Une politique économique marquée par l'étatisme

Il n'y a d'abord aucune mesure forte permettant à la région la plus pauvre du coeur de l'Europe de rattraper son retard sur ses voisines et singulièrement sur la Flandre. Pas de réduction des dépenses publiques et de la bureaucratie qui étouffent le secteur privé. Pas de remise en cause du couteux dispositif des Aides publiques à l'emploi (APE) qui financent des emplois publics qui perturbent le fonctionnement du marché de l'emploi. A la Fédération Wallonie-Bruxelles, le maintien du tronc commun dans le secondaire constitue une nouvelle étape vers le nivellement par le bas.

Un jargon prétentieux

Il y a ensuite l'insupportable jargon censé résumer le projet de nos coalisés : "mise en place d'un nouveau modèle de société", "une terre de transition écologique, sociale, économique et démocratique". Ce langage creux néo-orwellien aux relents collectivistes devrait inquiéter. Il révèle une sorte d'arrogance, voire de morgue, celles de dirigeants d'une petite région pauvre avec peu d'entreprises et un enseignement gravement déficient, à vouloir donner des leçons à la terre entière en matière de droit de l'homme ou d'écologie. Songeons au CETA ou aux exportations d'armes.

De quelle transition sociale parle-t-on alors que la pauvreté et le chômage sont le double de la Flandre ? De quelle transition économique, alors qu'il n'y a aucune rattrapage wallon malgré les récurrents effets d'annonce depuis 20 ans (le "rebond wallon" de Jean Claude Van Cauwenberghe, le "rattrapage" de Paul Magnette). De quelle transition démocratique dans une Région dominée depuis qu'elle existe par un parti-Etat, frappée de façon presque structurelle de scandales de la gestion publique, encore récemment à Charleroi ? Et même de quelle transition écologique sous la houlette d'un certain Nollet, co-responsable, par expérimentation, précisément de cette transition écologique, de l'explosion de la bulle photovoltaïque, une énorme dette future, opportunément reportée ... après 2024. On pourrait cyniquement ajouter qu'avec une croissance nulle ou molle, cette transition écologique sera plus facilement réalisable !

Pas d'objectifs précis sur la législature

Il y a aussi l'absence d'objectifs chiffrés à l'échéance de la législature en 2024. Lorsqu'un délai est fixé, c'est en 2030 voire en 2050, celui d'une économie "zéro carbone". Adieu essence, gaz et mazout, donc ? Et pourquoi pas, au pays de Tintin, une fusée wallonne sur la lune en 2050 ?

Il y a encore l'édifiant paragraphe budgétaire de quelques lignes à peine. "Pas de nouvelles taxes", mais beaucoup de nouvelles dépenses (par exemple des bus en partie gratuits) et donc le recours accru à l'endettement. Personne ne rappelle que l'équilibre budgétaire était déjà annoncé par le gouvernement Magnette (PS - CDH) pour ... 2018 et par celui de Willy Borsu (MR - CDH) pour ... 2019. Bref, l'équilibre est reporté aux calendes wallonnes. Et à la Communauté, le texte est encore plus vague.

Pas d'opposition crédible

Il y a enfin ce consensus mou et cette absence d'opposition crédible qui plombe depuis toujours la Wallonie. La première réaction du CDH a été de trouver "cet arc-en-ciel bien pâle". On sent pointer l'opposition musclée et radicale ! Au parlement, celle-ci viendra donc du communiste PTB, l'alternative encore plus à gauche à l'étatisme qui est déjà la marque de cette nouvelle coalition.

Il y a un an à peine, l'objectif du MR était la reconduction d'une alliance avec le CDH. Après le coup de Lutgen à l'été 2017, pour avoir voulu a tout prix retourner pour un peu plus d'un an au pouvoir alors que le PS était englué dans les affaires, le MR a permis à ce dernier de se refaire une virginité et de rester le premier parti de Wallonie, donc le commandant de bord... comme toujours. Aujourd'hui, le MR doit accepter d'être la troisième roue de la charrette de cet attelage boiteux qu'on nous annonce, cerise sur le cocher, conduit par Elio di Rupo.

Les Flamands ne trouveront pas non plus matière à être rassurés par cet accord qui ne pourra que les encourager dans la voie du confédéralisme. Les régions flamande et wallonne sont désormais gérées de façon radicalement différente, minant progressivement la cohésion du pays.

A la lecture de ces accords, une seule conclusion possible : rien de nouveau sous le ciel gris wallon. Le déclin va se poursuivre. La Wallonie, qui fut à la pointe de l'industrialisation de l'Europe, vaut pourtant mieux que cela.