Le champignon chytride est le grand coupable de cette hécatombe. Depuis des décennies, le parasite sévit sur la population d'amphibiens - tant grenouilles que salamandres - qui a vu plus d'une centaine d'espèces éradiquées. Jusqu'à présent, si la maladie s'est développée partout dans le monde, on ignorait où et quand elle avait émergé. C'est désormais chose faite : le champignon trouve son origine en Corée.

"Les biologistes savent depuis les années 1990 que [le champignon chytride] est à l'origine du déclin de nombreuses espèces d'amphibiens, mais jusqu'à présent, nous n'avons pas pu déterminer exactement d'où il provenait", a notamment déclaré le Dr Simon O'Hanlon, chercheur à l'Imperial College London et auteur de l'étude. "Dans notre article, nous résolvons ce mystère [...]".

Le chytride évolue dans l'eau et se développe de préférence en altitude, dans les chaînes de montagnes. Lorsque des touristes se promènent le long de lacs et de sentiers, ils peuvent propager l'infection sans le savoir en transportant des particules du champignon toxique.

Invisible à l'oeil nu, le champignon chytride a des conséquences fulgurantes sur l'animal : il infecte la peau du batracien, affectant alors sa capacité à réguler les niveaux d'eau et d'électrolytes. Cela provoque ensuite une insuffisance cardiaque qui mène à la mort de l'animal. L'infection peut se propager d'un individu à un autre avec facilité, et certains seront plus touchés que d'autres.

C comme Corée, M comme médecine et E comme exotisme

Une équipe de recherche internationale a retrouvé le champignon mortel en Asie de l'Est. À des fins exotiques, médicales ou alimentaires, le commerce mondial d'amphibiens pourrait bien être la cause de la propagation de la maladie.

Il avait d'abord été aperçu en Australie, puis en Amérique latine il y a une dizaine d'années. Certains soupçonnaient même que la maladie avait été introduite dans l'hémisphère nord par une petite grenouille originaire d'Afrique du Sud, le Xénope. La grenouille-taureau n'aurait ensuite que favorisé sa diffusion depuis les États-Unis jusqu'à la France.

La grenouille taureau, aussi appelée Ouaouaron., Getty Images/iStockphoto
La grenouille taureau, aussi appelée Ouaouaron. © Getty Images/iStockphoto

Pour leur étude, publiée dans la revue Sciences, les chercheurs ont recueilli des échantillons de champignons du monde entier et les ont combinés avec une base de données existante. Au total, ils avaient une collection de 200 échantillons. Ils ont alors examiné les différences entre les champignons et ont identifié quatre lignées principales, dont trois trouvées partout dans le monde.

C'est la quatrième sorte qui nous intéresse ici, puisque ce type de champignon n'a été trouvé que sur des grenouilles originaires de Corée. Cette découverte suggère alors qu'au lieu de remonter à des milliers d'années, la maladie s'est propagée massivement il y a 50 et 120 ans, au moment où le commerce international des animaux de compagnie florissait.

Une faible résistance à la menace

Lors de recherches récentes réalisées au Panama, où le champignon a dévasté la faune locale, on a découvert que certaines espèces de grenouilles développaient une résistance à l'infection. Ainsi, neuf espèces de grenouilles sont revenues à des niveaux de population proches de ceux estimés avant l'arrivée de la maladie.

L'équipe de l'Université du Nevada à l'origine de l'étude s'est rendu compte que certains individus survivaient après l'infection. Les grenouilles auparavant exposées au pathogène auraient réussi à s'adapter et à ralentir la croissance de l'infection grâce à des substances présentes dans leurs sécrétions cutanées.

La maladie constitue cependant toujours une menace majeure pour la population amphibie. Des souches supplémentaires du champignon qui auraient le potentiel d'exacerber l'épidémie actuelle ont d'ailleurs été retrouvées au cours de l'étude qui vient de paraître.

Les résultats soulignent donc l'importance de prendre des mesures de biosécurité strictes afin de prévenir les dommages causés aux animaux et plantes locales. "Notre recherche ne fait pas que pointer du doigt l'Asie de l'Est, mais suggère que nous n'avons découvert que la pointe de l'iceberg en ce qui concerne la diversité chytride en Asie", a d'ailleurs déclaré le professeur Matthew Fisher, l'un des responsables de l'étude. "Par conséquent, tant que le commerce des amphibiens infectés ne sera pas interrompu, nous continuerons à mettre notre biodiversité irremplaçable à risque".

Chavagne Mailys

Le champignon chytride est le grand coupable de cette hécatombe. Depuis des décennies, le parasite sévit sur la population d'amphibiens - tant grenouilles que salamandres - qui a vu plus d'une centaine d'espèces éradiquées. Jusqu'à présent, si la maladie s'est développée partout dans le monde, on ignorait où et quand elle avait émergé. C'est désormais chose faite : le champignon trouve son origine en Corée. "Les biologistes savent depuis les années 1990 que [le champignon chytride] est à l'origine du déclin de nombreuses espèces d'amphibiens, mais jusqu'à présent, nous n'avons pas pu déterminer exactement d'où il provenait", a notamment déclaré le Dr Simon O'Hanlon, chercheur à l'Imperial College London et auteur de l'étude. "Dans notre article, nous résolvons ce mystère [...]".Le chytride évolue dans l'eau et se développe de préférence en altitude, dans les chaînes de montagnes. Lorsque des touristes se promènent le long de lacs et de sentiers, ils peuvent propager l'infection sans le savoir en transportant des particules du champignon toxique.Invisible à l'oeil nu, le champignon chytride a des conséquences fulgurantes sur l'animal : il infecte la peau du batracien, affectant alors sa capacité à réguler les niveaux d'eau et d'électrolytes. Cela provoque ensuite une insuffisance cardiaque qui mène à la mort de l'animal. L'infection peut se propager d'un individu à un autre avec facilité, et certains seront plus touchés que d'autres.Une équipe de recherche internationale a retrouvé le champignon mortel en Asie de l'Est. À des fins exotiques, médicales ou alimentaires, le commerce mondial d'amphibiens pourrait bien être la cause de la propagation de la maladie.Il avait d'abord été aperçu en Australie, puis en Amérique latine il y a une dizaine d'années. Certains soupçonnaient même que la maladie avait été introduite dans l'hémisphère nord par une petite grenouille originaire d'Afrique du Sud, le Xénope. La grenouille-taureau n'aurait ensuite que favorisé sa diffusion depuis les États-Unis jusqu'à la France.Pour leur étude, publiée dans la revue Sciences, les chercheurs ont recueilli des échantillons de champignons du monde entier et les ont combinés avec une base de données existante. Au total, ils avaient une collection de 200 échantillons. Ils ont alors examiné les différences entre les champignons et ont identifié quatre lignées principales, dont trois trouvées partout dans le monde.C'est la quatrième sorte qui nous intéresse ici, puisque ce type de champignon n'a été trouvé que sur des grenouilles originaires de Corée. Cette découverte suggère alors qu'au lieu de remonter à des milliers d'années, la maladie s'est propagée massivement il y a 50 et 120 ans, au moment où le commerce international des animaux de compagnie florissait.Lors de recherches récentes réalisées au Panama, où le champignon a dévasté la faune locale, on a découvert que certaines espèces de grenouilles développaient une résistance à l'infection. Ainsi, neuf espèces de grenouilles sont revenues à des niveaux de population proches de ceux estimés avant l'arrivée de la maladie.L'équipe de l'Université du Nevada à l'origine de l'étude s'est rendu compte que certains individus survivaient après l'infection. Les grenouilles auparavant exposées au pathogène auraient réussi à s'adapter et à ralentir la croissance de l'infection grâce à des substances présentes dans leurs sécrétions cutanées.La maladie constitue cependant toujours une menace majeure pour la population amphibie. Des souches supplémentaires du champignon qui auraient le potentiel d'exacerber l'épidémie actuelle ont d'ailleurs été retrouvées au cours de l'étude qui vient de paraître.Les résultats soulignent donc l'importance de prendre des mesures de biosécurité strictes afin de prévenir les dommages causés aux animaux et plantes locales. "Notre recherche ne fait pas que pointer du doigt l'Asie de l'Est, mais suggère que nous n'avons découvert que la pointe de l'iceberg en ce qui concerne la diversité chytride en Asie", a d'ailleurs déclaré le professeur Matthew Fisher, l'un des responsables de l'étude. "Par conséquent, tant que le commerce des amphibiens infectés ne sera pas interrompu, nous continuerons à mettre notre biodiversité irremplaçable à risque".Chavagne Mailys