Le résultat est là : la question du climat est le sujet numéro un des médias et des formations politiques. Les perspectives d'action n'ont jamais été aussi grandes. Les prémices d'un début de solution devaient venir d'une loi climat des plus consensuelles proposée par des universitaires du Nord et du Sud du pays. Face au rejet d'une minorité politique (pourtant nécessaire) et à l'essoufflement de la mobilisation, l'occasion est venue de questionner l'efficacité de la stratégie politique poursuivie.

La solution demandée

À travers cette mobilisation citoyenne, l'objectif est - pour faire simple -d'apporter une solution à la problématique climatique. En réponse, de nombreux mouvements et acteurs politiques se focalisent sur quelques grandes multinationales, "les grands pollueurs de notre Planète", occultant les nécessaires changements sur la consommation et le pouvoir d'achat des citoyens.

En réalité, la corrélation prouvée entre le système productif et les émissions de CO2 démontre la nécessité de miser sur un changement radical de la production et de la consommation globale. Malgré la volonté de changement portée par une majorité de la population, rien ne garantit l'acceptation sociale d'un nouveau mode de vie. Cette contradiction met le politique dans une impasse.

En parallèle, un courant de pensée de plus en plus important tend à discréditer l'utilité des changements individuels, dont notamment l'attaque en règle du modèle du colibri de Pierre Rabhi initié par Jean-Baptiste Malet. Pourtant, comme l'ont montré les mobilisations elles-mêmes, l'action collective dépend également des changements individuels.

Le niveau d'action

Le mouvement plaide urbi et orbi pour un changement au niveau "politique". L'échec de la loi climat renforce la défiance à l'égard des élus et des institutions (qui atteignait déjà des niveaux record) et démontre l'inefficacité de cette stratégie. Les caractéristiques de la démocratie belge rendaient sans doute cet échec prévisible. Plus que jamais, la classe politique semble incapable d'infléchir les trajectoires à l'oeuvre et de répondre aux aspirations de changement émises par les citoyens.

Mais au-delà, le mouvement citoyen doit surtout prendre conscience que la législation suit les grands changements de société. Dans notre démocratie, les faits précèdent presque toujours le droit.

Les transformations sociétales profondes sont possibles, mais le politique n'a pas nécessairement la capacité de les instaurer. De nombreux changements se mettent actuellement en place sans attendre une intervention législative salvatrice. Le colibri, lui, n'a pas attendu le politique pour accepter le changement. Mieux il l'invente à travers de nouveaux modèles, enviables et socialement acceptables.

Vers une armée de colibris

De plus en plus de citoyens s'investissent dans des initiatives de simplicité volontaire, de circuits courts alimentaires ou énergétiques, ou encore de zéro déchet. Ils constituent des germes potentiels d'un changement sociétal radical.

Comme l'a montré Damon Centola, un comportement minoritaire peut lorsqu'il est adopté par 25% de la population se propager sur l'ensemble de la société. En matière de climat, la solution passera nécessairement par un changement massif de comportement compris comme un agrégat de transformations comportementales individuelles.

En parallèle, les acteurs du mouvement doivent maintenir la pression et réclamer les mesures politiques concrètes nécessaires au changement (incitants financiers, facilitation normative et suppression des freins aux changements telle que la publicité).

Le colibri peut agir, mais ne peut lutter tout seul.

Rêvons à une irrésistible armée de colibris cordonnée et revendicatrice qui pourra, à travers des actions de transitions concrètes, atteindre le fameux seuil de basculement

Rêvons à une irrésistible armée de colibris cordonnée et revendicatrice qui pourra, à travers des actions de transitions concrètes, atteindre le fameux "seuil de basculement".

Alexandre Greimers

Conseiller en création d'entreprises sociales