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Malgré son apparence peu ragoutante (elle aurait d'ailleurs inspiré les créateurs d'Alien), la limule possède un pedigree impressionnant. Le "crabe-fer à cheval" est présent sur notre planète depuis 450 millions d'années (contre 2,8 pour le genre Homo ), et fût l'un des premiers animaux à coloniser la terre ferme. Mais après avoir vu naître et mourir les dinosaures et survécu à cinq vagues d'extinction massive, la limule pourrait bien disparaitre... à cause de nous.La bestiole, comme beaucoup d'autres, souffre de la montée des eaux qui grignote ses plages de reproduction sur la côte Est de l'Amérique et en Asie. Elle est également prélevée depuis des siècles par les pêcheurs pour servir d'appât. Mais surtout, elle présente une particularité qui intéresse fortement l'industrie pharmaceutique moderne : son sang... bleu. Celui-ci contient du lysat d'ameboecyte de limule, ou LAL, un réactif aux bactéries utilisé depuis les années 1970 pour tester la pureté des produits et matériels médicaux. Une propriété qui en fait l'un des liquides les plus chers au monde, d'après le Guardian : plus de 13 000 dollars le litre.À elles seules, les compagnies états-uniennes prélèvent plus de 430 000 individus chaque année. Elles ne les tuent pas, mais ponctionnent jusqu'à 30 % de leur sang avant de les relâcher. Entre 5 et 20 % des individus affaiblis n'y survivent pas, tandis que les femelles ne parviennent plus à se reproduire. Cette pratique menace l'espèce à moyen terme : les scientifiques prévoient une réduction de la population américaine de 30 % dans les prochaines décennies. Pour contrer cela, la recherche biomédicale expérimente des alternatives au LAL. La firme Eli Lilly a notamment promis de réduire sa "consommation" de limules de 90 % dans les prochaines années, rapporte le Courrier international.La limule compte encore quatre espèce connues. L'américaine Limulus polyphemus est classée depuis 2016 comme "vulnérable" par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Ses trois cousines asiatiques, Tachypleus tridentatus, T. gigas et Carcinoscorpius rotundicauda sont quant à elles classées "data deficient". Par manque de données, les scientifiques ne peuvent se prononcer sur leur situation. Ils n'en restent pas moins pessimistes à leur sujet, sachant qu'en plus des autres menaces, les limules sont consommées dans les pays d'Orient. Miam.Juliette Chable