Gérable... Ils n'avaient apparemment pas été vérifier le sens du mot dans un dico, chez Ecolo. Gérable par d'autres, ça, assurément. Par une baby-sitter qu'il aurait fallu engager. Par une ex-femme à qui il aurait fallu confier la garde complète. Par des grands-parents, éventuellement. Mais pas gérable par lui-même, clairement. Il lui avait fallu moins de trois semaines pour s'en rendre compte et, surtout, pour réaliser que ne plus conduire son trio à l'école, ne plus aider pour les devoirs, ne plus faire à manger, ne plus être présent tout simplement lui serait inconcevable. " Je ne m'y étais pas attendu, mais ne pas pouvoir participer à leur éducation engendrait un vrai manque, résume-t-il. Une législature, c'est cinq ans. Mon fils de 17 ans, je l'aurais revu à 22... "
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Gérable... Ils n'avaient apparemment pas été vérifier le sens du mot dans un dico, chez Ecolo. Gérable par d'autres, ça, assurément. Par une baby-sitter qu'il aurait fallu engager. Par une ex-femme à qui il aurait fallu confier la garde complète. Par des grands-parents, éventuellement. Mais pas gérable par lui-même, clairement. Il lui avait fallu moins de trois semaines pour s'en rendre compte et, surtout, pour réaliser que ne plus conduire son trio à l'école, ne plus aider pour les devoirs, ne plus faire à manger, ne plus être présent tout simplement lui serait inconcevable. " Je ne m'y étais pas attendu, mais ne pas pouvoir participer à leur éducation engendrait un vrai manque, résume-t-il. Une législature, c'est cinq ans. Mon fils de 17 ans, je l'aurais revu à 22... " Six semaines de fonction (" tellement intenses qu'elles m'ont semblé six mois ") et puis s'en va. Retour à son bureau du quatrième étage, au WWF. Pour ne pas embarrasser sa ministre, ils décidèrent simplement d'admettre publiquement qu'en fait, c'était ingérable. Selon sa propre définition. Quelques-uns, restés à l'édition du Larousse de 1954, n'en revinrent pas. Renoncer à ça, pour ça ? Quelques autres le saluèrent. Les hommes qui renoncent à une opportunité de carrière pour assumer leur rôle de père restent encore bien moins nombreux que les mères. Elles sont 43,5 %, en Belgique, à bosser à temps partiel. Ils sont 11 % (1). Elles l'expliquent par la nécessité de s'occuper des enfants (ou d'un autre membre de la famille), principalement. Ils avancent des raisons " d'ordre personnel " et leur progéniture n'apparaît nulle part dans le top trois de leurs justifications. Antoine Lebrun n'y avait jamais pensé, mais il l'admet : s'il n'avait pas été séparé, il n'aurait pas démissionné. Ce " modèle clairement fait pour les couples où l'un des deux ne travaille pas, ou alors avec une amplitude horaire réduite ", il l'aurait trouvé moins inconfortable. C'est ballot, quand même, que le monde politique, censé oeuvrer à la parité économique comme familiale, ne soit pas capable de se l'appliquer à lui-même. Seules trois femmes sont cheffes de cabinet en Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur dix-neuf. Même tableau minoritaire dans les hautes sphères de l'administration. Coucou, les quotas ! Antoine Lebrun en est devenu un fervent partisan. Le temps que la parité puisse s'installer, car " elle seule permettrait un changement de culture ". Plus de nouvelles dirigeantes, pour que celles et ceux qui ont autre chose à faire, passé 18 heures, que de répondre à un mail urgent, participer à une réunion ou régler un important dossier ne soient plus les bizarres, mais les normaux. Céline Tellier aurait voulu qu'on travaille comme ça, dans son cabinet. L'utopie de l'équilibre vies professionnelle/privée. " Evidemment, qu'il aurait été possible de fournir un travail de qualité en fonctionnant différemment. Mais les autres cabinets n'étaient pas prêts à jouer le jeu. La politique, dépeint l'ex-chef cab, est une question de pouvoir, où celui qui n'occupe pas le terrain a un désavantage. " Antoine Lebrun a été remplacé par un autre père de famille. Non séparé. Qui n'a pas à craindre de se faire tirer dans le dos pendant qu'il met les enfants au lit. Parce que sa femme est là pour le faire.