L'accord de Paris, signé par plus de 190 pays à l'issue de la COP21, prévoyait de contenir d'ici l'an 2100 la hausse des températures en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Dans l'idéal, l'objectif était de poursuivre les efforts pour tendre vers une limitation de +1,5 °C. Un scénario qui semble aujourd'hui de plus en plus improbable.
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L'accord de Paris, signé par plus de 190 pays à l'issue de la COP21, prévoyait de contenir d'ici l'an 2100 la hausse des températures en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Dans l'idéal, l'objectif était de poursuivre les efforts pour tendre vers une limitation de +1,5 °C. Un scénario qui semble aujourd'hui de plus en plus improbable. Pour garder la hausse des températures en deçà de 2°C, les Etats devront tripler d'ici 2030 le niveau global de leur engagement, avertit le Programme environnement de l'ONU (PNUE). Et pour ne pas dépasser +1,5°C, un stade pourtant déjà annonciateur de dérèglements, il faudra le multiplier... par 5. "C'est la nouvelle la plus alarmante: l'écart (entre le niveau actuel des émissions et le niveau nécessaire, NDLR) est plus grand que jamais", dit Philip Drost, qui a coordonné le rapport.En 2017, les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont reparties à la hausse, après trois ans de relative stabilité. Et 2018 devrait connaître la même tendance. Les émissions en 2017 ont atteint un niveau historique : 53,5 gigatonnes (Gt) équivalent CO2, soit 0,7 Gt de plus qu'en 2016. Et "rien ne dit qu'elles aient atteint un pic - ce point où elles basculent, de la hausse à la baisse", s'inquiète le rapport. Pour rester à 2°C, il faudrait émettre au maximum 40 Gt CO2e en 2030, et 24 Gt pour 1,5°. Or, si les pays ne renforcent pas leurs actions, ils devraient produire encore 59 Gt à cette échéance. Selon le PNUE, 49 pays ont passé leur "pic" d'émissions, mais ils ne représentent que 36% des GES mondiaux. Au total, seuls 57 États (représentant 60% des émissions) seraient en bonne voie d'y parvenir d'ici 2030.Il y a pourtant des progrès: boom des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique, actions des collectivités locales dans les transports... Le rapport met en avant le dynamisme du secteur privé et le potentiel inexploité de l'innovation et du financement vert. Mais le dérèglement climatique progresse plus vite que nos efforts. De plus, le scénario semble plus sombre que celui dessiné l'an dernier, car les dernières recherches suggèrent qu'il ne faudra pas compter sur un déploiement vaste et rapide de technologies d'absorption du CO2.L'ONU insiste en outre sur l'amélioration de l'impulsion au niveau national et sur le rôle à jouer par les gouvernements, notamment en "subventionnant les solutions à faibles émissions et en taxant les combustibles fossiles". Si on suit la trajectoire actuelle, de nombreux pays ne seront pas en mesure de remplir leurs engagements. C'est le cas notamment de l'UE, des États-Unis, de l'Australie ou encore du Canada.Ce rapport du PNUE est loin d'être la première sonnette d'alarme sur le sujet. Au mois d'octobre, un rapport spécial publié par le GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, incitait à viser impérativement l'objectif 1,5°. "À +1,5°C ou à +2°C, le monde ne sera pas le même", avertissaient les experts. Sans cet effort, nous nous exposons à en subir les impacts majeurs, comme des phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes et plus réguliers (vagues de chaleur, inondations, super-ouragans, impact sur la biodiversité, déstabilisation des calottes glaciaires...). Mais également à une montée des mers. Si l'on s'en tient à +1,5°C, son niveau aura gagné 26 à 77 cm d'ici à 2100, selon les projections du GIEC. À +2°C ce serait 10 cm de plus, ce qui pourrait affecter jusqu'à 10 millions de personnes supplémentaires. Et notre pays ne sera pas épargné, comme le montre cette carte évolutive mondiale. Un mètre supplémentaire toucherait considérablement la côte belge, le nord de la Flandre-Orientale ainsi que la ville d'Anvers. À la COP de Katowice, qui ouvre dimanche, les États sont invités à se pencher sur l'ampleur de leur engagement global. "Les gouvernements doivent vraiment reprendre leurs contributions, et relever leurs ambitions", souligne M. Drost, du PNUE. "Il y a tant de chemin à parcourir, et nous devons agir rapidement. Pas dans des décennies, maintenant".