"Le débat est en train de changer. J'ai l'impression que son urgence devient plus manifeste, les gens commencent à être plus conscients, lentement", dit-elle à l'AFP lors d'un entretien la veille d'un voyage de deux semaines en voilier en direction de New York (Etats-Unis), où elle assistera au sommet mondial de l'ONU sur le climat.

Mais elle attend encore des actions : "Quand on regarde la situation dans son ensemble, il ne se passe presque rien de positif", estime-t-elle.

Il y a un an, en août dernier, Greta Thunberg avait entamé seule devant le Parlement suédois sa première "grève de l'école pour le climat". Son action a donné naissance à un mouvement mondial, baptisé "Fridays for Future". Elle a depuis rencontré des décideurs politiques et chefs d'entreprise de différents pays, mais s'est aussi attiré des critiques. En France, des élus l'ont même traitée de "gourou apocalyptique".

"Comme une menace"

Pour cette adolescente déterminée, dont les longues tresses la font paraître plus jeune que son âge, ces commentaires négatifs prouvent surtout que son discours pèse. "Je (les) ignore parce que c'est aussi un bon signe qu'ils essaient de nous faire taire, cela signifie que nous avons un impact et qu'ils nous voient comme une menace", explique-t-elle.

Mercredi, c'est depuis l'Angleterre qu'elle larguera les amarres pour New York. La Suédoise a en effet refusé de prendre l'avion.

Elle naviguera à bord d'un voilier de 18 mètres, le Malizia II, skippé par l'Allemand Boris Herrmann et le fondateur monégasque de l'équipe Malizia, Pierre Casiraghi. Son père Svante Thunberg et le réalisateur Nathan Grossman seront aussi du voyage.

Les installations du voilier sont basiques - un seau pour toilettes, pas de cuisine. Des panneaux solaires et des turbines sous-marines permettent de naviguer sans émission de carbone.

"Cela montre bien à quel point il est impossible de vivre de manière durable aujourd'hui : c'est absurde de devoir traverser l'océan Atlantique comme ça, pour arriver à destination sans émissions", s'indigne Greta Thunberg. "Mais je veux saisir cette opportunité puisque je suis l'une des rares personnes au monde à pouvoir le faire".

Une fois aux Etats-Unis, elle n'a pas l'intention de rencontrer le président américain Donald Trump. "Je ne peux rien dire qu'il n'a pas déjà entendu", justifie-t-elle.

"Faire pression"

En un an, Greta Thunberg a pris la parole au Forum économique mondial de Davos (Suisse), lors de la 24e conférence de l'ONU sur le climat en Pologne, a fait la une des plus grands journaux et magazines internationaux, du Time Magazine à Vogue. Elle a également reçu plusieurs prix et a été citée pour le Nobel de la Paix 2019.

Elle regarde d'un oeil sceptique les invitations qu'elle reçoit. "Beaucoup de gens y voient une occasion de blanchir leur nom, en quelque sorte, en nous invitant nous, les grévistes de l'école", dit-elle. Mais "j'accepte d'y aller car cela a réellement un impact".

Pour elle, le moment le plus fort de l'année passée a été de voir des enfants du monde entier rejoindre son mouvement de grève. "Faire partie d'un mouvement si grand et si fort, le mouvement des +Fridays for Future+, juste de voir tous ces enfants, tous ces jeunes à travers le monde, ces millions de jeunes qui sont en train de se soulever...", confie-t-elle.

A New York, elle compte participer à des manifestations pour le climat. Elle a ensuite prévu de voyager au Canada et au Mexique, avant de se rendre à la COP 25 au Chili en décembre.

Objectifs : s'assurer "que la crise climatique est prise au sérieux et que les gens commencent vraiment à comprendre", et ainsi "créer un mouvement d'opinion mondial, pour que les gens se rassemblent et fassent pression sur les dirigeants".

Greta Thunberg n'aime pas parler d'elle, se qualifiant de simple activiste, mais elle reconnaît le poids particulier de la prise de parole des enfants. "Nous disons les choses comme elles sont, on se moque d'être polis", pointe-t-elle. Une parole brute qui fait "se sentir très coupables" les adultes.