Au coeur du piétonnier, il n'y a pas eu de miracle post-Mons 2015. Un an et demi après la parenthèse de la capitale européenne de la culture, la rue de la Chaussée et la Grand-Rue forment un couloir sans âme. Les pavés cherchent les piétons, les quelques commerçants cherchent des clients et les passants n'y cherchent plus rien. Le vide locatif atteint 26 % des surfaces. En moins de vingt ans, les deux rues, pourtant à quelques pas de la Grand-Place, ont perdu 60 000 chalands par semaine, soit 50 % du flux. Le déclin est tout aussi criant dans l'axe fantomatique reliant la gare au piétonnier (23 % de cellules vides), où croupissent des commerces peu avenants. " A Mons, la dégradation touche surtout les axes principaux. Les rues secondaires, elles, se portent mieux. C'est une situation inédite ", constate Nicolas Martin (PS), premier échevin en charge du développement économique. Ce 18 juillet, il présentera devant le conseil communal sa " stratégie de redéploiement du commerce dans le centre-ville de Mons ".
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Au coeur du piétonnier, il n'y a pas eu de miracle post-Mons 2015. Un an et demi après la parenthèse de la capitale européenne de la culture, la rue de la Chaussée et la Grand-Rue forment un couloir sans âme. Les pavés cherchent les piétons, les quelques commerçants cherchent des clients et les passants n'y cherchent plus rien. Le vide locatif atteint 26 % des surfaces. En moins de vingt ans, les deux rues, pourtant à quelques pas de la Grand-Place, ont perdu 60 000 chalands par semaine, soit 50 % du flux. Le déclin est tout aussi criant dans l'axe fantomatique reliant la gare au piétonnier (23 % de cellules vides), où croupissent des commerces peu avenants. " A Mons, la dégradation touche surtout les axes principaux. Les rues secondaires, elles, se portent mieux. C'est une situation inédite ", constate Nicolas Martin (PS), premier échevin en charge du développement économique. Ce 18 juillet, il présentera devant le conseil communal sa " stratégie de redéploiement du commerce dans le centre-ville de Mons ". Ce document, une quarantaine de pages, énumère sept projets porteurs, publics ou privés, appelés à sauver l'attractivité de la quatrième ville wallonne. " Sans une intervention de grande ampleur, de nombreuses enseignes procéderont dans les prochains mois à la fermeture de leur implantation dans le centre-ville montois, avec les conséquences sociales et urbanistiques que l'on peut imaginer ", écrit Nicolas Martin dans son introduction. " Nous sommes à un moment charnière ", confirment les représentants des commerçants. Au fil des ans, plusieurs facteurs ont accéléré l'essorage urbain : des petites boutiques historiques sans repreneur, des travaux titanesques ou l'intérêt de grandes enseignes pour une implantation en périphérie, aux Grands Prés et à Jemappes. " Je rêverais d'y interdire certains types de commerces, mais c'est impossible, regrette le second d'Elio Di Rupo. Quand la Région marque son accord après un avis défavorable du collège, ça me rend fou. " Pour ressusciter le piétonnier, Nicolas Martin défend depuis longtemps la thèse d'un " mix commercial ". Dans la partie nord, définie par la rue de la Chaussée, des petits magasins de qualité, proposant des biens ou des produits très spécifiques. Dans la partie sud, le long de la Grand-Rue, quelques " locomotives " susceptibles d'attirer des milliers de clients par semaine. " Notre pari est compliqué, reconnaît le premier échevin. Tout le monde nous dit que l'on devrait miser sur du commerce de niche, différencié. La réalité, c'est que les gens viennent avec les grosses enseignes. " A Charleroi, les pouvoirs publics comptent sur le centre commercial Rive gauche, ouvert en mars dernier, pour redéployer la Ville-Basse. A Mons, le messie s'appelle Primark. Il s'agit d'ailleurs du premier " projet porteur " cité dans le document. En jetant son dévolu sur 4 500 m2 de surface nette dans le piétonnier, au détriment d'une implantation à La Louvière, le géant du textile bon marché devrait ramener, à lui seul, quelque 40 000 personnes par semaine - autant qu'Ikea - dans la Grand-Rue. L'ouverture est attendue pour fin 2018 ou début 2019. Le promoteur à la barre, Breg, a par ailleurs racheté une dizaine de cellules avoisinantes. C'est le seul investisseur à avoir finalement suivi la Ville de Mons, après une opération de démarchage menée en 2010 auprès du secteur belge. Sans Primark, le schéma de redéploiement commercial aurait été bien différent. " Je pouvais démissionner ", ironise Nicolas Martin. L'arrivée d'opérateurs privés, même dans un centre en déclin, devait-elle pour autant conditionner à ce point la politique montoise ? D'après le Premier échevin, la libéralisation et la concurrence des communes voisines ne permettent plus à la Ville d'être à la barre. " Le piétonnier, ce n'est pas la Cinquième avenue de Manhattan. Quand un groupe accepte d'investir, on ne va pas lui fermer la porte. Bon nombre d'enseignes ont uniquement décidé de rester en raison de la perspective du nouveau Primark. " Ejecté du collège par le PS en avril 2016, le fougueux chef de file du groupe MR, Georges-Louis Bouchez, fulmine : " Ce dossier est révélateur de l'amateurisme de la majorité. Je rêve d'une ville où les pouvoirs publics seraient à l'impulsion des projets à porter, en fonction d'objectifs clairement établis. On ne peut concevoir une stratégie sans vision de ville. " Benjamin Wayens, maître de conférences à l'ULB en géographie appliquée et en géomarketing, rappelle que l'expertise dans le développement commercial a toujours été détenue par le privé. " Jusqu'il y a peu, les acteurs publics, démunis sur ces matières, s'en sont tenus à un rôle régulatoire. Il ne faut donc pas être trop exigeant. Le document de Mons me semble être un bon point de départ pour établir une stratégie, même s'il y a parfois un mélange des genres dans le niveau de précision des opérations présentées. " Les parties dédiées à la sécurité, la propreté ou au parking semblent ainsi plus sommaires, en dépit de leur importance pour les Montois. Outre Primark et quatre projets privés de moindre envergure, le plan revient sur deux grandes initiatives publiques récemment validées : la maternité commerciale (9,6 millions d'euros), cofinancée par l'Europe, et le fonds d'impulsion (200 000 euros), approuvé en juin dernier. Ces dispositifs visent tous deux à reprendre partiellement le contrôle public sur un centre-ville morcelé par la passivité ou les abus de certains propriétaires, qui exigent des loyers exorbitants. Avec la maternité commerciale, Mons ambitionne de racheter, via sa Régie foncière, une dizaine de bâtiments de la rue de la Chaussée, en vue d'y fusionner des cellules commerciales trop exiguës. A ce stade, la Ville a acquis trois bâtiments et finalise l'achat d'un quatrième. Via un appel à candidatures, elle attribuera ensuite les surfaces à des commerçants sélectionnés qualitativement par un jury public-privé, avec un loyer de cinq ans proportionnel à leur chiffre d'affaires. Le fonds d'impulsion, financé avec la hausse des taxes sur les parkings en périphérie, sera activé en septembre prochain. Huit commerces au minimum pourront bénéficier d'un appui financier de la Ville, sous la forme d'une réduction temporaire de loyer ou d'une prime à l'installation. Quant à l'axe de la gare, Mons s'est portée candidate pour l'aide régionale Créashop, qui couvre jusqu'à 60 % des frais d'aménagement d'un nouveau magasin. " La fin des travaux de la gare constituera un tournant beaucoup plus essentiel ", tempère la Gestion centre-ville de Mons. Pour l'opposition MR, la Ville se trompe de stratégie. " Personne n'attend la maternité commerciale, lance Georges-Louis Bouchez. Il faut ramener du commerce de proximité en créant du logement de standing dans le piétonnier, y compris au rez-de-chaussée. D'autant que les habitants sont les premiers garants de la sécurité et de la propreté de leur quartier. " D'après Jean-Luc Calonger, président de l'association de management du centre-ville (AMCV), le principe d'une maternité commerciale a déjà fait ses preuves, notamment à Bordeaux depuis 1996 ou plus récemment à Liège et Frameries. " Cette logique a du sens pour amorcer le mouvement. Mais il faut pouvoir en sortir après quelques années, car ce n'est pas le métier des pouvoirs publics. " La société française Semaest, spécialisée dans l'animation économique des quartiers de Paris, estime qu'il faut contrôler au minimum 5 % des commerces d'une rue pour espérer y relancer une dynamique. " On sera largement au-dessus ", assure Nicolas Martin. A condition que la Ville parvienne à racheter d'autres bâtiments : quelques propriétaires refusent de réduire la valeur de leur portefeuille immobilier, même si certains biens sont inoccupés. " On devra peut-être élargir le périmètre de la maternité commerciale ", admet Marc Darville (PS), échevin de la Régie foncière. Deux autres obstacles freinent la reconversion. Il y a d'abord la mauvaise communication externe. " Les professionnels nous l'ont fait remarquer ", acquiesce Nicolas Martin. D'ici à septembre, Mons va engager un spécialiste du commerce pour entretenir les contacts avec le secteur et faire connaître le potentiel réel du centre-ville. Il existerait ensuite une vive défiance entre le collège communal et sa propre administration. Régulièrement, celle-ci l'écarte des discussions avec les investisseurs potentiels, qui finissent par jeter l'éponge sans que la Ville ne soit au courant. Une dissonance perceptible jusque dans le contenu des fiches-projets officielles, notamment celle de la rénovation du passage du centre, une galerie presque déserte du piétonnier. Alors que le collège souhaiterait démolir le bâtiment, l'administration a plaidé pour la préservation de ses façades dans le document initial. Entre les Montois et le piétonnier, le désamour est tel que la Ville envisage aujourd'hui de lui trouver un nouveau nom. " On doit communiquer sur le fait que le centre de Mons ne se résume pas au piétonnier, mais à six ou sept axes dotés de leur propre identité ", souligne Nicolas Martin. Au-delà de cet effet marketing et de l'addition des projets publics et privés, la réalité sera peut-être plus difficile à accepter : " Si Mons veut recommercialiser certaines rues, elle devra en abandonner d'autres, affirme Benjamin Wayens. Il faut diminuer la surface commerciale totale. Cela suppose de ramener du logement, tout en accompagnant la relocalisation des enseignes qui fonctionnent bien. Logiquement, c'est un sujet que l'on ne retrouve pas dans un document politique. " Encore moins à l'approche des élections communales de 2018. Qui correspondent, hasard ou non, à l'échéance précise de plusieurs projets.