L'ex-centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme est au centre d'une polémique depuis une dizaine de jours. Parmi les motifs des critiques, figurent les commentaires d'un juriste de l'institution à propos d'un jugement condamnant l'auteur de propos considérés comme antisémites lors d'une manifestation pro-palestinienne à Anvers.

Dans un courriel à usage interne, il juge cette condamnation "hautement problématique". A ses yeux, la loi sur le racisme n'a pas été appliquée correctement. Et de conclure: "charabia contre jurisprudence". Ce document publié dans le magazine "Joods Actueel" a troublé une partie de la communauté juive. Les responsables d'Unia ont pris toutefois la défense de leur collaborateur en rappelant le contexte de l'affaire. C'est le centre lui-même qui a introduit une déclaration de personne lésée devant la justice, comme la loi l'y autorise. Une fois en possession des éléments du dossier, le juriste a estimé que ceux-ci ne justifiaient pas une constitution de partie civile. Selon M. Charlier, il n'était pas question d'un appel au meurtre ou à l'égorgement comme cela a été dit.

"Cela a créé un émoi particulier dans la communauté, et à raison. Nous considérons qu'Unia n'est pas une agence d'évaluation juridique stricte. Elle a des missions et des valeurs, et il faut qu'elle les défende. Le ton qui est utilisé ne correspond pas à ces valeurs", a expliqué le président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB), Yohan Benizri.

Le CCOJB participera à la réunion de mercredi en compagnie de son équivalent flamand, le "Forum der Joodse organisaties", et du Consistoire, organe de représentation du culte juif. Les différentes parties auront une "explication franche" sur ce point, selon M. Charlier interrogé par l'Agence Belga.

Un autre dossier sera évoqué, qui devrait réunir le consensus: la remise en marche de la cellule de veille antisémite qui existait sous les gouvernements précédents et était placée sous l'autorité des ministres de la Justice et de l'Intérieur. Unia et les organisations juives ont formulé cette demande il y a déjà plusieurs mois, sans avoir été entendus. "Je le regrette et les organisations juives aussi", a commenté M. Charlier. Cette cellule créée en 2004 avait été renforcée en 2012 par la présence de représentants judiciaires et policiers. Unia a essuyé la semaine passée un tir nourri de critiques venant de mandataires N-VA, à commencer par la nouvelle secrétaire d'Etat à l'égalité des chances, Zuhal Demir. Son collègue, Theo Francken, ne s'est pas montré plus indulgent. "Je ne pleurerais pas demain si Unia cessait d'exister. J'ai toujours eu une attitude très critique, mon parti aussi. Dans le premier programme de la N-VA, où j'étais déjà, figurait la suppression d'Unia", a-t-il déclaré sur le plateau de VTM.

Dans l'opposition, les socialistes y ont vu une tentative d'"enfumage" de la N-VA. "C'est la technique de l'enfumage par rapport aux scandales qui vous touchent. Et c'est une bonne tactique. Grâce à cela, on ne parle même pas du bilan désastreux d'Elke Sleurs (prédécesseur de Mme Demir)", a lancé la députée Fabienne Winkel à un député nationaliste.