Suite à la 6ème réforme de l'Etat belge, le système des allocations familiales a été régionalisé et réformé en 2018. Le nouveau système d'allocations familiales a déjà fait couler pas mal d'encre et les nouveaux montants arrêtés sont encore source de débats et de polémiques à quelques mois de sa mise en application, le 1er janvier 2020.

Le système en vigueur en Wallonie jusqu'à la fin de l'année 2019 prévoit un montant mensuel d'environ 95 euros pour le premier enfant. Le montant augmente ensuite pour les enfants suivants. En Wallonie, le nouveau système prévoit dès janvier un montant fixe de 155 euros par enfant, du premier au dernier.

En cette rentrée scolaire, des parents ravivent le débat politique en lançant une pétition pour dénoncer ce double système défavorable aux familles qui seront à cheval entre l'ancien et le nouveau système. Les familles qui auront des enfants nés sous les deux régimes différents, avant et après 2020 cumuleront les inconvénients des deux modèles : moins d'allocations pour le premier enfant, et moins aussi pour les suivants.

Exemple à l'appui : "Prenons le cas d'une famille de 2 enfants et considérons les allocations totales sur l'ensemble de la période d'éligibilité de chaque enfant (de la prime de naissance à ses 24 ans). Dans l'ancien système, le 1er enfant bénéficiait d'une petite aide et le 2ème enfant d'une grande aide. La réforme a changé cela en octroyant, pour tous les enfants nés à partir du 1er janvier 2020, un montant moyen qui est à peu près à mi-chemin des deux montants précédents. De la sorte, si l'on compare une famille qui a eu 2 enfants dans l'ancien système avec une famille qui aura 2 enfants dans le nouveau système, cela ne change quasiment rien. Mais, pour les familles qui ont un enfant dans chacun des deux systèmes, il y a un sérieux manque à gagner. Elles resteront avec une petite aide pour le premier enfant (les enfants nés avant 2020 restent sous l'ancien régime) et une aide moyenne pour le second et les suivants. Elles auront donc moins d'aides que les familles identiques qui les ont précédées, et également moins d'aides que celles qui les suivront... juste parce qu'elles sont 'à cheval sur la réforme'."

Un manque à gagner de 40 à 50 euros par mois

En chiffres, pour une famille de 2 enfants, le manque à gagner est évalué à 17. 424 euros. Pour une famille de 3 enfants dont le premier est dans l'ancien système, cela représente un manque à gagner de 61.069 euros, ont estimé les auteurs de la pétition dont le but est bien de restaurer l'équité entre les familles.

Les solutions qu'ils avancent sont variées : maintenir les anciens montants pour les futurs enfants naissant dans une famille établie avant 2020, faire basculer les familles dans le meilleur système ou encore, calculer des compensations pour les familles lésées.

Le manque à gagner pour les familles "à cheval" sur les deux systèmes expliqué par les auteurs de la pétition. © DR

La pétition est soutenue par la Ligue des familles. Impliquée dès le début dans les réflexions et les négociations concernant le nouveau système régionalisé des allocations familiales, elle fustige depuis le début la situation de ces familles "à cheval" sur les deux systèmes.

La Ligue des Familles dénonce cette inégalité financière. Christophe Cocu, son président, explique au micro de la RTBF: "La question de la coexistence des deux systèmes pose un souci en termes de manque à gagner pour les parents, puisqu'il y a une différence d'environ 40 à 50 euros par mois pour les parents qui ont un enfant dans l'ancien système et un enfant dans le nouveau système. Au bout d'un vingtaine d'années, cela représente beaucoup d'argent".

La Ligue des Familles réclame que ces familles demeurent entièrement dans l'ancien système d'allocations familiales, soit qu'elles basculent entièrement dans le nouveau à la suite d'une nouvelle naissance afin qu'elles ne subissent pas les inconvénients des deux systèmes d'allocations familiales mais bien leurs avantages. "Nous poursuivons ce combat et veillerons à le mettre sur la table du Ministre concerné dès que le gouvernement sera en place. En attendant, nous vous invitons à signer la pétition lancée par des parents directement concernés par cette situation ", ajoute la Ligue.

La ministre régionale Alda Greoli (cdH) a déjà été interpellée sur cette thématique. Elle a toujours défendu sa réforme, qu'elle avoue pénalisante dans certains cas, avantageuse dans d'autres, mais équilibrée dans l'ensemble selon elle. Le dossier devrait se retrouver sur le bureau du futur ministre wallon en charge des allocations familiales. Les auteurs de la pétition plaident pour qu'une solution soit trouvée avant l'entrée en vigueur des nouveaux montants au 1er janvier 2020 prochain. En récoltant un maximum de sigantures, ils espèrent interpeller le Parlement wallon suite à la rentrée parlementaire d'octobre 2019.