Ce que les chercheurs appellent pergélisol, ou permafrost en anglais, c'est une couche de terre ou de roches qui a la particularité de rester gelée pendant plusieurs années. Il est donc impossible d'aller y creuser des trous. Pourtant, le réchauffement global entraîne la fonte prématurée de ce pergélisol, ouvrant ainsi la voie aux prospecteurs avides de découvrir de nouveaux gisements.

Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ils ont extraient, dans la région russe de Yakoutie, non pas des pierres précieuses, mais bien des restes d'animaux éteints depuis plus de 4000 ans : des mammouths laineux. Une véritable "ruée vers l'ivoire" a depuis débuté.

Selon les autorités russes, l'ivoire de mammouth laineux conservé dans le pergélisol russe représente 80% des échanges commerciaux de la Russie sur un marché non réglementé, d'une valeur de 40 millions de livres sterling par an. Et pour cause, les Chinois, qui transforment la matière en bijoux, bibelots, couteaux et autres décorations, en sont particulièrement friands.

Chasse au trésor

Les prospecteurs peuvent passer des jours à creuser dans la terre à la recherche des défenses de mammouths. Il leur suffit parfois d'utiliser de simples outils de creusement ou des pompes à eau pour dégager des lots prometteurs. Leurs actes peuvent cependant porter préjudice à l'environnement. D'autant que face à la concurrence qui ne cesse d'augmenter, les entreprises locales font appel à des plongeurs pour fouiller les lits des rivières dans des zones reculées accessibles uniquement par bateau à moteur.

L'ivoire de mammouth est considéré en Chine comme une alternative éthique à la chasse aux défenses des éléphants d'Afrique. Vladimir Prokopyev, un responsable régional en Yakoutie, estime que les réserves de fossiles de mammouths découvertes dans la région s'élevaient à 500 000 tonnes. D'après des médias russes, plus de 100 tonnes auraient été excavées en 2018.

Les autorités ont estimé que ce commerce d'ivoire de mammouths devait impérativement être réglementé. Notamment pour protéger la population locale, souvent privée de son droit de collecter l'ivoire à cause des grandes entreprises. Mais entre-temps, la production a atteint 100 tonnes par an et les commerçants chinois ont déjà commencé à se procurer l'ivoire directement auprès des prospecteurs.

Pour éviter tout abus, une organisation internationale prévoit de conférer un statut de protection aux mammouths laineux dans le cadre d'une convention consacrée aux espèces menacées d'extinction. Et ce, même si l'espèce a déjà disparu depuis des milliers d'années.