre espagnole de l'Environnement Teresa Ribera, dont le pays accueille au pied levé la COP25 après le désistement du Chili, qui assure toutefois sa présidence.

Ce même message a été martelé sans relâche par l'ONU à l'approche du rendez-vous. "Le point de non-retour n'est plus loin, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse", a déclaré dimanche son secrétaire général, Antonio Guterres, dénonçant des engagements "totalement insuffisants" contre le réchauffement. "Depuis des décennies, l'espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. Nous devons mettre fin à notre guerre contre la nature", a-t-il lancé.

Pourtant, la COP25 ne devrait pas sauver le monde. Le sommet vise surtout à préparer le terrain pour le sommet de la COP26 qui aura lieu l'année prochaine. C'est au cours de rendez-vous que les pays seront sous pression pour renforcer les engagements qu'ils ont pris en matière de climat en 2015 à Paris.

Alors que les sommets passés ont souvent été teintés d'enthousiasme quant aux perspectives d'un rassemblement de la communauté internationale pour lutter contre le changement climatique, celui de cette année risque d'être plus sombre.

Même le lieu où se tient le sommet montre des tensions mondiales croissantes en matière de changement climatique et de justice sociale. Il devait en effet initialement se tenir à Santiago, mais a été annulé après de violentes manifestations contre le gouvernement chilien et déplacé à Madrid.

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Voici six choses à savoir sur la COP25.

1. L'augmentation des émissions menace les objectifs de l'Accord de Paris

Quatre ans après les accords de Paris (2015), le monde fait pire que jamais pour atteindre les objectifs de réduction des émissions. "Il n'y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère malgré tous les engagements pris dans le cadre de l'Accord de Paris ", a averti Petteri Taalas, secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale, cette semaine. Les données montrent que les niveaux de gaz à effet de serre n'ont jamais été aussi élevés. Cela signifie que "les générations futures seront confrontées à des impacts de plus en plus graves du changement climatique, y compris la hausse des températures, des conditions météorologiques extrêmes, le stress hydrique, l'élévation du niveau de la mer et la perturbation des écosystèmes marins et terrestres", a déclaré M. Taalas.

Les gouvernements devront augmenter considérablement leurs réductions d'émissions, a déclaré cette semaine le Programme des Nations unies pour l'environnement.

Pour maintenir le réchauffement bien en deçà de 2 degrés, il faudrait réduire les émissions de 25 % d'ici 2030, par rapport à 2018, a déclaré l'ONU. Atteindre 1,5 degré - l'objectif plus ambitieux de l'Accord de Paris - exigerait que les pays réduisent leurs émissions de 55 %, soit 7,6 % par an entre 2020 et 2030. Mais au cours de la dernière décennie, les émissions ont augmenté à un taux de 1,5 % par année.

2. L'échange de quotas d'émission de carbone, un sujet sensible

La tâche principale à Madrid consistera à parvenir à un accord sur la manière d'utiliser les marchés du carbone et de permettre aux pays d'échanger des crédits d'émission pour réduire la pollution mondiale.

Il s'agit ainsi d'aider à réduire les émissions à moindre coût et d'encourager les investissements dans des projets respectueux de l'environnement. Mais l'expérience a montré qu'il est risqué d'utiliser des systèmes de marché du carbone sans avoir mis en place des contrôles et un système comptable adéquat, s'inquiète Politico.

L'UE et ses alliés, tels que les pays insulaires et vulnérables, veulent également empêcher le nouveau système d'autoriser les pays à utiliser les anciens permis d'émission du protocole de Kyoto de 1997. Mais des pays comme le Brésil, qui détiennent d'énormes quantités de crédits, feront trainer les choses en longueur. Ce conflit a déjà failli faire imploser la Cop 24 l'année dernière. Les tensions devraient être similaires à Madrid.

Les observateurs mettent en garde contre la conclusion d'un accord à tout prix. "Accepter des quotas peu ambitieux pour respecter une échéance artificielle pourrait faire plus de tort au défi climatique qu'en retardant les quotas d'une année supplémentaire ", a déclaré le World Resources Institute, une ONG.

3. Le financement, un sujet délicat

Les pays les plus riches se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour financer la lutte contre le changement climatique d'ici à 2020. Le Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, a déclaré plus tôt cet automne que l'objectif était réalisable, mais a appelé les pays à intensifier leurs efforts. Entre-temps, les négociations en vue d'un nouvel objectif mondial - plus élevé - de financement de la lutte contre le changement climatique devraient débuter l'année prochaine.

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À Madrid, les pays en développement inciteront les pays riches à accroître leur soutien financier, affirmant qu'il en est de leur responsabilité historique puisqu'ils sont les principaux émetteurs de gaz carboniques.

Les conséquences du changement climatique entrainent déjà des coûts économiques et sociaux, surtout dans les pays vulnérables. De plus en plus d'appels de fonds sont lancés pour faire face aux dégâts engendrés. "Nous avons besoin d'aide pour faire face à ces impacts - pertes en vies humaines, destruction des infrastructures, destruction des récoltes, migrations - afin de protéger nos communautés et nos populations contre de nouvelles souffrances ", a déclaré Sonam P. Wangdi, président bhoutanais du Groupe des pays en voie de développement.

Ce sera l'une des questions les plus délicates dont les négociateurs discuteront à Madrid, car ils craignent que cela n'expose les pays riches à des poursuites en responsabilité.

4. Les États-Unis sous le radar

Washington, qui jouait un rôle crucial sous l'administration Obama, est devenu le seul pays au monde à s'être engagé puis à s'être retiré de l'Accord de Paris sous Donald Trump.

Il est donc politiquement dangereux pour les négociateurs américains de se faire remarquer à Madrid. Peu de gens s'attendent à ce que des hauts fonctionnaires soient présents.

Les États-Unis seront tout de même représentés de manière non officielle. Des maires, des représentants d'État, des entreprises, des membres du Congrès et des membres de la société civile rencontreront des représentants d'autres pays. Ils espèrent montrer qu'une grande partie des États-Unis est toujours déterminée à réduire considérablement ses émissions de carbone et qu'on peut leur faire confiance pour aller de l'avant, peu importe qui occupe la Maison-Blanche, affirme Politico.

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5. La neutralité climatique à l'horizon 2050 se profile

L'année prochaine, les pays devront également proposer des stratégies d'émissions à long terme pour les objectifs de 2050.

L'un des grands sujets de Madrid sera de savoir combien de pays, en particulier les grands pollueurs, adopteront des stratégies pour atteindre la neutralité carbone.

L'UE doit adopter l'objectif de neutralité climatique pour le milieu du siècle lors d'un sommet qui se tiendra à Bruxelles avant la fin de la COP25. Parvenir à un accord aiderait l'Union à quitter Madrid avec un message fort sur le climat et à faire pression sur les principaux émetteurs - surtout la Chine - pour qu'ils leur emboîtent le pas.

6. Tous les regards sur le G20

La COP25 arrive à une date butoir cruciale l'année prochaine, alors que les pays doivent réévaluer et idéalement augmenter les engagements climatiques qu'ils ont pris à Paris il y a quatre ans. Les engagements actuels de l'Accord de Paris ne sont pas suffisants puisqu'ils entraîneraient un réchauffement de plus de 3 degrés d'ici la fin du siècle.

Cela dépendra beaucoup des pays du G20 qui sont responsables d'environ 78 % des émissions mondiales. L'UE est engagée dans une lutte politique pour savoir si, et dans quelle mesure, elle doit augmenter ses objectifs en matière d'émissions pour 2030. Les observateurs surveillent la Chine qui n'a pas clairement indiqué si elle a l'intention d'augmenter l'engagement peu reluisant qu'elle a pris en 2015 de plafonner ses émissions de CO2 d'ici 2030.

Entre-temps, plusieurs grands émetteurs, dont l'Australie, le Brésil, le Canada, l'Afrique du Sud et les États-Unis, ne sont même pas en voie de respecter leurs engagements actuels à Paris, selon les Nations Unies.