Selon cette nouvelle étude, les émissions générées par l'alimentation à l'échelle mondiale représenteraient entre 22 % et 37 % des émissions anthropiques (causées par l'homme) globales. L'essentiel de ces émissions provient de la phase de production, notamment à cause du changement d'affectation des terres (la déforestation).
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Selon cette nouvelle étude, les émissions générées par l'alimentation à l'échelle mondiale représenteraient entre 22 % et 37 % des émissions anthropiques (causées par l'homme) globales. L'essentiel de ces émissions provient de la phase de production, notamment à cause du changement d'affectation des terres (la déforestation). L'empreinte de la consommation alimentaire globale est susceptible de tripler d'ici 2050, selon les experts. Deux raisons expliquent cela : l'augmentation de la population mondiale et les changements de comportements alimentaires, notamment l'augmentation de la consommation de produits d'élevage dans les pays en voie de développement. Pour éviter une telle hausse, il faudrait que les populations qui ont accès à une quantité suffisante de nourriture modifient leurs habitudes alimentaires. Afin de réduire les émissions de gaz à effets de serres liées à l'alimentation, certains changements sont plus significatifs que d'autres. À commencer par la réduction des produits d'élevage. En effet, environ deux tiers des émissions de l'alimentation proviennent de l'élevage, alors que ces produits ne fournissent que 16 % des calories et 33 % des protéines consommées dans le monde. Plus de la moitié des émissions liées à l'élevage est produite par le bétail lui-même. Le reste provient du changement d'affectation des terres et de la production de la nourriture pour le bétail. Par ailleurs, tous les animaux d'élevage n'ont pas la même empreinte carbone. En effet, les trois quarts des émissions sont générés par les ruminants (vaches, chèvres et moutons) qui émettent énormément de gaz à cause de leur système digestif spécifique. Pourtant, les prévisions vont vers une augmentation de la consommation des produits d'élevage, surtout dans les pays en voie de développement. Aujourd'hui cependant, les pays développés sont largement responsables de cette consommation : plus de 300 kg par personne par an en moyenne, contre moins de 70 kg par an dans les pays d'Afrique subsaharienne, d'Asie du Sud et du Sud Est.Le deuxième poste où il est possible d'agir pour diminuer l'empreinte de l'alimentation est le gaspillage. Ce secteur est polluant à deux égards : la production inutile de denrées et le traitement des déchets. Le gaspillage alimentaire revient à jeter entre 24 % et 37 % de l'empreinte GES mondiale, selon les calculs des experts. Il faut également savoir que 35 % du gaspillage est généré par les consommateurs. Le traitement des déchets de représenterait 1 % des émissions liées à l'alimentation. Les produits bio auraient un impact local positif, mais pourraient avoir des effets pervers sur les émissions de GES à plus grande échelle, selon les experts. À l'échelle mondiale, des écarts de rendement de l'ordre de - 8 % à -25 % ont été constatés, ce qui entrainerait une affectation plus importante des terres à l'agriculture et donc à une déforestation plus importante. Il s'agira à l'avenir de déterminer si ces rendements moindres peuvent être compensés. À l'échelle des individus, il a été observé qu'en France, la consommation de produits biologique est fortement corrélée à l'adoption d'un régime moins intense en GES qui serait susceptible d'en compenser les effets négatifs à plus grande échelle. Selon une étude 2017, il serait en effet possible de convertir toutes les terres arables en agriculture biologique tout en réduisant les émissions de GES de 30 % à condition de réduire de moitié le gaspillage alimentaire et la part des terres destinées à la production de nourriture pour le bétail. Cela impliquerait des changements de comportement de la part du consommateur qui devrait réduire la part de protéines animales dans son alimentation. La transformation des aliments et les emballages des produits seraient responsables de 7 % à 11 % des émissions liées à l'alimentation. C'est surtout le secteur des boissons et autres produits en bouteilles qui est concerné. Le transport des denrées représente entre 4 % et 7 % de l'empreinte GES globale de l'alimentation. À souligner que c'est le transport aérien qui est le plus grand émetteur. Cependant, consommer local ne serait pas toujours moins émetteur, car les circuits "longs" font des économies d'échelles qui peuvent compenser le transport (sauf s'il est effectué en avion). En toute logique, la saisonnalité des produits a également un impact sur les émissions. Un fruit ou un légume peut être 6 à 9 fois plus polluant s'il est produit en saison ou dans une serre chauffée. Les chercheurs ont constaté que les objectifs de réduction des GES étaient compatibles avec les objectifs de santé. Ainsi, réduire les calories consommées et la quantité de viande consommée aura un impact positif sur l'environnement, mais également sur la santé des consommateurs. À condition que les protéines animales ne soient pas exclusivement remplacées par des légumes et des fruits ou par des produits de la mer, mais plutôt par des noix, des arachides, des céréales complètes et des légumineuses. Ainsi, une transition massive vers des régimes végétariens ou végétaliens réduirait leurs émissions de GES de 30 % à 70 %. Ces régimes ne seraient pas non plus coûteux, selon les études. Selon les premières estimations, les consommateurs américains sous-estiment largement l'impact de leur alimentation sur les émissions de GES. En Europe, les chercheurs ont constaté que les populations sont plus enclines à faire des petits changements, comme acheter des produits de saison ou limiter leurs déplacements en voiture, plutôt qu'à faire des sacrifices comme réduire leur consommation de produits d'élevage, alors que cela aurait beaucoup d'impact sur leur empreinte écologique.Cependant, certains groupes de consommateurs seraient plus enclins à changer leurs habitudes pour des raisons environnementales. C'est notamment le cas des femmes. Les hommes, eux, seraient plus sensibles aux arguments sanitaires. Reste aux politiques à informer et inciter les populations à opérer ces changements au plus vite.