Au nord du pays, le gouvernement flamand, dont plusieurs composantes ont vivement critiqué la décision de l'exécutif wallon, n'a pas non plus été épargné par l'opposition flamande, alors qu'il refuse à ce stade qu'un embargo belge frappe l'équipement de haute technologie à double usage, produit en Flandre.

Le parlement fédéral a voté au printemps, à l'initiative des écologistes, une proposition de résolution invitant le ministre des Affaires étrangères à plaider un embargo sur les armes vers l'Arabie Saoudite, au niveau européen, et auprès des Régions, compétentes en la matière.

Le dossier est sensible vu le poids économique de la FN à Herstal mais la résolution avait pu bénéficier d'un large soutien à l'appel de Didier Reynders, fragilisé par la gestion diplomatique d'un dossier impliquant la situation des droits humains en Arabie Saoudite.

Plusieurs élus avaient alors permis d'évoluer vers un consensus, parmi lesquels le député d'opposition Georges Dallemagne (cdH), dont le parti se trouve dans la majorité wallonne, ainsi que son collègue de majorité Richard Miller (MR), dont la formation siégeait alors dans l'opposition à Namur.

Entre-temps, la majorité régionale a évolué au sud du pays et le nouveau ministre-président Willy Borsus (MR) vient d'autoriser 25 nouveaux contrats d'exportation vers l'Arabie Saoudite, une décision qui a suscité quelque gêne voire des réactions courroucées.

"On se souvient des propos très forts de MM. Miller et Dallemagne et de l'enthousiasme exprimé à l'occasion de cette motion adoptée par le parlement. Sans doute, à ce moment-là, le débranchement d'une prise n'était-il pas annoncé ou pas suffisamment connu de certains. M. Borsus était membre de la majorité fédérale. Faut-il franchir la Meuse pour que tout s'oublie? ", a demandé Olivier Maingain (DéFI).

Rappelant la guerre que mène l'Arabie Saoudite contre le Yemen et sa population, Wouter De Vriendt (Ecolo-Groen) a jaugé la "crédibilité" du ministre Reynders à l'aune des décisions prises par son collègue de parti Willy Borsus, qui "abîment l'image de la Belgique". Le député a convié le chef de groupe MR David Clarinval à plaider la cohérence au prochain Bureau de parti du MR, de sorte que cesse le "double langage".

"N-VA, MR, CD&V, Open Vld, jusqu'à quand allez-vous vous faire recaler? ", a demandé Dirk Van der Maelen (sp.a), regrettant qu'une nouvelle fois, en se laissant marcher sur les pieds, "ce gouvernement avait fait passer les principes après le portefeuille".

Au sein de la majorité fédérale, des critiques ont également été entendues, émanant de l'Open Vld et du CD&V. Tim Vandeput (Open Vld) a qualifié de "très décevante" la décision du gouvernement wallon. Il l'a mise en balance avec les 10 millions d'euros dégagés par le ministre de la Coopération Alexander De Croo pour subvenir aux besoins de la population victime du conflit au Yemen. Vincent Van Peteghem (CD&V) a été dans le même sens, appelant à une politique cohérente.

Rappelant les efforts entrepris au niveau européen et avec les Régions, le ministre des Affaires étrangères a répété qu'il continuait à s'inscrire dans la logique de la résolution, déplorant que celle-ci n'était pas suivie d'effet. "Je regrette que l'on n'aille pas dans le sens de l'application de la résolution, que l'on arrête pas l'exportation des armes vers l'Arabie Saoudite, mais aussi la demande d'embargo sur les éléments à double usage", a dit Didier Reynders.

A cet égard, les députés Van der Maelen et De Vriendt ont également dénoncé l'"hypocrisie" du gouvernement Bourgeois et du ministre Alexander De Croo, pourfendeur de la décision wallonne, mais dont le parti refuse au nord du pays l'embargo sur le matériel à double usage.

Enfin, le ministre Reynders a animé les échanges en invitant Wouter De Vriendt à interroger ses collègues écologistes sur la longue tradition wallonne en matière d'exportation d'armes, y compris lorsque Jean-Marc Nollet était vice-président du gouvernement. Ce dernier a rappelé que la compétence de l'exportation d'armes relevait du seul ministre-président. "Quand des décisions sont prise par qui que ce soit au sein du gouvernement, elles relèvent d'une responsabilité collégiale. Si on est tellement attaché à un principe, on quitte la majorité, on quitte le gouvernement", a répliqué le ministre des Affaires étrangères.

En conclusion du débat, Olivier Maingain s'est demandé comment Didier Reynders allait pouvoir convaincre la scène européenne quand il ne parvient pas à convaincre dans son propre pays, ni même dans sa propre formation politique. "Je vous concède une petite excuse, Willy Borsus n'est pas un de vos proches. Mais il est très proche du Premier ministre, et rien ne peut se faire au MR sans avoir l'aval de sa tendance. Je crains donc qu'il ait cautionné cette décision, et cela c'est bien plus grave", a dit le président du DéFI.