Actuellement débattu au parlement, ce projet "comprend des changements considérables de la législation actuelle" et "conduit à la création d'une zone grise de sans-papiers", a résumé dans un communiqué la section grecque d'Amnesty. Son président, Gabriel Sakellaridis, a fustigé, lors d'une conférence de presse commune avec d'autres ONG, la majorité des dispositions du projet, comme "la complication" des procédures d'octroi de l'asile, "l'extension de la détention pour des infractions" et "la suppression de la clause du stress post-traumatique, qui permettait jusqu'ici un traitement juste de la demande d'asile". "C'est impensable" de voter ces dispositions, s'est indigné Gabriel Sakellaridis en présence de responsables de la représentation en Grèce de la Commission européenne et du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Ce dernier avait dénoncé vendredi ce projet qui "affaiblit" et "durcit" la protection des demandeurs d'asile. L'organisation Médecins sans Frontières a déploré "les restrictions" du droit d'asile et le fait que le projet "ne traite pas le problème vital des conditions épouvantables dans les camps sur les îles grecques", où vivent actuellement 35.000 personnes pour une capacité de 6.300. Pour la première fois depuis 2016, la Grèce est redevenue en 2019 la principale porte d'entrée des demandeurs d'asile en Europe, un problème qui a pris de court le gouvernement de droite de Kyriakos Mitsotakis, élu en juillet et qui plaide pour le renforcement des contrôles frontaliers et le durcissement de l'octroi de l'asile. "Mon pays reçoit un flux migratoire asymétrique par rapport à sa population", a souligné Kyriakos Mitsotakis lors d'un discours à l'ouverture mardi à Athènes du 4ème sommet euro-arabe, une initiative sur la coopération entre les deux régions. Pour Eva Cossé, chercheuse en Grèce de Human Rights Watch, le projet de loi "essaie de bloquer l'accès à la protection et d'augmenter les expulsions". Le gouvernement a annoncé le renvoi en Turquie de 10.000 personnes d'ici à la fin de 2020. Eleni Takou, adjointe directrice de l'ONG HumanRights360, a qualifié de "toxique" le discours du gouvernement "qui ne cesse de mettre l'accent sur les problèmes migratoires", ravivant les comportements racistes. La semaine dernière des habitants d'un village en Grèce continentale s'étaient violemment opposés à l'installation de 380 demandeurs d'asile en jetant des pierres contre les bus qui les transportaient depuis le camp surpeuplé de l'île de Samos. (Belga)