Ce vendredi 28 septembre, le secrétaire d'Etat Theo Francken (N-VA) publie son livre Continent sans frontière (en français aux éditions La Boîte à Pandore). Dans cet essai, il dénonce la " passivité de l'establishment traditionnel " au sujet de la crise migratoire. Succès et polémiques garantis, pour l'homme politique le plus populaire et le plus controversé du pays. " Nous ne voulions pas qu'il soit le seul à occuper le terrain, réplique Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du monde. Voilà pourquoi, nous avons, François Gemenne et moi, cravaché pour terminer les corrections du livre que nous avions nous aussi mis en chantier. " Lundi 1er octobre sort donc un autre essai, intitulé, lui, Au-delà des frontières (1).
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Ce vendredi 28 septembre, le secrétaire d'Etat Theo Francken (N-VA) publie son livre Continent sans frontière (en français aux éditions La Boîte à Pandore). Dans cet essai, il dénonce la " passivité de l'establishment traditionnel " au sujet de la crise migratoire. Succès et polémiques garantis, pour l'homme politique le plus populaire et le plus controversé du pays. " Nous ne voulions pas qu'il soit le seul à occuper le terrain, réplique Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du monde. Voilà pourquoi, nous avons, François Gemenne et moi, cravaché pour terminer les corrections du livre que nous avions nous aussi mis en chantier. " Lundi 1er octobre sort donc un autre essai, intitulé, lui, Au-delà des frontières (1). Cet ouvrage est le fruit de longs échanges entre Pierre Verbeeren et François Gemenne, responsable de l'Observatoire Hugo, un centre de recherches consacré aux migrations et à l'environnement, à l'université de Liège. " Il s'agit bien du livre d'un humanitaire et d'un universitaire, insiste Pierre Verbeeren. Aucun de nous deux n'a de velléité politique. Nous voulons simplement mettre le fruit de notre réflexion à l'agenda. " Audacieux en cette époque tourmentée, leur essai propose une alternative progressiste à la crise migratoire, nourrie par de multiples expertises, dont celle de François De Smet, le directeur de Myria, le Centre fédéral pour la migration. " Cela fait deux ans que je dis que l'opposition doit oser sortir du bois sur cette question, déclare l'humanitaire. Mais elle n'a déposé que deux propositions de loi. Voilà pourquoi nous avons pris nos responsabilités... " En sachant que le risque est grand, dans le contexte actuel, de voir leur thèse pourfendue. Dédié à Mawda Shawri, tuée par un tir policier sur une autoroute le 17 mai dernier, appuyé par une préface des responsables de la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, ce livre choisit, il est vrai, son camp. Mais il a le courage d'arpenter des terrains difficiles et de multiplier les nuances. Voici les sept principales propositions, sur les dix énoncées par le tandem. 1. Une voie sûre et légale qui sape l'économie des passeursLe business des passeurs représente aujourd'hui le troisième trafic illégal le plus rentable du monde, rappellent les auteurs. Qui veulent s'attaquer à cette logique mafieuse. Mais il précisent : " A la guerre, nous préférons le droit. " Leur réflexion part du constat que les flux migratoires sont devenus plus complexes, mixtes, mélangeant demandeurs d'asile politique et réfugiés économiques. " Nier la réalité des migrations économiques est un non-sens ", assènent François Gemenne et Pierre Verbeeren. Qui se prononcent pour un débat sur la reconnaissance d'une immigration économique. Leur choix se porte sur un système de " loterie " comme il existe aux Etats-Unis avec la green card. " Pour le pays d'accueil, cela permet de mieux contrôler son niveau d'immigration, et de tuer dans l'oeuf l'idée, très répandue, d'une migration "hors de contrôle". " 2. Une stratégie de lutte contre la violence à l'égard des migrantsCet aspect, strictement humanitaire, devrait permettre de sortir de la politique répressive actuelle, sans se prononcer sur le type de modèle migratoire que l'on souhaite adopter. Une méthodologie pour y arriver est proposée en partant d'un inventaire des violences, en passant par une démarche volontariste au niveau local, pour arriver à un arsenal juridique. L'humanitaire et l'universitaire s'inspirent ouvertement de ce qui a été amorcé au niveau belge pour lutter contre la violence à l'égard des femmes, avec la mise en oeuvre d'un plan d'action national. " Il s'agit de façonner des civilisations nouvelles ", écrivent-ils. En sachant qu'il s'agit d'un combat de longue haleine. 3. Un procureur spécial dédié à la lutte contre le racisme Une proposition hors sujet ? " Si les violences que subissent les migrants sont patentes au cours de leur parcours, elles perdurent souvent une fois qu'ils sont arrivés à destination, argumentent François Gemenne et Pierre Verbeeren. Nous croyons fermement que ces violences physiques trouvent leur origine dans un climat raciste délétère. " Comme l'ont encore prouvé la récente sortie de Cécile Djunga, miss météo de la RTBF, et les dérapages, en Flandre, de Schild en Vrienden. Si les outils juridiques existent pour condamner les dérapages, au travers de la loi Moureaux, ils ne sont pas assez actionnés. D'où l'idée d'un procureur spécial. Le Premier ministre, Charles Michel (MR), avait lui aussi affirmé que des mesures plus contraignantes sont nécessaires. 4. Les frontières comme espaces de contrôle et d'inclusionPierre Verbeeren et François Gemenne veulent éviter d'être dépeints comme des partisans des frontières ouvertes - même si c'est bien leur horizon idéal. Ils prônent donc, via l'immigration économique et la lutte contre les violences, une " période transitoire de normalisation " au cours de laquelle la pression migratoire devrait diminuer. Pour permettre progressivement la fin de l'enfermement des personnes en séjour illégal, un moratoire sur les éloignements, l'obligation de signalement et, à terme, une forme de régularisation. 5. Des ambassades compétentes en matière d'asile" Ce mécanisme a déjà été testé avec succès par plusieurs pays (notamment la Suisse, jusqu'en 2013), relèvent les auteurs. Il permet de réduire considérablement les dangers auxquels font face les demandeurs d'asile lors de leur voyage, puisqu'ils ne sont plus tenus de se trouver en Belgique pour déposer leur demande. " 6. Une Agence européenne de l'asile Cela peut sembler être une utopie " à la Guy Verhofstadt " en cette ère de repli sur soi de plusieurs Etats européens, dont l'Italie. Mais cette Agence, soulignent François Gemenne et Pierre Verbeeren, permettrait de centraliser les demandes et de créer une solidarité européenne pour répartir l'accueil des migrants entre les Vingt-Sept. 7. Les migrations sorties du portefeuille de l'IntérieurEn d'autres termes, il s'agirait de veiller à ce que Theo Francken ne dépende plus directement de Jan Jambon, que l'on cesse de criminaliser la question. " Les migrations interrogent la société d'accueil sur son niveau de vie (les migrants vont-ils m'appauvrir ?) et son mode de vie (les migrants vont-ils m'imposer leurs valeurs ? ). Ces deux questions dépassent largement le périmètre de l'Intérieur. " Selon les auteurs, c'est le Premier ministre qui devrait être aux commandes. Faut-il rappeler que, vu les excès de langage de son secrétaire d'Etat, Charles Michel a déjà dû à plus d'une reprise s'emparer de ce dossier sensible ?