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En 2020, la production mondiale d'énergie commercialisée était encore constituée à plus 83% d'énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) contre 12,5% d'énergies renouvelables - le reste provenant du nucléaire. Le moyen le plus efficace pour diminuer à terme la part des hydrocarbures conventionnels est de ne plus investir dans ce secteur. Il y a dix ans, l'ONG 350.org a lancé un mouvement de désinvestissement dans les combustibles fossiles, qui est rapidement devenu mondial. En 2016, le roi du charbon américain Peabody accusait le désinvestissement d'être la cause de sa faillite... Aujourd'hui, de plus en plus de banques, assurances, fonds de pensions et fonds d'investissement rejoignent le mouvement Fossil fuel divestment, soit, à l'échelon mondial, déjà plus de mille deux cents institutions financières. En 2019, le fonds souverain norvégien, le plus important de la planète, a abandonné les investissements dans les secteurs du pétrole et du gaz, comme il l'avait fait pour le charbon, quatre ans plus tôt. Sa décision était autant liée au climat qu'au risque financier que représentent ces actifs dits "échoués" qui peuvent vite se voir déprécier dans une économie bas carbone. D'autres investisseurs influents l'ont imité, comme Allianz, Generali, Axa, Munich Re... La finance verte ou durable fait son chemin. Révélateur: les indices ESG (environnement, social, gouvernance) performent de mieux en mieux par rapport aux indices classiques. Depuis trois ans, le réseau NGFS, créé par huit grandes banques centrales et fort, aujourd'hui, de septante-cinq membres (dont la Banque nationale de Belgique), émet des recommandations pour inciter les investisseurs à verdir le système financier. "C'est une initiative intéressante, reconnaît Martina Holbach, de Greenpeace Luxembourg, car les banques centrales peuvent jouer un rôle déterminant pour le climat." La banque centrale du Grand-Duché fait elle-même un rapport sur les actifs échoués. Or, le Luxembourg est la deuxième place mondiale et la première européenne pour les fonds d'investissement. Toutefois, il reste du boulot. L'an dernier, Greenpeace Luxembourg a ausculté les cent plus grands fonds d'investissement domiciliés sur son territoire. Résultats: ceux-ci tendent à participer à une augmentation de 4°C de la température globale au cours des trente prochaines années plutôt que de 1,5°C. Certains sont même sur une trajectoire de 6 à 8°C! "Dans ces fonds, certains se disent durables, relève Martina Holbach. Il y a clairement un besoin urgent de transparence dans les investissements dits verts. La notion de durabilité reste très floue." Dans cette optique, l'Union européenne a créé une taxonomie pour aider les investisseurs à s'orienter vers des activités réellement respectueuses de l'environnement, mais cet outil n'entrera en vigueur, partiellement, qu'en 2022. Bref, le développement de la finance durable risque d'être trop lent par rapport à l'évolution climatique, à moins que la montée actuelle des prix de l'énergie persiste et n' accélère le processus. Une autre option, défendue par nombre d'ONG, serait que les Etats, frileux à l'idée d'imposer des contraintes à la finance privée, empruntent de l'argent directement auprès des banques centrales pour financer la transition énergétique, obligeant ainsi le secteur financier à s'adapter aux nouvelles donnes économiques. Et en Belgique? Le groupe Ecolo-Groen a déposé, en juillet dernier, une proposition de résolution pour que le gouvernement entame, à l'échelon fédéral, un processus de désinvestissement global et total d'ici à 2025 dans les énergies fossiles, y compris les subventions directes et indirectes. Un texte opportun à l'heure où le bras armé de l'Etat en matière d'investissements, la SFPI, est en passe de devenir un fonds souverain. Pour l'instant, ses obligations en matière de retrait du fossile sont modestes. De son côté, Total Belgique a annoncé que le groupe réduirait les ventes de produits pétroliers de 30% dans les dix ans à venir. et l' Agence internationale de l'Energie (AIE) a affirmé, en mai dernier, que les investissements dans de nouvelles installations pétrolières et gazières devaient cesser en 2021. Il y a de l'espoir.